mercredi 9 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-1901446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SOUSTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juillet 2019 et le 22 novembre 2021, la Pharmacie des Grands Prés, la SELARL Pharmacie de Saint-Jean, la SELARL Pharmacie de Rimard, la SELARL Pharmacie Poget et la SELARL Pharmacie de Paris, représentées par Me Soustre, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2019 par lequel le directeur général de l'Agence régionale de santé d'Auvergne-Rhône-Alpes a autorisé la SELARL Pharmacie des Iles à transférer l'officine de pharmacie qu'elle exploite du 32 rue Appienne à Montluçon au sein du centre commercial Intermarché rue Pierre Sémard, cellule 2, parcelle AS-679 au sein de la même commune, ainsi que la décision implicite de la ministre de la santé rejetant le recours hiérarchique qu'elles ont formé le 18 mars 2019 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à la fermeture de l'officine de pharmacie exploitée par la SELARL Pharmacie des Iles à son emplacement de transfert dès que ce dernier sera rendu effectif ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le dossier de demande de transfert est incomplet dès lors que, d'une part, il ne justifiait pas des droits de Mme C sur le local de transfert de manière certaine ; d'autre part, les pièces exigées par le 6°, le 7° et le 8° de l'article 3 de l'arrêté du 30 juillet 2018 n'étaient pas jointes ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique dès lors qu'elle ne propose aucune délimitation des quartiers ;
- la motivation de l'arrêté attaqué est lacunaire ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-2 du code de la santé publique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2019, l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires, enregistrés le 5 novembre 2019, le 4 octobre 2021 et le 17 décembre 2021, Mme C, représentée par Me Daver, conclut dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à titre subsidiaire dans l'hypothèse où la décision d'autorisation de transfert serait annulée, à ce que les effets de cette annulation soient modulés dans le temps pendant une durée de huit mois minimum.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérantes ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir et que la Pharmacie de Saint-Jean, la Pharmacie de Rimard, la Pharmacie Poget et la Pharmacie de Paris ne justifient pas de la qualité pour agir en justice de leurs représentants ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 novembre 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public,
- et les observations de Me Daver, représentant Mme C.
Une note en délibéré, présentée par Mme C, représentée par Me Daver, a été enregistrée le 19 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. La Pharmacie des Iles dont la gérante est Mme C a sollicité, auprès du directeur de l'Agence régionale de santé, une demande de transfert de son officine située 32 rue Appienne à Montluçon au sein d'un nouveau local situé dans la même commune dans le centre commercial Intermarché rue Pierre Sémard, parcelle AS-679, cellule 2. Le 20 septembre 2018 son dossier a été considéré comme complet. Par un arrêté du 15 janvier 2019 le directeur de l'Agence régionale de santé a autorisé ce transfert. La Pharmacie des Grands Prés, la SELARL Pharmacie de Saint-Jean, la SELARL Pharmacie de Rimard, la SELARL Pharmacie Poget et la SELARL Pharmacie de Paris ont alors formé un recours hiérarchique à l'encontre de cet arrêté auprès de la ministre des solidarités et de la santé enregistré le 18 mars 2019 auquel il n'a pas été répondu. Par la présente requête, elles demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2019 ainsi que la décision implicite de la ministre de la santé rejetant le recours hiérarchique qu'elles ont formé le 18 mars 2019.
Sur les fins de non-recevoir opposées par Mme C :
2. Il résulte de l'instruction que la Pharmacie des Grands Prés, dont la qualité pour agir n'est pas contestée, se situe au sein de la commune de Montluçon et constitue l'une des officines la plus proche du futur lieu d'implantation à une distance de 1330 mètres. Le transfert de l'implantation aura pour effet de rapprocher l'officine de Mme C de la Pharmacie des Grands Prés. Ce faisant, elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'autorisation accordée par le directeur général de l'Agence régionale de santé. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la qualité pour agir et l'intérêt à agir des autres requérantes, la requête est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, () sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts () d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement () ". Aux termes de l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier ". Il résulte de ces dispositions qu'elles imposent au directeur général de l'Agence régionale de santé de mentionner expressément dans l'arrêté, le nom des voies, limites naturelles ou infrastructure de transports qui circonscrivent l'unité géographique et la population résidente qui déterminent les limites du quartier d'accueil du projet de transfert.
4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que ce dernier se borne à mentionner que " le transfert sollicité s'effectue au sein de la même commune de Montluçon, du quartier situé dans la zone IRIS " Les Iles Buffon " vers le quartier situé dans la zone IRIS " Chantoiseau-Faucheroux ". Toutefois, une telle rédaction ne saurait être regardée comme permettant de délimiter précisément le quartier d'accueil de la Pharmacie des Iles dès lors qu'il n'est fait aucune mention expresse du nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transport qui le délimiteraient. Par suite, les requérantes sont fondées à soutenir que le directeur de l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a méconnu les dispositions des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-1 du code de la santé publique.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les pharmacies requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2019 ainsi que la décision implicite de la ministre de la santé rejetant le recours hiérarchique qu'elles ont formé le 18 mars 2019.
Sur l'effet différé de l'annulation :
6. L'annulation d'un acte administratif implique, en principe, que cet acte est réputé n'être jamais intervenu. Toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné l'ensemble des moyens, d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de l'acte en cause - de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation. Il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier qu'il soit dérogé à titre exceptionnel au principe de l'effet rétroactif des annulations contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation que tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à l'annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine.
7. Eu égard à l'impact de l'annulation de la décision de transfert en litige sur l'offre de médicaments et la desserte de la population tant du quartier d'accueil que d'une partie des habitants de l'IRIS " Iles Buffon ", il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées à titre subsidiaire par Mme C et de ne prononcer l'annulation des décisions contestées qu'à compter du 9 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard aux motifs qui précèdent, l'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des officines requérantes, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les requérantes au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 15 janvier 2019 ainsi que la décision implicite de rejet du recours hiérarchique sont annulées. Cette annulation prendra effet au 9 mars 2023.
Article 2 : Les conclusions des parties au titre des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Pharmacie des Grands Prés, à la Selarl Pharmacie de Saint-Jean, à la Selarl Pharmacie de Rimard, à la Selarl pharmacie Poget, à la Selarl pharmacie de Paris, au ministre de la santé et de la prévention et à Mme B C.
Copie en sera adressée pour information à l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.
La rapporteure,
L. A
La présidente,
C. COURRET
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026