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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412186

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412186

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2024, M. A C B, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de cette aide, de mettre à la charge de l'Etat la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il a demandé le renouvellement de son précédent titre et au surplus dans la mesure où l'exécution de la décision attaquée le maintient dans une situation de grande précarité et ne lui permet pas de travailler ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait également les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2024, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'intéressé ayant été destinataire d'un récépissé de demande valable jusqu'au 11 juin 2025, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

Par un mémoire enregistré le 13 décembre 2024, M. B représenté par Me Doré maintient ses conclusions.

Il fait valoir qu'aucun récépissé ne lui a été remis, et au surplus que la délivrance d'un récépissé ne permettrait pas de considérer que la condition d'urgence n'est plus satisfaite.

Vu :

- la copie de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-648 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 décembre 2024 à 11h00, en présence de Mme Dérégnieaux, greffière :

- le rapport de M. Perrin ;

- et les observations de Me Doré, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense, par les mêmes moyens et qui maintient que sa requête n'est pas devenue sans objet.

Le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

Les parties ont été informées que l'ordonnance à intervenir était susceptible de relever d'office le non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. B, ressortissant de la République du Congo s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 24 août 2024. Il indique avoir demandé le renouvellement de ce titre le 29 mai 2024. M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Nord sur cette demande.

Sur l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État. () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Le requérant, titulaire d'une carte de séjour temporaire en tant que salarié, produit une copie du formulaire de demande de renouvellement de ce titre, accompagné d'un accusé de réception de la préfecture du Nord en date du 29 mai 2024. Par ailleurs, si le préfet du Nord soutient qu'il a délivré à l'intéressé un récépissé valable jusqu'au 11 juin 2025, il se borne à fournir une copie d'un écran issu de l'application de gestion des étrangers en France. Le requérant conteste de son côté avoir reçu un tel document, sans être utilement contredit. Compte tenu de ces éléments, la condition d'urgence apparait comme satisfaite, le requérant ne pouvant faire valoir ses droits au vu du seul document produit par le préfet.

En ce qui concerne le doute sérieux :

7. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

8. D'autre part, le requérant établit qu'il réside régulièrement en France depuis au moins le 16 décembre 2019, qu'il est père d'une petite fille de trois ans dont la mère a le statut de réfugiée et dispose d'une carte de résident valide et que le couple établit une adresse commune. Le requérant démontre également qu'il travaille depuis le 1er janvier 2022, son dernier contrat de travail à durée déterminée jusqu'au 13 septembre 2024, ayant fait l'objet d'une autorisation de travail en date du 25 juillet 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation du requérant est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique seulement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de M. B et édicte une décision expresse à son issue, à notifier à l'intéressé. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans l'attente de ce réexamen, il est enjoint au préfet du Nord de munir l'intéressé d'un duplicata du récépissé valable jusqu'au 11 juin 2025 ou à défaut de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler et ce dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. M. B a été provisoirement admis, ainsi qu'il a été dit, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Doré, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à ce dernier.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. B le renouvellement de sa carte de résident est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. B afin qu'il statue sur sa demande de titre de séjour par une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans cette attente un duplicata du récépissé valable jusqu'au 11 juin 2025 ou à défaut un récépissé l'autorisant à travailler.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Doré renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Doré, avocate de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B, à Me Doré et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 7 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

D. Perrin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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