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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2411539

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2411539

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2411539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A C du lieu d'hébergement qu'elle occupe dans le cadre du programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, situé 12, allée Honoré de Balzac à Longuenesse (62219) ;

2°) de l'autoriser au recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement dédié aux demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C à défaut pour les occupants irréguliers de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions relatives à l'urgence et à l'utilité de la mesure sont remplies, dès lors que les personnes qui se maintiennent dans les lieux alors qu'elles n'en ont pas le droit compromettent le fonctionnement normal du service public en ne permettant pas à ce dernier d'assurer l'objectif d'égal accès à ses usagers ;

- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par Mme C le 26 juin 2024 et que par un courrier du 20 septembre 2024 elle a été mise en demeure de quitter l'appartement qu'elle occupe.

La requête a été communiquée à Mme C qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 novembre 2024 en présence de Mme Debuissy, greffière d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Navy, substituant Me Cliquenois, représentant Mme C qui demande à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, conclut à titre principal au rejet de la requête et subsidiairement à ce que lui soit accordé un délai de six mois pour quitter le logement qu'elle occupe, et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et soutient que la demande se heurte à une contestation sérieuse et est dépourvue d'urgence en raison de son état de santé et de celui de son fils, lequel est âgé de trois ans, et qu'elle contacte quotidiennement le service intégré d'accueil et d'orientation bien qu'elle ne puisse en justifier ;

- les observations de M. B, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui fait valoir que le certificat médical produit en défense par Mme C ne mentionne pas la nécessité de rester dans le logement qu'elle occupe, que les pathologies de son fils sont sans gravité, et que Mme C ne démontre pas la réalité des démarches qu'elle prétend accomplir pour trouver un nouveau logement ni l'impossibilité de recourir à des solutions alternatives ;

- la parole ayant été donnée, en dernier lieu, à Me Cliquenois.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen " ; aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " ; aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. Mme C, ressortissante congolaise née le 29 mars 1995 à Kinshasa, indique être arrivée en France le 14 juillet 2023. Pendant l'examen de sa demande d'asile, elle a bénéficié d'un accueil au sein de la structure d'hébergement dédié aux demandeurs d'asile du centre d'accueil pour demandeurs d'asile Mahra Le Toit à Longuenesse (62019) en vertu d'un contrat de séjour signé le 11 août 2023.

7. D'une part, la demande d'asile de Mme C a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 15 février 2024 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 26 juin 2024. A la suite du rejet de cette demande, le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction d'y retourner pendant une durée d'un an, par un arrêté du 2 août 2024 qu'elle n'a pas exécuté. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à la requérante sa sortie de son lieu d'hébergement par un courrier du 20 août 2024 auquel elle n'a pas donné suite. Par un courrier du 20 septembre 2024, notifié le 1er octobre 2024, le préfet du Pas-de-Calais l'a mise en demeure de quitter son hébergement dans un délai de 15 jours. Mme C n'a pas davantage exécuté cette mise en demeure. Ainsi, Mme C se maintenant irrégulièrement dans son lieu d'hébergement après le rejet définitif de sa demande d'asile, la demande du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

8. D'autre part, le maintien dans les lieux de Mme C fait obstacle à l'accueil d'autres personnes ayant vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, dont il n'est pas contesté qu'il est déjà saturé dans le département Pas-de-Calais, dès lors qu'il présente des taux d'occupation de 97,5% pour les hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile et 97,9% pour les centres d'accueil pour demandeurs d'asile. La demande du préfet du Pas-de-Calais présente donc à la fois un caractère d'utilité et d'urgence, que ne peuvent suffire à remettre en cause ni le certificat médical du 25 novembre 2024 concernant l'état de santé de Mme C, lequel mentionne seulement la nécessité d'un suivi médical pour des troubles endocriniens et dermatologiques ainsi qu'une dysthyroïdie et ne révèle donc pas de particulière vulnérabilité, ni les rapports de sortie des diverses hospitalisations de sa fille, lesquels font seulement état de pathologies sans gravité fréquentes chez les enfants de trois ans, alors en outre que les affirmations faites à l'audience selon lesquelles Mme C contacterait quotidiennement le service intégré d'accueil et d'orientation ou serait à la recherche d'une solution d'hébergement alternative ne sont assorties d'aucun élément venant à leur soutien, tel que, notamment, un relevé des appels téléphoniques effectués à cette fin.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Pas-de-Calais tendant à ce qu'il soit enjoint à Mme C de libérer le logement qu'elle occupe irrégulièrement au sein de la résidence Le Renan 12 allée Honoré de Balzac au CADA Mahra - Le toit à Longuenesse (62019). Faute pour elle et toute personne l'accompagnant d'avoir libéré les lieux, le préfet est autorisé à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique, passé un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA Mahra - Le toit afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que demande le conseil de Mme C sur leur fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint Mme C, et à toute personne l'accompagnant, de libérer le logement qu'elle occupe au CADA Mahra - Le toit, au sein de la résidence Le Renan située 12 allée Honoré de Balzac à Longuenesse (62019) et d'évacuer ses biens.

Article 3 : À défaut pour Mme C de déférer à l'injonction prononcée à l'article 2, le préfet du Pas-de-Calais pourra faire procéder d'office à son expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de quinze jours à compter de sa notification.

Article 4 : Le préfet du Pas-de-Calais est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA Mahra - Le toit à Longuenesse afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour celle-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur.

Une copie en sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Lille, le 29 novembre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. TERME

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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