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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2505567

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2505567

lundi 7 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2505567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 9 mai 2025 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A, ressortissante mauritanienne. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, la requérante ne justifiant pas d'une situation précaire particulière, et qu'aucun des moyens soulevés, notamment la méconnaissance de l'article 10 du règlement n°492/2011 et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juin 2025 et le 26 juin 2025, Mme B A, représentée par Me Gommeaux, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative,

la suspension de l'exécution de la décision du 9 mai 2025 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa demande et de prendre une décision expresse sur celle-ci dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures et sous la même condition d'astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement en cas de refus de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour méconnait l'article 10 du règlement n°492/2011 du 5 avril 2021 ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnait les articles 3-1 et 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- la condition de l'urgence est présumée, s'agissant d'une demande de renouvellement de titre ; en outre la décision contestée la place dans une situation administrative précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2025, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le mari de la requérante n'a exercé aucune activité en 2024 et une activité accessoire en 2022 et 2023, qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour depuis son entrée en France, qu'au surplus, sa formation a débuté postérieurement à la décision contestée et que la scolarisation des enfants du couple n'est pas démontrée depuis 2023 ;

- la décision contestée ne méconnait pas l'intérêt supérieur de l'enfant et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union ;

- le règlement n°492/2011 du 5 avril 2021 ;

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juin 2025, à 10h30, tenue en présence de Mme Dérégnieaux, greffière :

- le rapport de M. Perrin, juge des référés ;

- les observations de Me Gommeaux, représentant Mme A, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête et soutient que les enfants de la requérante ont un droit au séjour autonome issu du droit communautaire qui n'est conditionné ni par des ressources suffisantes, ni par l'absence de charge pour le système social, que l'époux de la requérante a une liberté de circulation et de travail en tant que ressortissant communautaire sans qu'il doive détenir un titre de séjour et que la décision est également entachée de défaut d'examen ;

- et les observations de Me Suarez-Pedrosa, représentant le préfet du Pas-de-Calais qui fait valoir que l'époux de la requérante n'a exercé que des activités accessoires et ne peut être considéré comme un travailleur migrant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante mauritanienne née le 28 décembre 1988 a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 10 août 2024 dont elle a demandé le renouvellement le 9 août 2024. Par un arrêté du 9 mai 2025, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cet arrêté du 9 mai 2025 en tant qu'il lui refuse un titre de séjour.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aux termes de l'article 10 du règlement (UE) n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 relatif à la libre circulation des travailleurs à l'intérieur de l'Union : " Les enfants d'un ressortissant d'un État membre qui est ou a été employé sur le territoire d'un autre État membre sont admis aux cours d'enseignement général, d'apprentissage et de formation professionnelle dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet État, si ces enfants résident sur son territoire. / Les États membres encouragent les initiatives permettant à ces enfants de suivre les cours précités dans les meilleures conditions. ". Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, que les enfants d'un citoyen de l'Union européenne qui se sont installés dans un Etat membre alors que leur parent disposait d'un droit de séjour en tant que travailleur migrant dans cet État membre sont en droit d'y séjourner afin d'y poursuivre des cours d'enseignement général et que le parent qui a effectivement la garde de ces enfants, quelle que soit sa nationalité, est en droit de séjourner avec eux de manière à faciliter l'exercice dudit droit, sans que ce droit soit soumis à la condition qu'ils disposent de ressources suffisantes et d'une assurance maladie complète dans cet Etat. Par ailleurs, il résulte également des objectifs et des dispositions de l'article 7 de la directive n°2004/38/CE du 29 avril 2004, transposé à l'article L.233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, telles qu'interprétés par la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans sa décision du 4 juin 2009 (C-22/08 et C-23/08) que doit être considérée comme " travailleur migrant " au sens de l'article 39 CE, devenu article 45 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

5. Il résulte de l'instruction que le mari de la requérante, de nationalité espagnole, a conclu des contrats de mission temporaire pour la période du 11 juillet 2022 au 16 septembre 2022, puis à nouveau pour les périodes du 11 avril 2023 au 25 mai 2023 et du 21 juillet 2023 au 29 décembre 2023. Il a également été stagiaire le 15 janvier 2024. Il n'est pas sérieusement contesté qu'il n'a pas eu d'autres périodes d'emploi en France. La requérante n'établit pas en outre que ces périodes d'activité ont permis à son époux, ni à elle et à sa famille comptant cinq enfants de ne pas être à la charge du système d'assistance sociale pendant ces périodes d'emploi. Compte tenu de ces éléments et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 du règlement n° 492/2011 n'est pas de nature, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de titre opposé à la requérante. Aucun autre moyen n'est en l'état de l'instruction de nature à créer un tel doute.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence que les conclusions aux fins de suspension de la décision rejetant la demande de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique et de l'article L. 761- font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Pas-de-Calais.

Lille, le 7 juillet 2025.

Le juge des référés,

signé

D. Perrin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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