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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100068

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100068

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantPERRAUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2021 et un mémoire enregistré le 5 octobre 2021, Mme D E, représentée par Me Perraudin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2020, par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a refusé de reconnaître l'imputabilité de sa pathologie au service et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 28 octobre 2019 au 25 août 2020 ;

2°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand de reconnaître l'imputabilité de sa pathologie au service, dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en se fondant sur la circonstance que les voix des membres de la commission de réforme étaient partagées, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a procédé à une motivation inopérante de sa décision et a commis une erreur de droit ;

- l'auteur de la décision en litige ne dispose d'aucun élément probant pour soutenir qu'il existait une problématique d'ordre relationnel entre sa hiérarchie, ses collègues et elle ; au contraire, le syndrome anxio-dépressif dont elle souffre résulte du contexte professionnel difficile dont elle a été la victime ; aucune faute personnelle ni circonstance particulière n'est de nature à permettre de détacher son accident du service, de sorte que la qualification d'accident de service ne fait aucun doute.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2021, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand conclut au rejet de la requête et de mettre à la charge de Mme E la somme de 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2021.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Trimouille, rapporteure ;

- les conclusions de M. Debrion, rapporteur public ;

- et les observations de Me Perraudin, avocate de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, infirmière anesthésiste au centre hospitalier universitaire (CHU) de Clermont-Ferrand depuis mars 2013, a été titularisée le 11 mars 2015. En arrêt de travail depuis le 28 octobre 2019, elle a sollicité, le 6 décembre 2019, la reconnaissance de l'imputabilité de sa pathologie au service. Suite à l'expertise médicale du 21 février 2020 et à l'avis rendu le 9 juin 2020 par la commission de réforme, tous deux favorables à la reconnaissance de l'imputabilité, le directeur général a, par une décision du 1er juillet 2020, refusé de reconnaître l'imputabilité de la pathologie de Mme E au service et l'a placée en congé de maladie ordinaire du 28 octobre 2019 au 25 août 2020. Mme E demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () ".

3. Aux termes de l'article 14 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires alors applicable : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. / Les avis sont émis à la majorité des membres présents. () "

4. En premier lieu, la circonstance que le directeur général du CHU a fait figurer, parmi les éléments de motivation de l'arrêté du 1er juillet 2020, une mention au partage des votes des membres de la commission de réforme ne saurait, à elle seule, être de nature à faire regarder la décision en litige comme entachée d'un défaut de motivation ou d'une erreur de droit, dès lors que sont également visées l'absence d'élément suffisamment probant apporté par l'agent sur le lien entre sa pathologie et le service, ainsi que des problématiques d'ordre relationnel entre celle-ci et sa hiérarchie. Ces deux derniers éléments auraient pu à eux seuls motiver et fonder en droit l'arrêté contesté de sorte que la requérante ne saurait se prévaloir de la mention inutile, ou tout au plus regrettable, du partage des voix pour en demander l'annulation.

5. En second lieu, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

6. Mme E soutient qu'elle souffre d'un état anxio-dépressif dont les causes sont à rechercher dans ses conditions de travail, en particulier dans le comportement de sa hiérarchie à son égard. A ce titre, outre l'expertise du docteur F, médecin psychiatre, en date du 20 février 2020, et le certificat du médecin du travail, le docteur B, elle produit des certificats établis par son médecin traitant, le docteur A, son psychiatre, le docteur G, une psychologue, Mme C, ainsi que l'attestation d'un ostéopathe, M. H. Si ces divers documents, tous établis à la demande de l'intéressée, établissent qu'elle est régulièrement suivie par eux pour des troubles anxio-dépressifs, ni son psychiatre ni son médecin traitant n'évoquent même la possibilité d'un lien avec l'activité professionnelle de Mme E. Quant à la psychologue et à l'ostéopathe, ils mentionnent respectivement que " le travail réalisé [en consultation] est principalement basé sur des problématiques rencontrées au travail et les effets sur sa santé psychique " et que la patiente " se plaignait d'un stress important sur son lieu de travail, pouvant expliquer, au moins en partie, sa symptomatologie ", de sorte qu'une pluralité de facteurs à l'origine de l'état de santé de Mme E n'est pas exclue. L'expertise du 20 février 2020, si elle conclut à l'imputabilité de la pathologie au service, est néanmoins très succincte, fondée uniquement sur les déclarations de l'intéressée, et ne fait état d'aucune analyse ni constat personnellement réalisés par le psychiatre et pouvant étayer sa conclusion. Enfin, le certificat du médecin du travail indique que les conditions de travail de Mme E ont " contribué à la survenue des problèmes de santé de cet agent ", excluant ainsi toute causalité unique à sa situation. Dès lors, les éléments produits aux débats par la requérante ne sauraient suffire à faire regarder comme direct le lien entre son état de santé et ses fonctions ou ses conditions de travail, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les allégations de celle-ci selon lesquelles son environnement de travail serait pathogène.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E à fin d'annulation de la décision du 1er juillet 2020 ne peuvent qu'être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme E sur leur fondement.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu non plus de mettre à la charge de Mme E la somme demandée par le CHU sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

Mme Trimouille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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