vendredi 10 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2411771 |
| Type | Décision |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, M. A E B, représenté par Me Lutran, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 12 novembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a prolongé son assignation à résidence à son domicile à Hautmont pour une durée de 45 jours ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son avocate sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été édictée par une autorité incompétente ;
- et souffre d'un défaut de base légale, la mesure d'éloignement, prise à son encontre le 2 octobre 2024, étant irrégulière.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 732-8, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Rannou, représentant le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête ;
- M. B n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 20 novembre 1985, déclare être entré régulièrement en France le 23 janvier 2020. Le 22 mars 2021, il s'est vu notifier une première obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination de l'Algérie, édictée à son encontre le 19 mars 2021. Le 2 octobre 2024, M. B a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de l'Algérie qui lui a été notifiée administrativement. Et il s'est vu notifier, le même jour, une décision par laquelle le préfet du Nord a ordonné son assignation à résidence à Hautmont pour une durée de 45 jours. Le 13 novembre 2024, M. B, s'est vu notifier une décision prise la veille par laquelle le préfet du Nord a prolongé, pour une nouvelle durée de 45 jours, son assignation à résidence à son domicile à Hautmont. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de cette dernière décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 24 octobre 2024, publié le même jour au recueil n° 349 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment la décision attaquée. Par suite, le moyen, tiré de l'incompétence du signataire de la décision querellée, manque en fait et doit donc être écarté.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement n° 2410265 du 14 novembre 2024 de la magistrate désignée du Tribunal de séant, lequel est, faute d'appel, revêtu de l'autorité de la chose jugée, que la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant le 2 octobre 2024 n'est pas entachée d'irrégularité. Il suit de là que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B, à fin d'annulation de l'assignation à résidence prise à son encontre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B, à Me Lutran et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
X. LARUE
La greffière,
signé
V. LESCEUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2411771
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2610374
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