vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2412063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2024, M. D A demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 24 novembre 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a ordonné sa remise aux autorités allemandes et a interdit sa circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de remise :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 et modifiée par le règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérale d'Allemagne relatif à la réadmission et au transit des personnes en situation irrégulière, signé à Kehl le 10 février 2003 ;
- le règlement UE n° 2016/3992 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (codes frontières Schengen) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 623-1, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné
- les observations de Me Karila, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, tout en sollicitant l'admission, à titre provisoire, du requérant à l'aide juridictionnelle totale ainsi que l'allocation à son profit d'une somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, en ajoutant que, contrairement aux stipulations de l'accord franco-allemand relatif à la réadmission et au transit des personnes en situation irrégulière, signé à Kehl le 10 février 2003, le préfet du Pas-de-Calais n'établit pas avoir réalisé les formalités de réadmission auprès des autorités allemandes ;
- et les observations de Me Zarka, représentant la préfecture du Pas-de-Calais qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- M. A étant absent.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant syrien né le 15 mars 1999, déclare être entré en France le 22 novembre 2024. Il a été interpellé, le 23 novembre 2024, à la suite d'un contrôle d'identité opéré à la gare routière de Calais à 19h55. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il n'était pas entré régulièrement sur le territoire français et était en possession d'un permis de séjour allemand valable jusqu'en janvier 2025, M. A a fait l'objet, le lendemain de son interpellation, d'une décision ordonnant sa remise aux autorités allemandes ainsi que d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 11 janvier 2024, publié le même jour au recueil n° 8 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. C B, sous-préfet de Béthune, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions querellées manquent en fait et doivent donc être écartés.
3. En second lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions. Par suite, les moyens, tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, ne peuvent être accueillis.
4. En dernier lieu, M. A déclare être entré en France le 22 novembre 2024, à l'âge de 25 ans. Il n'y séjournait donc que depuis 2 jours à la date d'adoption de la décision attaquée. Il est célibataire, divorcé de son ex-femme qui réside au Koweit, sans enfant et ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français, toute sa famille, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police, résidant au Koweit. En outre M. A ne se prévaut d'aucun élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en ordonnant sa remise aux autorités allemandes et en interdisant sa circulation sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Pas-de-Calais aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'autre moyen propre à la décision de remise :
5. L'article 3 de 'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérale d'Allemagne relatif à la réadmission et au transit des personnes en situation irrégulière, signé à Kehl le 10 février 2003 stipule notamment que : " 1. Chaque Partie contractante réadmet sur son territoire, à la demande de l'autre Partie contractante, la personne qui ne possède pas la nationalité d'une des Parties contractantes et qui ne remplit pas ou ne remplit plus les conditions d'entrée ou de séjour applicables sur le territoire de la Partie contractante requérante pour autant qu'il est établi ou présumé que cette personne : / 1. Est bénéficiaire d'un visa en cours de validité - autre qu'un visa de transit - ou titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivrés par la Partie contractante requise () / 4. Dans le cas visé au 1 ci-dessus et lorsque l'entrée sur le territoire de la Partie requérante ne remonte pas à plus de sept jours, chaque Partie réadmet la personne sans formalités. La remise pourra également être effectuée après expiration du délai de sept jours si, dans ce délai, la remise a été annoncée ".
6. En l'espèce, la remise de M. A aux autorités allemandes étant intervenue deux jours après son entrée irrégulière sur le territoire français, ce dernier n'est pas fondé à se plaindre de ce que, conformément aux stipulations précitées du point 4 de l'article 3 de l'accord de réadmission entre la France et l'Allemagne, sa réadmission vers l'Allemagne ait été édictée sans formalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation des décisions de remise et d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Pas-de-Calais.
Lu en audience publique le 24 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
X. LARUE
La greffière,
signé
V. LESCEUX
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2412063
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026