mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2411605 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2024, M. A B, représenté par
Me Navy, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative,
la suspension de l'exécution de la décision du 22 novembre 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'ordonner également la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre révélée par la clôture du 9 avril 2024 ;
3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer le titre sollicité ou à défaut de réexaminer sa demande dans un délai de 5 jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il a été assigné à résidence et que par voie de conséquence, l'exécution de la mesure d'éloignement risque d'intervenir à brefs délais, alors que sa présence aux côtés de sa compagne en fin de grossesse est nécessaire ;
- les décisions contestées portent atteinte à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- le refus de titre révélé par la décision de clôture du dossier de demande du 9 avril 2024 est manifestement illégal au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sachant que le dossier de demande était complet ;
- l'absence de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour est également manifestement illégal dès lors que le dossier de demande était complet.
Par un mémoire enregistré le 18 novembre 2024 à 14 heures et des pièces enregistrées le 15 et le 16 novembre 2024, le préfet du Nord, représenté par Centaure avocats conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'urgence n'est pas caractérisée et que les décisions contestées ne portent pas atteinte de manière manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale sur les droits de l'enfant signée à New York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 novembre 2024, à 14 heures 30 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Perrin, juge des référés ;
- les observations de Me Guillaud, substituant Me Navy, représentant M. B, également présent, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par Me Navy pour M. B a été enregistrée le 18 novembre 2024 à 18h02.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 22 novembre 2022, le préfet du Nord a obligé M. B, ressortissant marocain, né le 12 juillet 1994, à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par arrêté du 3 octobre 2024, le préfet du Nord a assigné à résidence M. B pendant une durée de 45 jours en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement. Cette mesure a été renouvelée pour la même durée par arrêté du 12 novembre 2024. M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 novembre 2022. Il demande également la suspension de la décision implicite de rejet de la demande de titre qu'il a introduit depuis cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Il appartient à l'étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français lorsqu'elle est accompagnée d'un placement en rétention administrative ou d'une mesure d'assignation à résidence, de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d'injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il n'en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une telle mesure relative à l'éloignement forcé d'un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
4. M. B établit que depuis l'intervention de l'arrêté du 22 novembre 2022, il est devenu père d'un troisième enfant français, né le 27 août 2023 et a conclu un pacte civil de solidarité le 25 avril 2024 avec sa compagne, mère de cet enfant. Toutefois, pour établir qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants français, le requérant se borne à produire des factures de produits pour bébé, établies d'une part entre le 30 septembre 2023 et le 22 novembre 2023, d'autre part entre le 11 juin 2024 et le 1er octobre 2024. Il produit également des témoignages de parents qui attestent qu'il emmène son deuxième enfant à l'école ou d'un médecin qui atteste qu'il accompagne ses deux derniers enfants lors des consultations. D'une part, le requérant ne produit aucun élément en dehors du témoignage de son ancienne compagne démontrant qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa première fille, née de son union avec cette compagne. D'autre part, le requérant n'apporte aucun élément sur son impécuniosité et il ne ressort pas des éléments précités qu'il établisse contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses deux derniers enfants. Si le requérant fait état d'une vie commune avec la mère de ces deux enfants, il ne justifie d'un domicile commun que par un contrat d'électricité du 19 octobre 2023. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de ces deux derniers enfants français depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans.
5. Par ailleurs, si un médecin indique que la présence du requérant aux côtés de sa compagne enceinte lui apparait importante, les éléments peu circonstanciés produits ne suffisent pas à démontrer la nécessité impérative de la présence de l'intéressé aux côtés de sa compagne. Enfin, si le requérant a reconnu par anticipation son enfant à naître et si le terme de la grossesse est prévu au 30 décembre prochain, le requérant n'établit pas, ainsi qu'il a été dit que la communauté de vie soit antérieure au 19 octobre 2023 et ne produit pour en justifier qu'une souscription à cette date d'un contrat d'électricité. Enfin, le refus de titre dont il a fait l'objet le 22 novembre 2022 a été définitivement confirmé par le jugement du tribunal administratif de Lille du 27 juin 2024 et le requérant s'est maintenu depuis cette date irrégulièrement sur le territoire français.
6. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français n'emporte pas d'effets tant sur la vie privée et familiale de l'intéressé que sur l'intérêt supérieur de l'enfant qui excèdent ceux qui s'attachent normalement à la mise à exécution d'une telle mesure.
En ce qui concerne la demande de titre :
7. Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet ou irrégulièrement présenté, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.
8. Le requérant a été informé que sa nouvelle demande de titre de séjour avait été clôturée. Il ne démontre pas que le dossier qu'il a déposé était complet et régulièrement présenté. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir d'une décision implicite de rejet, ni n'est fondé à soutenir que le préfet était tenu de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, y compris ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et
au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Lille, le 20 novembre 2024.
Le juge des référés,
signé
D. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026