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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2000784

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2000784

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2000784
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAMELA-PELLOQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 mai 2020, le 3 juin 2022 et le 4 août 2022, le Fonds de dotation Elisabeth Ann Mincer " Calligramme " et l'association Calligramme, représentés par Me Amela-Pelloquin, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'article 2 de l'arrêté du 29 novembre 2019 de la maire de la commune de Veauce en tant qu'il a prévu des prescriptions trop restrictives ;

2°) d'annuler à titre principal la décision en date du 30 mars 2020 portant rejet implicite de recours gracieux, et à titre subsidiaire, la décision du 10 février 2020 portant rejet de recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Veauce de prendre un arrêté complémentaire précisant l'arrêté du 29 novembre 2019 quant au nombre de personnes pouvant être conduites simultanément de la partie autorisée du parc, quant à la signalisation et au balisage prescrit, autorisant l'accès au public de la pelouse anglaise, de la terrasse et la grande allée, des abords de la dépendance de la Loge des Lions et du point d'eau de la loge des Lions, ainsi qu'autorisant l'organisation d'animation sur la pelouse anglaise ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Veauce une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence en ce qu'il prescrit des travaux qui relèvent de la compétence de l'autorité préfectorale, en méconnaissance des articles R. 621-96-13 et 14 du code du patrimoine ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été précédé de la consultation de l'architecte des bâtiments de France et du préfet pour les travaux qu'il prescrit, en méconnaissance des articles du code du patrimoine ;

- les prescriptions prévues à l'article 2 de l'arrêté litigieux sont disproportionnées et imprécises et ne sont pas strictement nécessaires ;

- la décision du 10 février 2020 est entachée d'un défaut de motivation et d'un vice d'incompétence négative en ce que le maire a refusé de statuer sur le recours et renvoyé le recours à l'autorité préfectorale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 août 2020, le 8 juillet 2022 et le 26 août 2022, la commune de Veauce, représentée par la SELARL DMMJB avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ; en effet, l'association Calligramme n'a pas présenté de recours gracieux prorogeant le délai de recours ; par ailleurs, le recours contentieux a été introduit postérieurement à l'expiration le 11 avril 2020 du délai de recours prorogé par le recours gracieux présenté par le fonds de dotation ; enfin, le courrier du 10 février 2020 ne constitue pas une décision de rejet de recours gracieux ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme C B. rapporteure publique,

- et les observations de Me Amela-Pelloquin, avocate des requérants, et de Me Juilles, avocate de la commune de Veauce.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 juillet 2019, le Fonds de dotation Elisabeth Ann Mincer " Calligramme ", exploitant et propriétaire du château de Veauce, a demandé à la maire de la commune de Veauce l'autorisation d'ouvrir au public des parties extérieures du château de Veauce. Par un arrêté du 29 novembre 2019, la maire de la commune de Veauce a prononcé l'ouverture au public de parties extérieures du Château de Veauce et a subordonné cette ouverture au public au respect de prescriptions. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler l'article 2 de l'arrêté en litige et la décision implicite de rejet de leur recours gracieux

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 123-13 du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable à la date de l'arrêté : " Certains établissements peuvent, en raison de leur conception ou de leur disposition particulière, donner lieu à des prescriptions exceptionnelles soit en aggravation, soit en atténuation ; () / Ces prescriptions et ces mesures sont décidées, soit par l'autorité chargée de la délivrance du permis de construire lorsque la décision est prise au moment de cette délivrance, soit par l'autorité de police dans les autres cas ; elles sont prises après avis de la commission de sécurité compétente mentionnée aux articles R. 123-34 et R. 123-38. () ". / Aux termes de l'article R. 123-27 du même code : " Le maire assure, en ce qui le concerne, l'exécution des dispositions du présent chapitre. " et aux termes de l'article R. 123-52 dudit code : " Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux, la fermeture des établissements exploités en infraction aux dispositions du présent chapitre peut être ordonnée par le maire, ou par le représentant de l'Etat dans le département dans les conditions fixées aux articles R. 123-27 et R. 123-28. / La décision est prise par arrêté après avis de la commission de sécurité compétente. L'arrêté fixe, le cas échéant, la nature des aménagements et travaux à réaliser ainsi que les délais d'exécution. ".

3. D'autre part, les articles L. 621-32 et suivants, et les articles R. 621- 96 et suivants du code du patrimoine prévoient un régime d'autorisation préalable précédée de consultations, notamment de l'architecte des bâtiments de France, pour la réalisation de travaux aux abords de monuments historiques.

