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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100075

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100075

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantGERING-JOYCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 janvier 2021, et des mémoires complémentaires enregistrés le 7 avril 2022 et le 9 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Gering-Joyce, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 27 juillet 2020, par laquelle le délégué local de la Haute-Loire de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) lui a retiré le bénéfice de la subvention qui lui avait été accordée et lui a demandé de reverser la somme de 16 737 euros, ensemble la décision du 23 novembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner l'ANAH à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de cette décision à hauteur de 17 373 euros.

Elle soutient que :

- la circonstance qu'elle et son ex-conjoint ont cessé d'occuper le bien et l'ont revendu dès 2018 constitue une cause de force majeure, en raison du contexte difficile de leur séparation et des violences commises par celui-ci à son encontre et à l'encontre de leur enfant ;

- il n'est pas établi que M. D a, lui aussi, été destinataire d'une demande de remboursement ;

- la personne à laquelle l'immeuble a été vendu l'occupe à titre personnel, de sorte que les conditions d'octroi de la subvention sont toujours remplies ;

- l'ANAH ne l'a pas informée préalablement à la présente procédure de la nécessité de faire remplir un formulaire Cerfa à l'acquéreur ; le fait que cette personne refuse aujourd'hui de le remplir est indépendant de sa volonté et il n'est pas contesté, en tout état de cause, qu'elle occupe bien l'immeuble à titre personnel ;

- le comportement de l'ANAH est constitutif d'une faute lui causant un préjudice dont elle demande l'indemnisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, la directrice générale de l'ANAH conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 13 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 mai 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires dirigées contre l'ANAH en l'absence de demande indemnitaire préalable de nature à lier le contentieux.

Des mémoires en réponse au moyen d'ordre public, présentés pour Mme A et par l' ANAH, ont été enregistrés le 25 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le règlement général de l'agence nationale de l'habitat approuvé par arrêté du 1er août 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Trimouille ;

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, alors en couple avec M. D, a fait l'acquisition d'un immeuble pour lequel ils ont obtenu, le 5 février 2015, une subvention de l'ANAH. L'immeuble ayant été revendu en 2018, Mme A a été rendue destinataire, le 27 juillet 2020, d'un courrier de l'ANAH l'informant du retrait de la subvention et lui demandant de reverser la somme de 16 737 euros. Son recours gracieux a été rejeté par un courrier du 23 novembre 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision, ou, subsidiairement, la condamnation de l'ANAH à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi à hauteur de 17 373 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 321-20 du code de la construction et de l'habitation : " Les locaux pour lesquels la subvention est accordée doivent être occupés pendant une période de neuf ans à compter de la déclaration d'achèvement des travaux mentionnée à l'article R. 321-18, sauf cas particuliers relatifs, notamment, à des modifications de la situation familiale ou professionnelle et selon des critères fixés par le règlement général de l'agence. Le logement doit être occupé à titre de résidence principale, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. / Tout changement d'occupation ou d'utilisation des logements ou toute mutation de propriété des logements intervenant pendant la période de neuf ans mentionnée au présent article, doit être déclaré par le bénéficiaire de la subvention au délégué local dans un délai de deux mois suivant l'événement. En outre, à l'occasion d'une mutation de propriété, les cédants, les donataires ou leurs ayants droit sont tenus d'informer le notaire de l'octroi de la subvention. / Le règlement général de l'agence précise les modalités selon lesquelles les intéressés justifient que le logement est occupé conformément aux dispositions de la présente section. " Aux termes de l'article R. 321-21 du même code : " Sans préjudice de poursuites judiciaires, en cas de méconnaissance dûment constatée des prescriptions de la présente section, le reversement total ou partiel de la subvention peut être prononcé par la commission d'amélioration de l'habitat. Le reversement est de plein droit exigé si les conditions d'occupation du logement prévues à l'article R. 321-20 ne sont pas respectées ou s'il s'avère que la subvention a été obtenue à la suite de fausses déclarations ou de manœuvres frauduleuses. () " Aux termes de l'article 15-D du règlement général de l'ANAH : " Propriétaires ou titulaires d'un droit réel d'un logement qu'ils s'engagent à occuper eux-mêmes à titre de résidence principale, ou personnes qui assument la charge des travaux pour leurs ascendants ou descendants propriétaires occupants (propriétaires occupants) (R. 321-12 [I, 2° et 3°]) / Les logements doivent être occupés dans le délai maximum d'un an qui suit la date de déclaration d'achèvement des travaux. / Les logements pour lesquels la subvention est accordée doivent être occupés pendant une durée de six ans. / Le délégué de l'agence dans le département ou le délégataire peut autoriser, avec maintien de la subvention, que le logement ne soit pas occupé lorsque les bénéficiaires de la subvention invoquent des motifs d'ordre médical, familial ou professionnel. L'autorisation peut être conditionnée à l'obligation de louer le logement à titre de résidence principale avec, le cas échéant, des engagements de location spécifique. " Aux termes de son article 21 : " En cas de non-respect des prescriptions relatives aux aides de l'ANAH (articles R. 321-12 à R. 321-21 du CCH, engagements conventionnels, présent règlement général), la décision de subvention sera retirée et tout ou partie des sommes perçues devra être reversé, en application du I de l'article R. 321-21 du CCH et dans les conditions précisées au présent article. / () Il y a exonération de reversement en cas de mutation dans les cas suivants : / a) Lorsque la mutation résulte d'une expropriation ou de l'exercice d'un droit de préemption, une décision de reversement ne peut pas être prononcée ; / b) A titre exceptionnel, lorsque l'acheteur est une personne morale entrant dans l'une des catégories mentionnées à l'article R. 321-13 du CCH, le reversement de la subvention peut ne pas être prononcé si un motif économique manifeste le justifie et si le logement concerné conserve une vocation sociale pendant la durée restante des engagements initiaux ; / c) Concernant les bénéficiaires mentionnés aux I (1°) et II de l'article R. 321-12 du CCH (propriétaires ou exploitants qui donnent à bail), une décision de reversement peut être prononcée sauf si les acquéreurs, héritiers ou cessionnaires justifient, de façon expresse, du respect de l'ensemble des engagements réglementaires fixés par les articles R. 321-12 à R. 321-22 du CCH ainsi que, le cas échéant, des obligations conventionnelles spécifiques signées par le bénéficiaire initial de la subvention ; / d) Concernant les bénéficiaires et propriétaires occupants mentionnés au I (2° et 3°) de l'article R. 321-12 du CCH : / -en cas de vente du logement subventionné, le reversement peut être prononcé sauf si les acquéreurs justifient, de façon expresse, du respect de l'ensemble des engagements réglementaires d'occupation fixés à l'article R. 321-20 du CCH et répondent aux conditions de ressources définies à l'article R. 321-12 ; / -en cas de décès du bénéficiaire de la subvention, une décision de reversement ne peut pas être prononcée à l'encontre des héritiers. / En cas de reprise des engagements réglementaires ou conventionnels, les acquéreurs ou les héritiers signent un formulaire spécifique mis à leur disposition par l'agence. "

