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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2000394

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2000394

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2000394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSELARL CHANON LELEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2020, et des mémoires enregistrés le 16 avril 2021 et le 20 août 2021, M. D A, représenté par Me Soulier-Bonnefois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 octobre 2019 par laquelle la directrice de l'EHPAD Résidence Ruessium l'a radié des cadres de l'établissement pour démission à compter du 27 octobre 2019, ainsi que le rejet opposé le 13 janvier 2020 à son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Résidence Ruessium la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a donné sa démission sous la contrainte et alors que son état de santé a vicié l'expression de sa volonté ;

- il s'insurge en faux contre le mémoire en défense de l'EHPAD et réfute les propos tenus par ses anciens collègues dans les documents produits par celui-ci ;

- la circonstance même que, dans son mémoire en défense, l'EHPAD consacre quatre pages à rappeler des reproches à son encontre prouve que des recherches ont été réalisées à son encontre et que son employeur avait l'intention de l'évincer.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2020 et le 6 juillet 2021, l'EHPAD Résidence Ruessium, représenté par la SELARL Chanon Leleu associés, Me Leleu, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés, et que M. A a démissionné en toute connaissance de cause dans le but de commencer un nouvel emploi au sein d'un autre établissement.

Par une ordonnance du 20 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de Mme B ;

- et les observations de Me Martins Da Silva, suppléant Me Soulier-Bonnefois, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, recruté dans les effectifs de l'EHPAD Résidence Ruessium en 1999, est titulaire du grade d'aide-soignant depuis le 1er janvier 2017. A partir du 5 septembre 2018, il a été placé en arrêt maladie, renouvelé jusqu'au 20 octobre 2019. Le 23 octobre 2019, à l'occasion d'un rendez-vous avec la directrice de l'établissement, il lui a présenté sa lettre de démission, datée de la veille. Par une décision du même jour, la directrice l'a radié des cadres de l'établissement pour démission à compter du 27 octobre 2019. Le 23 décembre 2019, M. A a effectué un recours gracieux contre cette décision, rejeté par courrier du 13 janvier 2020. M. A demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article 24 de la loi du 13 juillet 1983 : " La cessation définitive de fonctions qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire résulte : () / 2° De la démission régulièrement acceptée ; () ". Aux termes de l'article 87 de la loi du 9 janvier 1986 : " La démission ne peut résulter que d'une demande écrite du fonctionnaire marquant sa volonté non équivoque de cesser ses fonctions. / Elle n'a d'effet qu'autant qu'elle est acceptée par l'autorité investie du pouvoir de nomination et prend effet à la date fixée par cette autorité. / La décision de l'autorité compétente doit intervenir dans le délai d'un mois. / L'acceptation de la démission rend celle-ci irrévocable. () ".

3. En premier lieu, pour contester les décisions du 23 octobre 2019 et du 13 janvier 2020, M. A soutient qu'il se trouvait, lors de la présentation de sa démission, dans un état de santé marqué par une grande fragilité psychologique qui ne lui permettait pas d'apprécier pleinement, et en toute connaissance de cause, la portée de son acte, et qu'il a agi sous la contrainte de la directrice de l'établissement.

4. D'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A se soit trouvé contraint de présenter sa démission, d'autant moins que le courrier, rédigé de sa main, porte la date du 22 octobre 2019, soit la veille de son entretien avec la directrice, et qu'il est rédigé en termes clairs et non équivoques. D'autre part, pour établir qu'il se trouvait, le 23 octobre 2019, dans un état de santé marqué par une fragilité psychologique en lien avec son travail qui ne lui permettait pas d'apprécier la portée de sa démission, laquelle serait dès lors entachée d'un vice du consentement, le requérant se borne à indiquer que son arrêt maladie avait été renouvelé et à produire un courrier d'un médecin psychiatre en date du 31 mars 2019 attestant qu'il présentait " une réaction dépressive, réactionnelle à un vécu professionnel difficile, sur un terrain hyperesthésique " nécessitant un traitement médical, ainsi que deux attestations de son médecin généraliste du 13 juin 2019 et du 9 décembre 2019. La première se borne à reprendre les termes du courrier rédigé par le médecin psychiatre le 31 mars 2019, tandis que la seconde indique que l'intéressé a été en arrêt de travail du 5 septembre 2019 au 27 octobre 2019. Ces seuls éléments, peu circonstanciés, ne sont pas de nature à établir que M. A se trouvait, lors de sa demande de démission, dans un état de santé le mettant hors d'état d'apprécier la portée de sa décision. Par suite, le moyen tiré du vice du consentement doit être écarté.

5. En second lieu, en se bornant à apporter de simples dénégations aux documents produits par l'EHPAD et à alléguer que celui-ci avait pour projet de l'évincer, M. A n'apporte pas d'élément suffisant à remettre en cause la légalité de la décision contestée, ni à sérieusement soutenir qu'elle aurait procédé d'un détournement de pouvoir, à supposer qu'il ait entendu soulever ce moyen.

6. L'EHPAD Résidence Ruessium n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A sur leur fondement soit mise à sa charge.

7. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au profit de l'EHPAD Résidence Ruessium sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à l'EHPAD Résidence Ruessium la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à l'EHPAD Résidence Ruessium.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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