4. Il ressort des pièces du dossier que le Fonds de dotation Elisabeth Ann Mincer " Calligramme " a présenté une demande à la maire de la commune de Veauce afin de pouvoir ouvrir au public certaines parties du domaine du château de Veauce. Il n'est pas démontré ni même allégué que cette demande aurait été accompagnée d'une demande d'autorisation pour travaux sur les abords du château. Par ailleurs, il ressort des dispositions précitées de l'article R. 123-23 du code de la construction et de l'habitation que le maire est compétent pour édicter les prescriptions nécessaires à l'ouverture d'un établissement au public. Au surplus, aucune des prescriptions édictées par l'arrêté litigieux, qui ne constitue pas une autorisation de travaux prévue au code du patrimoine, n'imposent à l'exploitant du château de procéder à des travaux. Par conséquent, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions du code du patrimoine qui ne sont pas applicables au litige. Par suite, les moyens tirés du vice d'incompétence et du vice de procédure doivent être écartés.

En ce qui concerne les prescriptions relatives au périmètre du site ouvert au public :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux est intitulé " arrêté d'ouverture au public des parties extérieures Cour anglaise et des allées cavalières du château de Veauce ". Cet arrêté doit ainsi être regardé comme autorisant l'ouverture des parties extérieures du château dénommées " cour anglaise " et " allées cavalières ". Si, dans les articles du dispositif de l'arrêté, ces lieux ne sont pas de nouveau précisés, d'une part, le titre de l'arrêté est suffisamment clair pour qu'aucune confusion ne soit permise sur le périmètre autorisé à l'ouverture du public, et d'autre part, l'arrêté renvoi au procès-verbal de la commission de sécurité du 5 novembre 2019 qui précise, au numéro 4 de la partie " prescriptions " que les visites sont admises pour " la cour anglaise et des allées cavalières ".

6. En deuxième lieu, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de la commission de sécurité du 5 novembre 2019 qui a été rédigé après une visite sur place en présence de l'exploitant du château, que la " cour anglaise " correspond à la surface engazonnée dénommée " pelouse anglaise " par les requérants, où se trouve un bassin en pierre, en contrebas d'un grand escalier et d'une terrasse. L'utilisation du terme " cour " n'a ainsi créé aucune confusion dans la détermination de l'espace ouvert au public.

7. En troisième lieu, les requérants soutiennent que la terrasse du château aurait dû être ouverte au public et produisent un " avis d'homme de l'art " daté du 10 avril 2020 rédigé par l'architecte du patrimoine mandaté comme maître d'œuvre des travaux de restauration du domaine de Veauce. Toutefois, il ressort du procès-verbal de la commission de sécurité du 5 novembre 2019 que lors de la visite de la commission, l'ingénieur du patrimoine et l'architecte des bâtiments de France ont mis en doute la solidité des ouvrages. Les requérants ne produisent pas de diagnostic de solidité des ouvrages de la terrasse, de l'escalier qui y mène et des arches situées en dessous de cet escalier ni aucune étude technique relative à la solidité de ces ouvrages. Il ressort d'ailleurs du procès-verbal de la commission de sécurité du 5 novembre 2019 qu'à la date de la visite de la commission de sécurité, ce diagnostic n'avait pas été réalisé, pas plus qu'à la date de l'avis de l'architecte du patrimoine. Les requérants ne démontrent pas non plus ni d'ailleurs n'allèguent que des travaux de confortation de ces ouvrages auraient été réalisés depuis la fermeture du site au public. Par suite, les requérants ne démontrent pas que la solidité de ces ouvrages permettait l'ouverture de la terrasse au public sans risque pour sa sécurité.

8. En quatrième lieu, si l'arrêté litigieux ne mentionne pas le bâtiment " la loge des lions ", unique toilette du parc, et ses abords, il ressort des termes des prescriptions mentionnées à l'article 2 de cet arrêté que l'interdiction d'accès au public et les prescriptions limitant les visites ne portent pas sur ces lieux. Ainsi, l'arrêté litigieux n'a pas pour objet de restreinte l'accès au public à la loge des lions et à ses abords. Au demeurant, la commune de Veauce fait valoir que " la loge des lions " et son point d'eau, unique toilette du parc, sont nécessairement accessibles. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté litigieux serait imprécis ou incomplet concernant ces lieux.

