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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2413109

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2413109

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2413109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLOKAMBA OMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Lokamba-Omba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de le faire bénéficier, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 350 euros par jour de retard, des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il n'a pas été tenu compte de son état de vulnérabilité, eu égard à sa qualité de personne âgée ;

- et méconnaît également les dispositions du 3° de l'article L. 531-27 du même code dès lors que le retard constaté dans l'enregistrement de sa demande d'asile n'est pas démontré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, l'OFII a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide et à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 555-1, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 11 janvier 1988 est entrée irrégulièrement en France, le 29 août 2024. Elle a formulé une demande d'asile qui a été enregistrée au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture du Nord, le 18 décembre 2024. Le même jour, après qu'ait été évaluée sa vulnérabilité, Mme A s'est vu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile parce qu'elle avait, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Par la présente requête, Mme A sollicite l'annulation de cette décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai (de 90 jours) prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / () ".

3. En l'espèce, la décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, qu'après un examen de sa situation personnelle et familiale, il s'avère que la requérante a, sans motif légitime, formulé sa demande d'asiles après l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Dans ces conditions, la décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut pas être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne la décision de refus des conditions matérielles d'accueil, : " Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". A cet égard, l'article L. 522-1 du même code dispose que : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". L'article L. 522-3 du même code disposant que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. Toutefois, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité produite en défense par l'OFII, que Mme A, qui n'était âgée que de 36 ans, à la date d'édiction de la décision attaquée, et qui est hébergée de manière précaire chez une connaissance en France, n'est pas enceinte et ne souffre d'aucun problème de santé ou handicap, et ne requière pas l'aide d'une tierce personne pour accomplir les actes essentiels de la vie quotidienne. Il suit de là qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le directeur territorial de l'OFII, qui a dûment procédé à l'examen de sa vulnérabilité, aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée irrégulièrement en France le 29 août 2024, soit plus de 90 jours avant la date d'enregistrement de sa demande d'asile, le 18 décembre 2024. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au seul motif que le retard constaté dans l'enregistrement de sa demande d'asile ne serait pas avéré.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A à fin d'annulation de la décision du 18 décembre 2024, par laquelle le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de M. et Mme A à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lokamba-Omba et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

X. LARUE

La greffière,

Signé

O. MONGET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2413109

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