3. L'attribution d'une subvention par une personne publique crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi. Ainsi, les subventions conditionnelles accordées par l'ANAH ne créent de droits au profit de leurs bénéficiaires que pour autant que ceux-ci justifient, après l'achèvement des travaux, que les conditions imposées lors de l'attribution de l'aide se trouvent effectivement réalisées. Si les bénéficiaires de ces subventions sont placés vis-à-vis de cet établissement public dans une situation réglementaire et non contractuelle, cette situation ne fait pas obstacle à ce que ces usagers puissent, le cas échéant, invoquer un cas de force majeure ayant rendu impossible l'exécution des engagements auxquels était subordonné le versement de l'aide financière de l'agence.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A et M. D se sont engagés, lorsqu'ils ont déposé, le 17 décembre 2014, leur demande de subvention pour des travaux de rénovation de leur résidence principale, " à occuper le logement admis au bénéfice de l'aide à titre de résidence principale pour une durée minimale de six ans. " Il est constant que Mme A et M. D ont cessé d'occuper le logement en cause suite à leur séparation et à sa mise en vente en 2018. Si la requérante soutient qu'elle a dû quitter le logement en raison d'un cas de force majeure, liée à sa séparation difficile d'avec M. D, aux mauvais traitements que celui-ci lui faisait subir, ainsi qu'à leur enfant, et à l'impossibilité pour elle d'assumer seule le remboursement de l'emprunt lié à l'acquisition de l'immeuble, ces circonstances ne sont pas établies, de même qu'il n'est pas établi que l'ANAH en aurait elle-même été informée préalablement à la présente instance. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir d'un cas de force majeure pour demander l'annulation de la décision attaquée.

5. En deuxième lieu, si Mme A fait valoir que l'acheteuse de l'immeuble, Mme C, l'occupe à titre principal, cette circonstance ne saurait être établie par la production d'un simple échange de mails avec celle-ci, qui n'établit pas non plus que l'ensemble des conditions prévues par le règlement de l'ANAH pour permettre à Mme A de prétendre à une exonération sont remplies.

6. En troisième et dernier lieu, l'ANAH établit que M. D a été rendu destinataire d'une décision identique de retrait de la subvention et de demande de reversement, par un courrier en date du 27 juillet 2020. En tout état de cause, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 juillet 2020.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

9. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait adressé au directeur général de l'ANAH une demande tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'une faute commise par l'agence dans la gestion de son dossier. En l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires dirigées contre cette personne publique sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées. En tout état de cause, Mme A n'apporte pas d'éléments suffisants à établir une faute de l'ANAH, les formalités qu'elle devait accomplir à l'occasion de la vente de son bien pour demander une exonération du remboursement de la subvention étant décrites dans le règlement général de l'agence, ni à justifier du montant de 17 373 euros qu'elle demande.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur général de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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