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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412568

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412568

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi en référé suspension par M. A, ressortissant algérien, contestant le refus implicite de renouvellement de son certificat de résidence "salarié". Le juge des référés a constaté que la condition d'urgence était remplie, compte tenu du risque imminent de licenciement de l'intéressé à l'expiration d'un récépissé de courte durée. Sur le fond, il a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, il a ordonné la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet et enjoint au préfet de réexaminer la demande sous quinze jours, sans astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024 et une pièce enregistrée le 21 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Nina Potier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite née le 16 septembre 2024 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant au renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention salarié ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ; au surplus, la situation d'urgence est caractérisée au regard du risque de la perte de son emploi à compter du 17 janvier 2025 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

' elle est entachée d'un défaut de motivation ;

' elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

' elle méconnait l'article 7 b) de l'accord franco-algérien ;

' elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

' elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 13 décembre 2024, M. A représentée par Me Potier, maintient l'ensemble de ses conclusions.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2024 à 7h 51 et une pièce enregistrée le 12 décembre 2024, le préfet du Nord, représenté par Centaure avocats, conclut au non-lieu à statuer ou à défaut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'un récépissé valable jusqu'au 17 janvier 2025 a été délivré au requérant.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Lors de l'audience publique qui s'est tenue le 23 décembre 2024 à 14h45 en présence de M. Potet, greffier, M. Perrin, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Potier, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et Me Hau, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, a obtenu un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " valable jusqu'au 17 juillet 2024. Il indique en avoir sollicité le renouvellement le 16 mai 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet du Nord rejetant sa demande de renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " salarié ".

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de M. A. Si postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord indique avoir délivré un récépissé de demande de titre valable jusqu'au 17 janvier 2025, eu égard à la durée très limitée de validité de ce récépissé et à la circonstance que l'employeur du requérant a indiqué devoir procéder au licenciement du requérant en application de l'article L. 8251-1 du code du travail à compter du 17 janvier 2025, en l'absence de titre de séjour l'autorisant à travailler, la délivrance de ce récépissé ne renverse pas en l'espèce la présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

5. D'une part, aux termes, d'une part, de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". En vertu de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

6. D'autre part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. / () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; / (). ".

7. En l'espèce, compte tenu qu'il n'est pas contesté que le requérant a demandé le renouvellement de son certificat de résidence algérien et que son dossier était complet, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de prendre une décision expresse sur cette demande et dans l'attente, jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué, de lui délivrer un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de M. A tendant au renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " salarié " est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai de trois mois à compter la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans le délai de quinze jours, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant ce réexamen.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 8 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

D. Perrin

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2412568

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