vendredi 3 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2412966 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 décembre 2024 et le 2 janvier 2025, M. F E demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 20 décembre 2024 par lequel le préfet du Nord a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en exécution de la mesure d'interdiction du territoire français prise à son encontre par jugement du tribunal correctionnel de Dunkerque du 21 juin 2024.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;
- elle est insuffisamment motivée, notamment en ce qu'elle n'indique pas clairement sa base légale ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements inhumains et dégradants.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés, fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Livenais, premier vice-président, pour statuer en application du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Livenais, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lhoni, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Phalippou, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- et les observations de Me E, assisté de M. A, interprète en langue kurde sorani.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant iranien né le 7 juillet 2000, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, au cours de l'année 2024. Il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Dunkerque (Nord) du 21 juin 2024 à une peine de douze mois d'emprisonnement pour des faits de menace de crime ou de délit contre les personnes et les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou dans l'espace Schengen dans des conditions l'exposant à un risque immédiat de mort ou d'infirmité permanente, cette peine étant assortie d'une interdiction définitive du territoire français. Par un arrêté du 20 décembre 2024, le préfet du Nord a fixé le pays de renvoi de M. E en vue de l'exécution de cette mesure d'interdiction du territoire. M. E demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
2. En premier lieu, aux termes d'un arrêté du 6 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation de signature à Mme B, adjointe à la cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la direction de l'immigration et de l'intégration de la préfecture et auteure de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant fixation du pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'interdiction du territoire français en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D C, cheffe de ce même bureau. Il n'est pas contesté que Mme C était absente ou empêchée à la date de la décision attaquée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été notifiée à M. E par le truchement d'un interprète en langue kurde, qu'il a déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la décision contestée ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire mentionne les considérations de droit sur lesquelles il se fonde ainsi que les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. E, notamment la circonstance que ce dernier fait l'objet d'une interdiction du territoire français prononcée par l'autorité judiciaire dont il se déduit, dans des conditions suffisantes pour permettre au destinataire de la décision de contester utilement la mesure, que celle-ci est prise sur le fondement de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les motifs justifiant que l'Iran, ou tout autre Etat dans lequel il serait légalement admissible, soit désigné comme pays à destination duquel il doit être renvoyé en exécution de la mesure d'expulsion le visant. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressé mais uniquement de celles qui fondent la décision attaquée, M. E ne pouvant au demeurant utilement soutenir que cet arrêté n'aurait pas mentionné des éléments relatifs à son état de santé dont il indique lui-même avoir fait état pour la première fois postérieurement à son placement en rétention. Cette motivation suffisante établit, en outre, que le préfet s'est livré à l'examen de la situation personnelle de M. E au regard des informations dont il disposait à la date de la décision attaquée avant de prendre à son encontre la décision attaquée.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose en outre : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. / 2. Pour déterminer s'il y a de tels motifs, les autorités compétentes tiendront compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l'existence, dans l'Etat intéressé, d'un ensemble de violations systématiques des droits de l'homme, graves, flagrantes ou massives ".
6. En se bornant à faire état, sans en justifier par des éléments précis et circonstanciés, de ce qu'il ferait l'objet de poursuites de la part des autorités iraniennes à raison de son militantisme politique et qu'il serait en particulier exposé à un risque de condamnation à la peine de mort en cas de retour dans son pays d'origine, M. E, à qui il était d'ailleurs loisible de former pendant sa rétention une demande d'asile en France, n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé personnellement, en cas de retour en Iran, à des risques de traitements inhumains ou dégradants ou à un risque d'exposition à la torture. L'intéressé n'établit pas davantage que la dépression dont il affirme souffrir trouverait son origine dans des événements survenus en Iran avant son départ de cet Etat. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de celles de l'article 3-1 de la convention contre la torture et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En cinquième et dernier lieu et compte tenu de ce qui précède, le préfet du Nord n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en fixant l'Iran, Etat dont M. E est ressortissant, comme pays de destination de l'intéressé ou, à défaut, tout Etat dans lequel ce dernier serait légalement admissible.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Lhoni, et au préfet du Nord.
Rendu à l'issue de l'audience publique qui s'est tenue le 3 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
Y. LIVENAISLa greffière,
Signé
T. LEDORMAND
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026