jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | BABOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 avril 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 août 2020, M. A C, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 1er février 2018 et du 12 mars 2020 par lesquelles le préfet du Cantal lui a demandé de restituer sa carte nationale d'identité ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un passeport ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions en litige sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la délivrance d'une carte d'identité est un acte créateur de droits, dont il est trop tard pour le préfet de décider du retrait ; la décision lui attribuant une pièce d'identité française est devenue définitive ;
- concernant une inscription au fichier des personnes recherchées (FPR), sa carte d'identité française n'a pas été obtenue de façon indue dès lors que tant la mairie que le centre d'expertise régional ont estimé que les pièces qu'il avait fournies pour établir sa nationalité française étaient suffisantes.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juillet 2020 et le 17 août 2020, le préfet du Cantal conclut à l'irrecevabilité de la requête, dès lors que l'acte attaqué n'est pas une décision faisant grief.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions dirigées contre la décision du 1er février 2018 sont tardives, de ce que le requérant est dépourvu d'intérêt à agir contre le courrier du 1er février 2018, qui ne lui était pas adressé, et de ce que le préfet se trouvait en situation de compétence liée pour lui retirer sa carte d'identité dès lors qu'il était informé de ce qu'il ne disposait pas de la nationalité française.
Par une ordonnance du 11 août 2020, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Trimouille ;
- les conclusions de Mme B ;
- et les observations de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C s'est vu délivrer, le 24 janvier 2018 alors qu'il était encore mineur, une carte nationale d'identité française. Par un courrier du 1er février 2018 adressé à son père, le préfet du Cantal a demandé à celui-ci de restituer ce document dans les meilleurs délais, faute d'établir la nationalité française de l'intéressé par la simple production d'un acte de naissance établi au vu d'un jugement déclaratif d'acte de naissance rendu par le tribunal de grande instance d'Aurillac en 2013. La carte d'identité n'ayant pas été restituée, par un second courrier du 12 mars 2020, le préfet a informé M. C de ce qu'il envisageait de prendre à son encontre une décision de retrait de ce titre. Le requérant demande l'annulation de ces deux courriers.
Sur le courrier du 12 mars 2020 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. "
3. Il ressort des termes mêmes du courrier du 12 mars 2020, que le préfet du Cantal se borne à " informer " M. C qu'il " envisage de prendre à [son] encontre une décision de retrait de [son] titre d'identité. " Ainsi, le préfet du Cantal est fondé à soutenir que le contenu de cette lettre présente le caractère d'une simple mesure préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce courrier sont irrecevables.
Sur le courrier du 1er février 2018 :
4. Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité prévoit que " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / Elle est délivrée ou renouvelée par le préfet ou le sous-préfet. " Aux termes de l'article 4 de ce décret : " () / II.- La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance () / Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné à l'alinéa précédent ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, la carte nationale d'identité est délivrée sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. / Lorsque les documents mentionnés aux alinéas précédents ne suffisent pas à établir sa nationalité française, le demandeur peut justifier d'une possession d'état de Français de plus de dix ans. / Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française ". L'article 30 du code civil prévoit que : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. () ". Aux termes de l'article 31-2 du code civil : " Le certificat de nationalité indique en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire () ".
5. Pour l'application des dispositions, citées au point précédent, du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité, il appartient aux autorités administratives, qui ne sont pas en situation de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Toutefois, il résulte aussi de ces dispositions que, lorsqu'elle délivre un passeport ou une carte nationale d'identité, l'administration se borne à constater, au vu des documents produits, l'état civil et la nationalité de l'intéressé. Le caractère purement recognitif d'une telle décision de délivrance d'un passeport ou d'une carte nationale d'identité a pour conséquence que l'administration doit, lorsqu'elle est informée que la personne ne dispose plus de cette qualité, rapporter sa décision, sans condition de délai et même en l'absence de fraude.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le père de M. C a obtenu le 13 novembre 2013 du tribunal de grande instance d'Aurillac un jugement déclaratif d'état civil pour ses deux enfants alors mineurs, dont le requérant, qui a ainsi bénéficié d'un acte de naissance délivré par les services d'état civil de Nantes le 26 décembre 2013. Toutefois, ces documents, qui ont pour objet de reconstituer l'état civil du requérant, ne permettent pas d'établir que l'intéressé dispose de la nationalité française. Il ressort également des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par le requérant, que celui-ci n'a produit, pour solliciter la délivrance de sa carte nationale d'identité, que cet acte de naissance, qui ne saurait, à lui seul, ni lui reconnaître ni lui conférer la nationalité française, à défaut de la production d'autres pièces telles que prévues par le décret du 22 octobre 1955 ou d'un certificat de nationalité tel que prévu par le code civil. Dès lors que M. C n'a pas apporté la preuve de sa nationalité à la date de la décision attaquée, le préfet du Cantal a pu, à bon droit, lui demander la restitution de sa carte d'identité française, de telle sorte que le requérant ne saurait soutenir que la décision du 1er février 2018 serait entachée d'un défaut d'examen ou d'une erreur manifeste d'appréciation, quand bien même la mairie d'Aurillac lui aurait indiqué à tort qu'il pouvait légalement prétendre à la délivrance d'une carte d'identité française sans lui demander de produire d'autres justificatifs, et quand bien même sa sœur se serait vu quant à elle délivrer un tel titre d'identité, ce qui n'est au demeurant pas établi.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui codifie l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 invoqué par le requérant : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. "
8. En conséquence de ce qui a été dit au point 6, la décision en litige ne saurait être regardée comme entrant dans le champ d'application de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, M. C ne saurait en invoquer utilement la méconnaissance par le préfet du Cantal.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. C n'ayant produit aucun document de nature à établir sa nationalité française, le préfet du Cantal n'était tenu, pour retirer la carte d'identité de l'intéressé, par aucune condition de délai. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait pas retirer la décision lui octroyant des documents d'identité au-delà de quatre mois doit être écarté.
10. En quatrième et dernier lieu, la référence faite par le requérant au fichier des personnes recherchées, auquel il n'allègue pas avoir été inscrit et dont il ne demande pas à être retiré, n'est pas assortie des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier la portée.
11. En tout état de cause, il appartient au requérant de demander au directeur du service de greffe judiciaire du tribunal judiciaire la délivrance d'un certificat de nationalité française, possibilité offerte par l'article 31 du code civil s'il estime pouvoir justifier qu'il a cette nationalité, et en cas de refus, de saisir la juridiction civile, seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française des personnes physiques en application de l'article 31-1 du même code. S'il ne peut pas justifier avoir la nationalité française, il lui appartient de demander le statut d'apatride auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ou bien un titre de séjour auprès du préfet, afin de pouvoir ultérieurement, s'il s'y estime fondé, entreprendre les démarches visant à obtenir la nationalité française.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Cantal.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Trimouille, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
C. TRIMOUILLE
La présidente,
S. BADER-KOZA
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026