Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2025, M. E... D..., représentée par Me Hannah Fournier, demande au tribunal :
1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 30 août 2025 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l’a assigné à résidence dans le département du Pas-de-Calais, où il réside, jusqu’à ce qu’il existe une perspective raisonnable d’exécution de son obligation et, en tout état de cause, pour une durée qui ne peut excéder un an ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son avocate, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ou, en cas de refus d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat la même somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’arrêté attaqué :
a été édicté par une autorité incompétente ;
est insuffisamment motivé ;
souffre d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;
est dépourvue de base légale ;
méconnaît les dispositions de l’article L. 732-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit, en l’absence de limite temporelle claire de la mesure ;
est empreinte, compte tenu de sa durée et de sa situation personnelle, d’une erreur manifeste dans l’application de ces mêmes dispositions.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n’a pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. A... a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. D..., ressortissant togolais né le 7 septembre 1996, déclare être entré en France le 15 août 2023. Il a sollicité, le 6 novembre 2023, la reconnaissance de la qualité de réfugiée ou le bénéfice de la protection subsidiaire, lesquels lui ont été définitivement refusés par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 5 août 2024. Le préfet de la Manche a, en conséquence, par un arrêté daté du 10 octobre 2024 rejeté la demande de titre de séjour formulée par M. D... au titre de l’asile et a assorti cette décision d’une obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination du Togo ainsi que d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois. Le recours de l’intéressé contre ces décisions a été définitivement rejeté par l’ordonnance n° 2431380 du 25 avril 2025 de la présidente de la 6ème chambre du tribunal administratif de Paris, saisi sur renvoi du tribunal administratif de Caen. Le 30 août 2025, M. D..., après son interpellation dans le cadre d’un contrôle d’identité à la gare, a fait l’objet d’une assignation à résidence de longue durée dans le département du Pas-de-Calais, où il était hébergé depuis le 4 mars 2025 par la communauté Emmaüs de la commune Les attaques (62). M. D... demande au tribunal d’annuler cette dernière décision.
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».
M. D... n’a pas déposé de demande d’aide juridictionnelle dans la présente instance et ne se prévaut d’aucune urgence à même de justifier que lui soit accordé le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, il n’y a pas lieu de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l’existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 11 juillet 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 99 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. B... C..., sous-préfet de Boulogne-sur-Mer, signataire de l’arrêté querellé, à l’effet de signer, dans le cadre des permanences du corps préfectoral, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision querellée manque en fait et doit donc être écarté.
En deuxième lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant que M. D..., qui a déclaré une adresse dans la commune « Les attaques », a fait l’objet le 10 octobre 2024, d’une obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français, que son éloignement demeure une perspective raisonnable puisque s’il est démuni de documents d’identité ou de voyage en cours de validité, des démarches, notamment des demandes de laisser-passer consulaire, sont en cours, et en faisant application des dispositions du 1° de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la décision attaquée, que le préfet du Pas-de-Calais n’aurait pas procédé à un examen sérieux du dossier de M. D.... A cet égard, le requérant ne fait état d’aucune circonstance ayant une incidence sur le sérieux de l’examen opéré par le préfet du Pas-de-Calais. En effet, l’intéressé, qui est assigné à résidence dans le département du Pas-de-Calais, où il a justifié résider, jusqu’à ce qu’il existe une perspective raisonnable d’exécution de son obligation et, en tout état de cause, pour une durée qui ne peut excéder un an et qui est obligé de se présenter au commissariat de Guines tous les mardi et jeudi entre 10h et 11h, n’allègue pas ne pas pouvoir déférer à ces obligations. Ce moyen doit donc être écarté.
En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M D... a fait l’objet, ainsi qu’il a déjà été dit, le 10 octobre 2024 d’un refus de délivrance d’un titre de séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire, assorti d’une obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination du Togo ainsi que d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois édictés par le préfet de la Manche. Il en a sollicité l’annulation auprès du tribunal administratif de Caen le 23 novembre 2024. Il n’est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait, en l’absence de preuve de l’édiction de cette décision ou de sa notification, dépourvue de base légale.
En dernier lieu, aux termes de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (…) ». L’article L. 732-4 du même code dispose que : « Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée d'un an ».
En l’espèce, M. D... a été assigné à résidence dans le département du Pas-de-Calais jusqu’à ce qu’il existe une perspective raisonnable d’exécution de son obligation de quitter le territoire français, conformément aux dispositions précitées du 1° de l’article L. 731-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et, « en tout état de cause, pour une durée qui ne peut excéder un an ». Il n’est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui arrivera à terme un an après son édiction si, à cette date, la mesure d’éloignement prise à son encontre n’était pas encore exécutée, méconnaît les dispositions précitées de l’article L. 732-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou serait empreinte, dans l’application de ces dispositions d’une erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation ni qu’elle serait, compte tenu de sa durée ne pouvant excéder un an, disproportionnée.
Il résulte de tout ce qui précède que M. D..., n’est, par les moyens qu’il invoque, pas fondé à solliciter l’annulation de la décision du 30 août 2025 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a ordonné son assignation à résidence dans le département du Pas-de-Calais où il réside, jusqu’à ce qu’il existe une perspective raisonnable d’exécution de son obligation et, en tout état de cause, pour une durée qui ne peut excéder un an.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D... et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... D... et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé
X. A...
La présidente,
Signé
S. Stefanczyk
La greffière,
Signé
N. Paulet
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,