mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SAUVAIRE, RYCKMAN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2020 et le 7 décembre 2020, Mme F C, représentée par Me Lecatre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique et autorisé son licenciement ;
2°) de refuser son licenciement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'elle ne vise pas la consultation des délégués du personnel et qu'aucun contrôle de la régularité de la procédure de consultation n'a été effectué ;
- la consultation des délégués du personnel a présenté un caractère irrégulier ;
- il existe un lien caractérisé entre son activité syndicale et la demande d'autorisation de licenciement.
Par des mémoires, en défense, enregistrés les 28 mai 2020, 21 décembre 2020 et 1er avril 2021, la société Agripharm devenue Cosmepharm, représentée par la SELARL Sauvaire, Ryckman et associés conclut au rejet de la requête, à la confirmation du licenciement de la requérante et à ce qu'une somme de 3. 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2021, la ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 mars 2021, la réouverture et clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 avril 2021 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public ;
- et les observations de Me Arnal pour la société Cosmepharm.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été recrutée le 1er avril 1990 en qualité de conditionneuse, puis promue le 1er janvier 1991 en qualité de contrôleuse, niveau 3, en contrat à durée indéterminée, à raison de 151.67 heures mensuelles, au sein de l'EURL Agrifarm, devenue Cosmepharm, cette société, située ZAC de la Feuillouse à Varennes-sur-Allier, exerçant une activité de fabrication de produits à usage pharmaceutique, parapharmaceutique, et vétérinaire. Détentrice d'un mandat de déléguée du personnel titulaire d'une durée de 4 ans depuis les élections du 13 janvier 2017, la requérante a été placée en arrêt de travail du 10 mai 2017 au 9 janvier 2018, un syndrome dépressif réactionnel ayant été diagnostiqué. Le 28 janvier 2018, elle a présenté une demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Lors d'une première visite médicale de reprise, le 21 décembre 2018, le médecin du travail a rendu un avis d'inaptitude et prévu une seconde visite, une étude de poste et des conditions de travail devant être réalisée. Le 8 janvier 2019, dans le cadre d'une visite de reprise, le médecin du travail a rendu un avis d'inaptitude au poste de contrôleuse et d'inaptitude à tout poste au sein d'Agripharm et de FLC, précisant qu'aucun reclassement n'était nécessaire au motif que l'état de santé de l'intéressée faisait obstacle à tout reclassement dans un emploi au sein de ces sociétés, la validité de cet avis ayant d'ailleurs été confirmée par le conseil de prud'hommes de Vichy. Par une décision du 21 octobre 2019, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Allier a reconnu la maladie professionnelle de Mme C, puis par une décision du 19 février 2020, l'a déclarée consolidée. Par un courrier du 21 mars 2019, celle-ci a été convoquée en sa qualité de déléguée du personnel à une réunion extraordinaire ayant pour objet " information /consultation des représentants du personnel sur le reclassement de Mme C ". Par un courrier du 1er avril 2019, la société a informé la requérante de l'impossibilité de son reclassement et, par un courrier du 2 avril suivant, l'a convoquée à un entretien préalable à son licenciement. Mme C ayant informé son employeur qu'elle n'y assisterait pas, une seconde convocation lui a été adressée, à laquelle elle n'a pas davantage déféré. Par un courrier du 23 avril 2019, reçu le 24 avril suivant, la société Agripharm a saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licenciement. Après qu'une enquête contradictoire ait été réalisée le 21 mai 2019 au sein de l'entreprise, par une décision du 21 juin suivant, l'inspectrice du travail a accordé l'autorisation de licenciement sollicitée. Par un courrier du 19 août 2019, reçu le 21 août suivant, Mme C a saisi la ministre du travail d'un recours hiérarchique contre cette décision. Du silence gardé par la ministre sur cette demande est née une décision implicite de rejet. Par une décision du 16 janvier 2020, cette même autorité a confirmé sa décision. Mme C demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise, et non de rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, est à cet égard, de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
3. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2421-5 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise, notamment, les articles L. 2411-1 et suivants du code du travail ainsi que le mandat de déléguée du personnel détenu par Mme C. Elle fait également état de la demande d'autorisation de licenciement du 23 avril 2019 sollicitant l'autorisation de procéder à son licenciement pour inaptitude, et de l'impossibilité de reclassement. Elle comporte un dispositif explicite et permet d'identifier l'inspectrice du travail auteur de la décision. Elle est, ainsi, alors même qu'elle ne ferait pas mention de la consultation des délégués du personnel, cette dernière n'étant pas requise, suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été régulièrement convoquée par un courrier recommandé avec avis de réception du 21 mars 2019, en sa qualité de déléguée du personnel, à une réunion extraordinaire ayant pour objet " information/consultation des représentants du personnel sur le reclassement de Mme F C " et rendue destinataire à cet effet d'une note d'information par un courrier avec avis de réception du 21 octobre 2019, convocation à laquelle, ainsi qu'il a été dit au point 1, elle n'a, toutefois pas déféré. Sa suppléante, Mme A, elle aussi régulièrement convoquée, a dès lors été informée et consultée au sujet du reclassement envisagé et, un avis favorable a été rendu concernant la dispense de recherche de reclassement et l'absence de proposition de reclassement, sans qu'ait été évoquée de difficulté quant à l'exercice du mandat représentatif ou un éventuel lien entre ce dernier et l'inaptitude de Mme C. Par suite, les moyens selon lesquels les délégués du personnel, au nombre desquels figurait Mme C n'auraient pas été consultés et le contrôle de la régularité de la procédure de consultation n'aurait pas été effectué manquent en fait et ne peuvent qu'être écartés.
7. En troisième lieu, si Mme C fait valoir que sa charge de travail aurait été insurmontable, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport contradictoire établi par l'inspecteur du travail, que si cette charge pouvait être éprouvante, le départ de Mme D, sa collègue de travail, a été compensé par Mme E et qu'au cours du premier trimestre 2017 la requérante n'avait en charge que 6 à 12 salariés contre 25 affectés aux autres contrôleuses. Si Mme C fait également valoir que, fixés de longue date au vendredi à onze heures, les horaires des réunions des délégués du personnel, auraient été sciemment déplacés pour faire entrave à l'exercice de son activité syndicale, cette affirmation n'est pas corroborée par les pièces versées au dossier dont il ressort, au contraire, que les échanges qu'elle a entretenus avec son employeur au cours de la seule période de trois mois de son activité syndicale ont, hormis quelques propos inappropriés tenus par sa hiérarchie, été courtois et constructifs. Ainsi, il n'est nullement démontré que Mme C aurait fait l'objet d'une surcharge de travail ou aurait été discriminée en raison de l'exercice de son mandat et qu'il existerait un lien entre ce mandat et l'origine de son inaptitude.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 janvier 2020 de la ministre du travail doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la société Cosmepharm au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Cosmepharm au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Cosmepharm.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
M. Panhigel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le rapporteur,
J-F. B
La présidente.
C. COURRET
Le greffier,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2000501
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026