9. En cinquième lieu, les requérants soutiennent que les espaces ouverts au public ne correspondent pas à ceux ouverts à la visite et l'hébergement de groupes de mineurs, permis par l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2016. Il ressort de l'arrêté préfectoral qu'il a pour objet de permettre l'accueil de groupes de mineurs et de leurs encadrants dans la partie la plus éloignée du parc du château située au niveau du bâtiment dénommé loge aux lions et ne permet pas l'accès des mineurs à la surface anglaise ni à aucun espace situé à moins de 300 mètres du château. Cet arrêté préfectoral a ainsi pour objet de permettre à des mineurs d'avoir accès à des étendues de prairies et jardins du domaine éloignés du château tandis que l'arrêté litigieux a pour objet de permettre de montrer au public le château de Veauce en autorisant la visite sur les espaces proches de ce patrimoine classé monument historique. Par suite, les objets de ces arrêtés ainsi que les publics concernés étant différents, la circonstance que les espaces ouverts au public ne soient pas définis de la même manière n'a aucune incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

En ce qui concerne la prescription relative à la limitation du nombre de visiteurs :

10. Il ressort des pièces du dossier que l'article 2 de l'arrêté litigieux limite les visites du public à des groupes de 19 personnes maximum en simultané. Il ressort du procès-verbal de la commission de sécurité du 5 novembre 2019 auquel l'arrêté renvoi que cette limitation est justifiée par la circonstance que les visiteurs accèdent à la pelouse anglaise, espace en contrebas d'ouvrages dont la solidité n'est toujours pas assurée comme il a été dit précédemment. Ainsi, la prescription litigieuse doit être interprétée comme limitant l'accès du public sur chacun des lieux autorisés dénommés pelouse ou cour anglaise et allées cavalières à des groupes de visiteurs de 19 personnes sur ces lieux en simultané. Comme il a été dit plus haut, l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2016 et l'arrêté litigieux ont des objets différents, concernent des publics différents et portent sur des surfaces différentes du domaine. Par conséquent, la circonstance que l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2016 permette l'accès à une autre partie du parc plus éloignée des ouvrages à 45 mineurs et de leurs encadrants n'est pas de nature à démontrer une erreur d'appréciation dans le nombre de visiteurs pouvant être admis sur les parties ouvertes au public par l'arrêté litigieux. Par suite, en n'autorisant l'accès qu'à 19 visiteurs tout en imposant le respect des prescriptions de l'arrêté préfectoral du 5 juillet 2016, la maire de Veauce n'a pas entaché l'arrêté litigieux d'une contradiction de nature à le rendre illégal. Enfin, les requérants ne précisent pas les dimensions de la pelouse anglaise ni ne produisent aucune précision quant aux cheminements du public sur cette pelouse à proximité d'ouvrages dont la solidité a été mise en doute par l'ingénieur du patrimoine et l'architecte des bâtiments de France. Ils ne sont ainsi pas fondés à soutenir que plusieurs groupes de 19 personnes pourraient circuler en sécurité simultanément sur cette pelouse. Dès lors les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en limitant les groupes de visiteurs à 19 personnes maximum en simultané sur les lieux ouverts au public, l'arrêté litigieux serait entaché d'illégalité.

En ce qui concerne la prescription relative à la restriction du type d'activités proposées au public :

11. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux, intitulé " ouverture au public ", que ses prescriptions interdiraient l'organisation d'animations culturelles sur les parties du domaine ouvertes au public. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'illégalité pour avoir restreint l'ouverture au public du parc du château de Veauce aux seules visites de patrimoine.

En ce qui concerne la prescription relative à l'aménagement d'un balisage et de signalisation :

12. Si l'arrêté litigieux impose au requérant de " mettre en place une signalisation et un balisage, suffisamment en retrait des structures qui surplombent la cour anglaise afin de sécuriser le cheminement de visite ouvert au public ", il ne ressort d'aucun terme de cet arrêté ni d'ailleurs du procès-verbal de la commission de sécurité du 5 novembre 2019 dont les prescriptions sont reprises par l'arrêté litigieux, que l'exploitant et propriétaire du château de Veauce serait contraint de réaliser des " clôtures sous la forme de barrières " autour du bassin situé sur la pelouse anglaise. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en imposant la construction de telles barrières, la maire de la commune de Veauce aurait méconnu le principe de proportionnalité, le principe d'égalité et les articles qu'ils invoquent du code du patrimoine.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'article 2 de l'arrêté litigieux. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des requérants une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la commune de Veauce et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du Fonds de dotation Elisabeth Ann Mincer " Calligramme " et de l'association Calligramme est rejetée.

Article 2 : Le Fonds de dotation Elisabeth Ann Mincer " Calligramme " et l'association Calligramme verseront à la commune de Veauce la somme globale de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Fonds de dotation Elisabeth Ann Mincer " Calligramme ", à l'association Calligramme et à la commune de Veauce.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La rapporteure,

M. A

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000784

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