mercredi 8 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2412294 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Gommeaux, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 août 2024 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de cette même date, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gommeaux, avocate de M. B, de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée s'agissant d'un renouvellement de titre de séjour ;
- la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article L. 423-23 du même code et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle aurait dû être prise après avis de la commission du titre de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2024 à 7h50 et des pièces enregistrées le 21 décembre 2024, le préfet du Nord, représenté par Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie compte tenu de la menace à l'ordre public représentée par l'intéressé et aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2024.
Vu :
- la requête enregistrée le 4 décembre 2024 sous le n° 2412301 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 23 décembre 2024 à 14h45, M. Perrin a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Guillaud, substituant Me Gommeaux, représentant M. B, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens ;
- Me Hau du cabinet Centaure avocats, représentant le préfet du Nord.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. M. B, ressortissant marocain né le 27 mai 1999 à Al-Aroui (Maroc), est entré en France en 2007 en compagnie de sa mère et de son frère aîné. A sa majorité, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 29 janvier 2019, puis d'une carte de séjour pluriannuelle portant également la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 14 janvier 2024, dont il a demandé le renouvellement le 23 décembre 2023. Il demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour.
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire sans charge de famille, et s'il soutient qu'il est fiancé depuis 2021 avec une ressortissante française avec laquelle il entretient une vie commune depuis 2022, il ne produit à l'appui de cette dernière affirmation que deux attestations, dont l'une émane de sa compagne. Par ailleurs, si M. B se prévaut de la présence en France de sa famille en situation régulière, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence auprès d'elle serait indispensable, ni qu'il serait isolé en cas de retour au Maroc, où il indique avoir résidé pendant huit mois à la suite de la perte de son titre de séjour en août 2023. D'autre part, pour rejeter la demande de M. B, le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance que ce dernier a été condamné le 9 avril 2024 à une peine d'emprisonnement de 18 mois avec sursis pour des faits d'escroquerie, vol en réunion, contrefaçon ou falsification de chèque et usage de chèque contrefait ou falsifié, commis au cours de l'année 2019-2020, et M. B ne conteste pas la matérialité de ces faits. Enfin, si M. B fait valoir qu'il souffre d'un psoriasis cutané sévère générateur de stress, il ne ressort des pièces du dossier ni que l'absence de traitement de cette pathologie serait susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, au regard des éléments versés au dossier, qu'un traitement approprié ne serait pas disponible au Maroc. Par ailleurs, si le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission. Toutefois, il résulte de ce qui précède que le requérant ne remplit pas effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et par suite le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 412-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porterait une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'un vice de procédure, faute de saisine de la commission du titre de séjour, ne sont pas susceptibles de faire naître de doute sérieux quant à sa légalité.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 8 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
D. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026