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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412185

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412185

vendredi 3 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par M. A, ressortissant guinéen, d’une demande de suspension de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge des référés a constaté qu’un récépissé valable jusqu’au 18 mars 2025 avait été délivré à l’intéressé en cours d’instance, rendant sans objet les conclusions à fin de suspension et d’injonction. En conséquence, il a prononcé un non-lieu à statuer sur ces demandes, tout en admettant provisoirement M. A au bénéfice de l’aide juridictionnelle. La décision s’appuie sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er et 20 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née le 6 septembre 2024 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- sa demande doit être regardée comme une demande de renouvellement pour laquelle l'urgence est présumée ; en l'absence de tout document justifiant de la régularité de son séjour, son contrat d'alternance risque d'être suspendu et il se retrouvera sans ressources et sans possibilité de poursuivre ses études ; il est dépourvu de logement ;

- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;

- en application des dispositions des articles R. 311-4 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet était tenu d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;

- il remplit les conditions posées aux articles L. 423-22, L. 433-1 et L. 433-4 du même code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit se voir délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention vie privée et familiale ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2024, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable pour être dirigée contre une décision qui n'existe pas dès lors que la demande du requérant est en cours de traitement et qu'un récépissé lui a été délivré ;

- il n'existe pas de présomption d'urgence en l'espèce et l'urgence n'est pas établie ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 décembre 2024, à 14 heures :

- le rapport de Mme Leguin, juge des référés ;

- les observations de Me Doré, représentant de M. A, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête et confirme qu'un récépissé a bien été délivré ;

- les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord, qui reprend les conclusions et écritures du mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction compte tenu de la délivrance d'un récépissé valable du 19 décembre 2024 au 18 mars 2025. Elles ont été invitées à formuler leurs observations.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant guinéen. Il a été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " valable du 16 novembre 2021 au 15 novembre 2022, puis un nouveau titre de séjour sur le même fondement valable du 7 août 2023 au 6 juillet 2024. Il a ensuite sollicité la délivrance d'un titre de séjour vie privée et familiale en se prévalant de sa qualité d'ancien mineur confié à l'aide sociale à l'enfance. Il a été muni d'un récépissé qui a expiré le 19 décembre 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Au cas d'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. A et tels que rappelés dans les visas de la présente ordonnance n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont il est sollicité la suspension de l'exécution. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, la requête présentée par M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Doré, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur.

Fait à Lille, le 3 janvier 2025.

La juge des référés,

Signé

AM. LEGUIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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