vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-1900586 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | RAPPAPORT HOCQUET SCHOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2019, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) Vortex, représentée par la SCP Fromont Briens, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social du 25 janvier 2019 ;
2°) d'autoriser le licenciement de Mme B ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'inaptitude de Mme B n'est pas d'origine professionnelle et aucun élément ne démontre qu'elle serait à l'origine d'une telle inaptitude ;
- la procédure de licenciement pour inaptitude et l'impossibilité de reclassement sont régulières ;
- la demande d'autorisation de licenciement ne présente aucun lien avec l'exercice des fonctions représentatives exercées par Mme B ;
- aucun motif d'intérêt général ne s'oppose à la demande de licenciement.
Par un mémoire en intervention enregistré le 24 février 2021, Me Pernaud et Me Aussel, liquidateurs judiciaires de la Sasu Vortex, représentés par Me Barbe, demandent au tribunal d'annuler la décision du ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social du 25 janvier 2019 , d'autoriser le licenciement de Mme B, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'inaptitude de Mme B n'est pas d'origine professionnelle et aucun élément ne démontre que la Sasu Vortex serait à l'origine d'une telle inaptitude ;
- la procédure de licenciement pour inaptitude et l'impossibilité de reclassement sont régulières ;
- la demande d'autorisation de licenciement ne présente aucun lien avec l'exercice des fonctions représentatives exercées par Mme B ;
- aucun motif d'intérêt général ne s'oppose à la demande de licenciement ;
- la ministre n'a aucune compétence ni légitimité pour imputer l'inaptitude de Mme B à la société Vortex alors, en outre, que l'intéressée est en arrêt maladie depuis le 9 décembre 2014, qu'elle vit à Clermont-Ferrand et qu'elle n'a aucune interaction avec la direction de l'entreprise que celle qu'elle souhaite avoir dans les cadre de ses mandats représentatifs ;
- la plupart des arguments retenus par la ministre sont postérieurs à l'avis d'inaptitude ;
- le constat de la ministre repose sur des évènements ne concernant pas uniquement Mme B ; la motivation retenue par la ministre est inopérante.
Par des mémoires, en défense, enregistrés les 1er mars et 12 mai 2021 et le 5 mai 2022, Mme A B, représentée par la SCP Rappaport-Hocquet-Schor, conclut à la confirmation de la décision du 25 janvier 2019 de la ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social refusant son licenciement pour inaptitude et à ce qu'une somme de 3.000 euros soit mise à la charge de la société Vortex sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que son inaptitude médicale résultant de son état de santé est en lien direct avec les obstacles mis par son employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives ; il existe un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et ses fonctions représentatives.
Par un mémoire, enregistré le 27 avril 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 5 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2022.
Un mémoire présenté pour Mme B a été enregistré le 15 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bordes, rapporteur,
- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public,
- et les observations de Me Hocquet, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier daté du 17 novembre 2015, la société Vortex a demandé à l'inspection du travail du Rhône, l'autorisation de procéder au licenciement pour inaptitude de Mme B, employée en qualité de conducteur scolaire. Mme B exerçait alors les mandats de membre élu au comité d'entreprise, de déléguée syndicale central et de représentante syndicale au comité d'entreprise de la délégation unique du personnel. Mme B était également candidate aux élections du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. L'inspectrice du travail a gardé le silence sur cette demande, refusant ainsi, d'autoriser le licenciement de Mme B. Par un jugement rendu le 5 décembre 2017, le tribunal administratif de Lyon a annulé cette décision implicite et a enjoint à l'inspectrice du travail de réexaminer la demande de la société Vortex. Pour ce motif, l'inspectrice du travail s'est expressément prononcée sur la demande de la société Vortex et a une nouvelle fois, par une décision en date du 18 avril 2018, refusé d'accorder l'autorisation de licencier Mme B. Par un courrier du 20 juin 2018, la société Vortex a formé un recours hiérarchique contre ce refus. Il est constant que la ministre du travail a conservé le silence sur ce recours qui, de ce fait, doit être regardé comme ayant été implicitement rejeté. Toutefois, cette décision implicite a été retirée par une décision expresse de la ministre du travail en date du 25 janvier 2019. Par cette même décision, la ministre a également annulé la décision de l'inspectrice du travail du 18 avril 2018 et a refusé d'autoriser le licenciement de Mme B. Par sa requête, la société Vortex doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de l'autorité ministérielle en tant qu'elle refuse la délivrance de l'autorisation de licencier Mme B.
Sur l'intervention des co-liquidateurs judiciaires de la société Vortex :
2. Me Pernaud et Me Aussel, co-liquidateurs judiciaires de la société Vortex ont intérêt à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi leur intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
4. Il ressort des motifs de la décision attaquée que, pour refuser d'autoriser le licenciement de Mme B, la ministre du travail a retenu qu'il existait un lien entre l'exercice des fonctions représentatives de la salariée et l'inaptitude fondant la demande d'autorisation de la licencier.
