jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2001362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SOULIER-BONNEFOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2020 et des mémoires complémentaires enregistrés les 8 janvier 2021 et 31 mars 2023, ce dernier étant non communiqué, Mme E D, représentée par Me Soulier-Bonnefois, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 juin 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme, agissant par délégation de gestion pour le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire, l'a placée en congé de maladie ordinaire, rémunéré à demi-traitement, pour les périodes du 25 avril 2020 au 10 juin 2020 d'une part et du 15 juin 2020 au 30 juin 2020 d'autre part ;
2°) d'annuler la décision du 12 juin 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme a refusé de reconnaître ses arrêts de travail du 29 janvier 2020 au 30 juin 2020 comme constitutifs d'une rechute de son accident de service du 18 septembre 2009 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre à l'Etat et au directeur départemental des finances publiques de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai d'un mois ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;
5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;
- elles ne comportent pas la signature de leur auteur, en méconnaissance de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été informée au moins huit jours à l'avance de la réunion de la commission de réforme, que le médecin de prévention n'a pas été informé de cette réunion, que la commission ne comprenait aucun médecin ophtalmologiste ou spécialiste en strabologie et qu'elle s'est prononcée sur la base d'une expertise réalisée par un médecin dont l'agent a pourtant demandé la récusation au lieu de désigner un nouvel expert ;
- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son médecin traitant atteste de ce que son arrêt de travail du 28 janvier au 29 février 2020 découle d'une rechute de son arrêt de travail et que l'épisode infectieux sur lequel l'expert se fonde pour écarter l'imputabilité s'est manifesté postérieurement à son arrêt de travail, de sorte qu'il ne saurait en être à l'origine ;
- une erreur de fait a été commise, dès lors que les courriers en litige font courir leurs effets jusqu'au 30 janvier 2020 alors que la commission de réforme ne s'est prononcée que sur la période du 28 janvier 2020 au 29 février 2020 ;
- l'expertise du docteur A, réalisée le 20 octobre 2020, contredit les conclusions du docteur B, sur lesquelles l'administration s'est fondée, dès lors que ce second expert conclut à une décompensation dès le début de l'année 2020, en rapport avec l'accident initial du 18 septembre 2009.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut à l'irrecevabilité partielle de la requête et à son rejet.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à enjoindre à l'Etat de reconnaître l'imputabilité de sa pathologie au service sont irrecevables, en ce qu'elles n'entrent pas dans le champ d'application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
L'intégralité de la procédure a été communiqué au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire, qui n'a pas produit d'observation.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congé de maladie des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Trimouille ;
- les conclusions de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, inspectrice des finances publiques au sein des services de la direction départementale des finances publiques de la Haute-Loire, a été victime d'un accident de service le 18 septembre 2009. Depuis cette date, elle a été à plusieurs reprises placée en arrêt de travail, ces arrêts étant reconnus comme imputables à des rechutes de cet accident. Toutefois, le 18 juin 2020, elle a été destinataire d'une décision en date du 10 juin 2020 la plaçant en congé de maladie ordinaire à demi traitement du 25 avril 2020 au 10 juin 2020 et du 15 juin 2020 au 30 juin 2020, ainsi que d'une décision du 12 juin 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de ses arrêts de travail du 29 janvier 2020 au 30 juin 2020. Elle demande l'annulation de ces décisions.
Sur le non-lieu partiel :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 26 janvier 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme, agissant par délégation de gestion pour le directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire, a reconnu l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme D pour la période du 28 mars 2020 au 4 décembre 2020. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la décision du 10 juin 2020, remplacée par celle du 26 janvier 2021. Concernant la décision du 12 janvier 2020, il n'y a lieu d'y statuer qu'en ce qu'elle refuse la reconnaissance de l'imputabilité des arrêts de travail de Mme D du 28 janvier 2020 au 27 mars 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En quatrième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa version applicable à la situation de Mme D : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () "
4. Il résulte de ces dispositions que le droit de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêt de travail établi par le médecin traitant de Mme D le 28 janvier 2020 précise que celui-ci fait suite à une rechute de son accident du travail du 18 septembre 2009. Si les conclusions de l'expertise réalisée par le docteur B le 13 mars 2020 font apparaître que l'agent elle-même " attribue cette rechute à des phénomènes infectieux intercurrents ainsi qu'à une surcharge de travail ", de sorte que le médecin a conclu que le lien entre l'état de santé qui a justifié l'arrêt de travail prescrit à Mme D le 28 janvier 2020 ne présentait pas de lien direct avec son accident du travail, il ressort des pièces du dossier que l'expertise réalisée par le docteur A le 20 octobre 2020, à la demande de l'administration, fixe la date de la décompensation de sa diplopie au début de l'année 2020, indique que celle-ci est en lien avec son accident du travail et conclut que " les arrêts de travail sont en effet en lien direct et certain avec l'accident de trajet du 18 septembre 2009 ". Quand bien même cette expertise a été réalisée postérieurement à la date de la décision attaquée, elle a été sollicitée par l'administration elle-même et est de nature à apporter un éclairage sur l'état de santé de Mme D à la date de l'arrêt de travail du 28 janvier 2020.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2020 en ce qu'elle refuse la reconnaissance de l'imputabilité de son arrêt de travail du 28 janvier 2020 au 29 février 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
8. Si le ministre de l'économie, des finances et de la relance soutient que les conclusions de Mme D tendant à ce qu'il soit enjoint au départemental des finances publiques de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie dans un délai d'un mois sont irrecevables au motif qu'elles excèderaient le pouvoir d'injonction du juge administratif, cela ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucune règle jurisprudentielle.
9. Ainsi, l'annulation de la décision du 12 juin 2020 en ce qu'elle refuse la reconnaissance de l'imputabilité de l'arrêt de travail du 28 janvier 2020 au 29 février 2020 implique nécessairement qu'il soit enjoint au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme, agissant par délégation du directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire, de reconnaître l'imputabilité au service de cet arrêt de travail.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision prise le 12 juin 2020 par le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme, agissant par délégation du directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire, est annulée en ce qu'elle refuse la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'arrêt de travail du 28 janvier 2020 au 29 février 2020.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme, agissant par délégation du directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire, de reconnaître l'imputabilité au service de l'arrêt de travail du 28 janvier 2020 au 29 février 2020.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur départemental des finances publiques de la Haute-Loire.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Trimouille, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
La rapporteure,
C. TRIMOUILLE
La présidente,
S. BADER-KOZA
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026