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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2605523

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2605523

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2605523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantL'ILL LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2026, M. B... A... et Mme D... A..., représentés par Me Hentz, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler la décision du directeur territorial de Strasbourg de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) en date du 11 juin 2026 portant cessation des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre au directeur général de l’OFII de rétablir sans délai le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’OFII la somme de 1 500 euros, à verser à leur conseil, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- ils n’ont pas été mis en mesure de présenter leurs observations écrites ;
- la décision est entachée d’un défaut d’examen sérieux de leur situation ;
- aucun entretien de vulnérabilité n’a été réalisé ;
- la décision méconnaît les dispositions du 1° de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’ils n’ont pas quitté leur région d’orientation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de leur situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2026, l’OFII conclut au rejet de la requête.
Il sollicite, d’une part, la substitution de la base légale tirée des dispositions du 2° de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à celle fondée dans la décision attaquée sur le 1° de cet article, M. et Mme A... ayant abandonné leur hébergement, et soutient, d’autre part, qu’aucun des moyens invoqués par les requérants n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, en application des dispositions de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Michel, magistrat désigné ;
les observations de Me Ballias, substituant Me Hentz, avocate de M. et Mme A..., qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et a fait valoir, en outre, que la substitution sollicitée par l’OFII n’est pas fondée dès lors que l’abandon du lieu d’hébergement était justifié par la nécessité de préserver la santé du fils des requérants et qu’ils en ont informé le gestionnaire du lieu comme l’exige l’article R. 551-21 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
et les observations de M. et Mme A..., assistés de M. C..., interprète en langue turque.

L’OFII n’était pas représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Mme et M. A..., ressortissants turcs nés les 15 janvier 1991 et 28 avril 1998, sont entrés en France le 31 août 2025 avec leurs deux enfants pour y solliciter l’asile. Le 23 septembre 2025, ils ont accepté les conditions matérielles d’accueil. Le directeur général de l’OFII y a mis fin par une décision du 6 novembre 2025, au motif que les requérants avaient quitté leur lieu d’hébergement le 30 septembre précédent. Mme et M. A... ont sollicité le rétablissement de leurs conditions matérielles d’accueil. Par une décision du 23 février 2026, le directeur général de l’O FFI a refusé de faire droit à cette demande. Par un jugement du 11 mai 2026, le tribunal a annulé cette décision ainsi que celle du 6 novembre 2025. M. et Mme A... demandent l’annulation de la décision du 11 juin 2026 par laquelle le directeur territorial de Strasbourg de l’OFII a mis fin aux conditions matérielles d’accueil au motif que les intéressés avaient quitté la région vers laquelle ils avaient été orientés.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (…) ».
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre Mme et M. A... à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
Aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, (…), dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis (…) La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil (…) est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret (…) ».
En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article D. 551-18 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour l'application des 1° à 6° de l'article L. 551-16, la décision, écrite et motivée, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui met fin, partiellement ou totalement aux conditions matérielles d'accueil est prise après un examen de la situation individuelle du demandeur, qui dispose d'un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations écrites (…) ».
Il ressort des pièces du dossier qu’un courrier de notification d’intention de cessation des conditions matérielles d’accueil en date du 29 mai 2026 a été notifié à M. et Mme A... le 4 juin 2026. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l’OFII n’aurait pas procédé à un examen de la situation de M. et Mme A... et n’aurait pas tenu compte de leur situation de vulnérabilité, alors qu’ils ont bénéficié d’un entretien d’évaluation le 20 mai 2026 et qu’une fiche d’évaluation de vulnérabilité a été établie, qui reprend leurs déclarations. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le directeur territorial de l’OFII aurait entaché sa décision d’un défaut d’examen personnel de leur situation.
En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l’OFII a procédé, conformément aux dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à une évaluation de la vulnérabilité de M. et Mme A.... Par suite le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure suivie manque en fait.
En cinquième lieu, l’OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil dont bénéficiait les requérants en se fondant sur les dispositions du 1° de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Or, il ressort des pièces du dossier que M. et Mme A..., qui résident actuellement à Saint-Louis (Haut-Rhin), n’ont pas quitté la région vers laquelle ils ont été orientés par l’OFII. Toutefois, lorsqu’il constate que la décision attaquée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur un autre fondement que le texte dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assorti le fondement sur lequel la décision aurait dû être prononcée.
En l’espèce, il est constant que M. et Mme A... ont quitté le lieu d’hébergement dans lequel ils avaient été admis. S’ils soutiennent que leur départ était justifié par la nécessité de préserver la santé de leur fils, il résulte des éléments qu’ils apportent et de leurs déclarations à la barre que cet enfant en bas âge a seulement été affecté, au cours d’un séjour limité à deux jours, d’un trouble gastro-intestinal sans gravité et d’une éruption cutanée peu étendue. Dans ces conditions, en l’absence de justification valable au départ de M. et Mme A..., la santé de leurs fils n’ayant pas été sérieusement menacée, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile lesquelles peuvent être substituées à celles du 1° du même article, dès lors, d’une part, que cette substitution de base légale n’a pour effet de priver les intéressés d’aucune garantie et, d’autre part, que l’administration disposait du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’une ou l’autre de ces deux dispositions. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de l’OFII et de substituer les dispositions du 2° de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à celle du 1° du même article.
En dernier lieu, M. et Mme A... soutiennent que l’OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation de vulnérabilité et de la précarité dans laquelle la décision contestée les place. Toutefois, il ne ressort d’aucune disposition du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que les décisions portant refus ou cessation des conditions matérielles d’accueil feraient, en toutes circonstances, obstacle à l’accès à d’autres dispositifs prévus par le droit français, si l’étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l’application des dispositions de l’article L. 251-1 du code de l’action sociale et des familles relatives à l’aide médicale de l’État ou de l’article L. 345-2-2 du même code relatives à l’hébergement d’urgence. Par suite, M. et Mme A... ne sont pas fondés à soutenir que l’OFII, en mettant fin aux conditions matérielles d’accueil, a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. et Mme A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er :
M. et Mme A... sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 :
Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A... est rejeté.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Mme D... A..., à Me Hentz et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


Le magistrat désigné,




C. Michel

La greffière,




V. Metzger

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




V. Metzger


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