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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001264

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001264

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 22 avril 2021, Mme B C, représentée par la SCP Borie et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de radiation des cadres pour inaptitude physique prise à son égard le 3 septembre 2019 par la directrice du centre hospitalier de Saint-Flour ;

2°) d'annuler le courrier du 10 mars 2020 par lequel, en réponse à son recours gracieux, le directeur des ressources humaines de l'établissement a confirmé son licenciement pour inaptitude physique ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Flour la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 3 septembre 2019 et du 10 mars 2020 sont insuffisamment motivées, en ce qu'elles ne précisent pas dans leurs visas que sa demande de pension a bien été transmise à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) dans les délais prévus par l'article 59 du 26 décembre 2003 ;

- elles sont entachées de vice de procédure, d'erreur de droit et d'erreur de fait, dès lors que la procédure de mise à la retraite d'office pour invalidité n'a pas été respectée, dès lors que, d'une part, la commission de réforme ne s'est pas prononcée sur cette mesure mais seulement sur son inaptitude à l'exercice de ses fonctions d'ASH, que, d'autre part, le centre hospitalier n'a pas mis en œuvre de façon effective la procédure de reclassement et que, enfin, l'administration s'est abstenue d'informer le comité médical de l'impossibilité de reclassement dont elle se prévaut.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2020, le centre hospitalier de Saint-Flour, représenté par la SELARL Chanon Leleu associés, Me Leleu, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet. Il conclut également, en tout état de cause, à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive, dès lors que la décision du 10 mars 2020 constitue une simple décision confirmative ; le recours gracieux contre la décision du 3 septembre 2019, effectué le 31 octobre 2019, a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 31 décembre 2019 et ne pouvait être contesté que dans les deux mois suivants ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Trimouille ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Me Kiganga, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été recrutée par le centre hospitalier de Saint-Flour le 23 mars 2003 en qualité d'agent contractuel, avant d'être titularisée au grade d'agent des services hospitaliers (ASH) le 1er janvier 2011. Ayant rencontré une succession de problèmes de santé à compter de l'année 2014, elle a cessé ses fonctions d'ASH le 1er juillet 2016, puis a repris du service du 3 au 6 octobre 2016 sur un poste de standardiste, avant d'être à nouveau placée en arrêt maladie puis en disponibilité pour raison médicale. La commission de réforme s'est prononcée à trois reprises sur sa situation, le 29 août 2017, le 28 mars 2018 et le 27 novembre 2018, estimant que Mme C était inapte aux fonctions d'ASH mais pas à toutes les fonctions, et préconisant la mise en œuvre d'une procédure de reclassement. Celle-ci n'ayant pas abouti, la directrice du centre hospitalier, par une décision du 3 septembre 2019, a radié l'intéressée des cadres pour inaptitude physique à compter du 9 septembre 2019. Par courrier du 31 octobre 2019, Mme C a formé un recours gracieux contre cette décision, et demandé à bénéficier d'une mise à la retraite pour invalidité. Par un courrier du 5 janvier 2020, le centre hospitalier lui a indiqué avoir sollicité la CNRACL et attendre sa réponse. Le 10 mars 2020, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier, suite à la réponse négative de la CNRACL, a confirmé à Mme C son licenciement pour inaptitude physique. Mme C demande l'annulation des décisions du 3 septembre 2019 et du 10 mars 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'exigence de motivation posée par le code des relations entre le public et l'administration ne prévoit pas que la motivation des actes administratifs concernés doive être exhaustive. Dès lors, la requérante ne saurait se prévaloir de ce que les décisions en litige ne permettraient pas, à la lecture de leurs visas, de vérifier le délai dans lequel la CNRACL a été saisie de son dossier pour soutenir qu'elles seraient insuffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juin 1989 relatif au reclassement des fonctionnaires hospitaliers reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du médecin du travail, dans l'hypothèse où l'état du fonctionnaire n'a pas nécessité l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical, si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions."

4. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve de manière définitive atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il appartient à l'employeur de le reclasser dans un autre emploi et, en cas d'impossibilité, de prononcer, dans les conditions prévues pour l'intéressé, son licenciement.

5. La mise en œuvre du principe général du droit au reclassement implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi, y compris relevant d'une catégorie inférieure, si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions, soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a explicitement formulé une demande de reclassement. A ce titre, un bilan de compétences a été pris en charge par son employeur, lequel a abouti, le 5 octobre 2018, à la conclusion selon laquelle l'intéressée " a fait le deuil de son métier et de son employeur ". Il ressort en effet de ce document qu'aucun poste interne à l'hôpital ne pourrait correspondre à la fois à ses contraintes médicales et à ses aptitudes professionnelles. En effet, dès 2016, le centre hospitalier avait proposé une affectation à Mme C sur un poste administratif, qui n'avait pas pu se poursuivre au-delà de quelques jours en raison de l'impossibilité pour l'agent de rester en position assise plusieurs heures d'affilée. Devant le constat de l'impossibilité d'aménager le poste d'ASH de Mme C d'une part, et de l'affecter sur un poste administratif de l'autre, le centre hospitalier a ainsi épuisé les possibilités de reclassement envisageables en interne. En outre, il démontre également, par la production de courriers adressés à plusieurs employeurs publics du département, avoir recherché pour Mme C des possibilités d'emploi à l'extérieur de l'établissement, qui n'ont rencontré aucun succès. Mme C quant à elle ne donne aucune indication quant aux postes qu'elle aurait pu, compte tenu de son état de santé, occuper au sein de l'établissement, ni même auprès d'un autre employeur public. Dès lors, le centre hospitalier de Saint-Flour ayant procédé à des recherches de reclassement réelles et sérieuses, Mme C ne saurait soutenir que son employeur n'aurait pas respecté ses obligations en la matière, avant de procéder à son licenciement pour inaptitude.

7. Enfin, Mme C n'établit pas davantage que la procédure pour mise à la retraite d'office pour invalidité n'aurait pas été respectée en raison d'un défaut de consultation de la commission de réforme, ni sur quel fondement l'administration aurait entaché la décision en litige d'un vice de procédure en n'informant pas le comité médical de l'impossibilité de reclassement dont elle se prévaut.

8. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de radiation des cadres pour inaptitude physique prise à son égard le 3 septembre 2019 par la directrice du centre hospitalier de Saint-Flour, ensemble la décision du 10 mars 2020 confirmant cette décision.

Sur les frais liés au litige :

9. Le centre hospitalier de Saint-Flour n'étant pas la partie perdante à la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée sur leur fondement par Mme C soit mise à sa charge.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par le centre hospitalier de Saint-Flour sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Saint-Flour sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier de Saint-Flour.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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