5. La société requérante soutient que l'inaptitude de Mme B n'entretenait aucun lien avec l'exercice de ses mandats. À l'appui de ce moyen, elle fait valoir que l'inaptitude de l'intéressée n'était pas d'origine professionnelle, qu'elle n'a eu d'autre interaction avec Mme B que celles que la salariée souhaitait avoir dans le cadre de ses mandats représentatifs et que la plupart des éléments de fait fondant la décision attaquée sont postérieurs à l'avis d'inaptitude rendu par le médecin du travail et ne concernent pas seulement Mme B, mais d'autres salariés de l'entreprise.
6. En premier lieu, selon la société requérante, la ministre du travail a excédé ses compétences en conférant un caractère professionnel à l'inaptitude médicalement constatée de Mme B alors que l'avis émis par le médecin du travail le 1er septembre 2015 n'a pas relevé le caractère professionnel de cette inaptitude. Toutefois, contrairement à ces allégations, il ressort des mentions mêmes de la décision attaquée que l'autorité ministérielle s'est bornée à porter une appréciation sur le lien entre l'inaptitude déclarée de la salariée et l'exercice de ses fonctions représentatives, sans se prononcer sur le caractère professionnel de cette inaptitude. À cet égard, la circonstance que, suite à l'avis du médecin de prévention du 1er septembre 2015 l'inaptitude de Mme B n'a pas été qualifiée de professionnelle n'est, par elle-même et à elle seule, pas de nature à démontrer que cette inaptitude n'entretenait aucun rapport avec l'exercice par l'intéressée de ses fonctions représentatives.
7. En deuxième lieu, la circonstance que Mme B était domiciliée à Clermont-Ferrand soit, selon la société requérante " à plusieurs centaines de kilomètres du siège social " ne suffit pas à justifier de l'absence d'obstacles mis par la société Vortex à l'exercice des fonctions représentatives de la salariée.
8. En troisième lieu, ainsi que l'expose la société requérante, la ministre du travail s'est fondée sur un jugement rendu le 28 octobre 2016, confirmé en appel le 29 juin 2017, ainsi que sur un second jugement en date du 23 juin 2016. Toutefois, d'une part, si ces deux séries de décisions judiciaires ont été rendues postérieurement à l'avis d'inaptitude totale de Mme B, il n'en demeure pas moins que les procédures dont elles constituent l'issue concernaient cette salariée. Ainsi, le jugement du 28 octobre 2016, confirmé en appel le 29 juin 2017, a débouté la société Vortex de sa plainte pour diffamation dirigée contre la salariée. En outre, le jugement du 23 juin 2016 a fait suite à une requête déposée le 21 décembre 2015 par le comité d'entreprise de la société Vortex et plusieurs salariés, dont Mme B, devant le tribunal d'instance de Montpellier, tenant à ce qu'il soit enjoint à l'employeur de mettre en place un comité d'entreprise commun malgré le morcellement artificiel de l'entreprise. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué par la société requérante, que les faits ayant donné lieux à ces deux procédures aient été postérieurs à l'avis d'inaptitude totale de Mme B. Enfin et en tout état de cause, l'autorité ministérielle s'est également fondée sur des éléments antérieurs à l'avis d'inaptitude de Mme B émis le 1er septembre 2015. Elle a ainsi relevé la rédaction d'un courrier, en date du 7 juin 2013, signé par le président directeur général de la société Vortex et adressé à l'ensemble des salariés, stigmatisant très clairement, contrairement à ce qu'allègue la société requérante, tant les actions syndicales menées au sein de la société Vortex, que les représentants du personnel à l'origine de ces actions.
9. En quatrième et dernier lieu, ainsi que l'a constaté la ministre du travail et, alors que cette circonstance n'est pas contestée par la société Vortex, les éléments du dossier corroborent le fort investissement de Mme B dans ses fonctions représentatives pendant plusieurs années, notamment de 2012 au 1er septembre 2015.
10. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de lien entre l'exercice des fonctions représentatives de Mme B et son inaptitude doit être écarté. Il résulte de ce qui précède que la société Vortex n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la ministre du travail en date du 25 janvier 2019 en tant qu'elle refuse la délivrance de l'autorisation de licencier Mme B.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Vortex au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B au même titre en lui allouant une somme de 2 000 euros qui sera mise à la charge de la société Vortex.
D E C I D E :
Article 1er: L'intervention de Me Pernaud et de Me Aussel, co-liquidateurs judiciaires de la société Vortex est admise.
Article 2 : La requête de la société Vortex est rejetée.
Article 3 : La société Vortex versera la somme de 2 000 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Vortex, à Me Philippe Pernaud et à Me Vincent Aussel, co-liquidateurs judiciaires de la société Vortex, à Mme A B et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
M. Panighel premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.
Le rapporteur,
J-F BORDES
La présidente,
C. COURRET
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°1900586
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026