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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001878

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001878

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 25 octobre 2020 et le 28 octobre 2020, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui communiquer le dossier le concernant en application des dispositions de l'alinéa 4 du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2020, notifié le 23 octobre 2020, par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à défaut de se conformer à cette obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

4°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2020, notifié le 23 octobre 2020, par lequel la préfète de l'Aller l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) d'enjoindre également à la préfète de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur salarié " dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir et, dans tous les cas, de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son avocat la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- en application des dispositions de l'alinéa 4 du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a droit à ce que la préfète de l'Allier lui communique le dossier qui le concerne ;

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la préfète de l'Allier a commis une erreur de droit en n'examinant pas s'il pouvait prétendre à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " travailleur salarié " sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est illégal en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2020, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022.

Un mémoire présenté par la préfète de l'Allier a été enregistré le 15 septembre 2022 et n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 octobre 2020, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, d'une décision fixant le pays de destination et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Allier a assigné à résidence M. A pendant une durée de 45 jours. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 28 avril 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'étendue du litige :

3. Par un jugement du 29 octobre 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal, statuant en application des dispositions alors en vigueur du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la requête n° 2001878 formée par M. A, a, après s'être prononcé sur les conclusions relatives à la communication du dossier administratif du requérant, d'une part, rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions du 6 octobre 2020 par lesquelles la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département de l'Allier pendant une durée de 45 jours, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour.

4. Par suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour du 6 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

6. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement et recensés comme tels dans l'arrêté du 18 janvier 2008, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. En l'espèce, d'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Allier, après avoir rappelé les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué qu' " une durée de présence sur le territoire français de cinq ans, la présentation d'une promesse d'embauche et la scolarisation d'un enfant depuis un an ne sont pas suffisants pour justifier la délivrance d'un titre de séjour ", et que " M. A ne peut être regardé comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la régularisation de sa situation en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale au regard de l'article L. 313-14 du CESEDA ". Dans ces conditions, la préfète de l'Allier doit être regardée comme ayant examiné si le requérant pouvait prétendre à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " travailleur salarié " au regard des dispositions de cet article L. 313-14. Par suite, le moyen de l'erreur de droit doit être écarté.

9. D'autre part, M. A indique qu'il réside sur le territoire français avec son épouse depuis 2015, qu'il est père de deux enfants mineurs, qu'il est titulaire de diplômes universitaires obtenus en Albanie qui ont fait l'objet d'attestations de compatibilité, qu'il s'implique dans la vie associative et dans un club de football, que le président de ce club ainsi que d'autres personnes le soutiennent, qu'il a suivi des cours de langue française, et, enfin, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de peintre plaquiste et que la DIRECCTE, saisi d'une demande d'autorisation de travail, a rendu un avis favorable. Toutefois, outre que l'ensemble de ces affirmations n'est pas corroboré par les pièces du dossier, par ces seuls éléments, le requérant ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à lui permettre de bénéficier du titre de séjour prévu par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Allier a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions accessoires qu'il présente, en tant qu'elles se rapportent au refus de séjour dont il fait l'objet.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

J-M. C

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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