jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100101 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | FAUCONNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2021, M. D A, représenté par Me Fauconnier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle la directrice adjointe interrégionale des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la décision du 14 octobre 2020 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Riom lui infligeant une sanction de vingt jours de cellule de confinement avec sursis d'une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser Me Fauconnier en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est illégale en raison de l'incompétence de son auteur ;
- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière en raison de l'incompétence de l'auteur de la décision de la commission de discipline du 14 octobre 2020 ;
- la décision de la commission de discipline n'est pas motivée ;
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'incompétence du signataire du rapport d'enquête au regard des dispositions de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;
- elle a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors que les données de la vidéoprotection ne figuraient pas au dossier de la procédure disciplinaire ;
- elle est entachée d'erreur de qualification juridique au regard des faits qui lui sont reprochés ;
- la sanction de vingt jours de cellule de confinement est disproportionnée par rapport aux faits qui lui sont reprochés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 14 octobre 2020, M. D A, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Riom, a été sanctionné par la commission de discipline de cet établissement de vingt jours de cellule disciplinaire avec sursis pour une durée de six mois pour avoir, le 23 août 2020, à la fin d'une promenade, refusé de réintégrer sa cellule. Par une décision du 19 novembre 2020 prise à la suite du recours administratif préalable formé contre cette décision, la directrice interrégionale adjointe des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction prononcée. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 19 novembre 2020 a été prise par Mme C B directrice interrégionale adjointe des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes qui disposait d'une délégation permanente de signature instituée par arrêté du 1er septembre 2020 du directeur interrégional et lui permettant de répondre aux recours administratifs préalables formés par les détenus en matière disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 19 novembre 2020 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement un moyen tiré du vice d'incompétence de la décision initiale, qui est en tout état de cause propre à cette dernière et a nécessairement disparu avec elle. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 14 octobre 2020 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Riom doit être écarté.
4. En troisième lieu, dès lors que la décision en litige du 19 novembre 2020 de la directrice adjointe interrégionale des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes s'est substituée à la décision du 14 octobre 2020 de la commission de discipline, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de la commission de discipline.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale applicable au présent litige : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E, lieutenant pénitentiaire, disposait, par arrêté du 21 janvier 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, d'une délégation de signature lui permettant de signer, au nom du chef d'établissement, toutes décisions administratives individuelles et notamment celles d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues. Par suite le moyen tiré de l'absence d'habilitation du signataire de la décision d'engagement des poursuites disciplinaires manque en fait et doit être écarté.
7. En cinquième lieu, selon l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale dans sa version applicable au présent litige : " I. En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. () / III. La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. / IV. L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure. / La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. L'administration pénitentiaire accomplit toute diligence raisonnable pour assurer la conservation des données avant leur effacement. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'administration répond à la demande d'accès dans un délai maximal de quarante-huit heures. / Les données de la vidéoprotection visionnées font l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure disciplinaire. ".
8. Il résulte de ces dispositions que si la procédure a été engagée à partir notamment des enregistrements de vidéoprotection, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. En revanche, dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il appartient à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utile aux besoins de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à de telles demandes au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes.
9. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est toutefois de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
10. Il ressort de la lecture de la décision sur rapport d'enquête que les données de vidéoprotection ont permis de confirmer que quatorze personnes ont refusé de remonter de promenade. Elles ont donc permis de caractériser la nature collective de l'action dans laquelle s'inscrivait le requérant. Il s'ensuit que la procédure de discipline doit être considérée comme ayant été engagée en faisant appel aux enregistrements de vidéoprotection. Par suite, conformément à ce qui a été dit précédemment, ces enregistrements devaient faire l'objet d'une transcription dans un rapport versé au dossier de la procédure mis à disposition de la personne détenue et de son avocat en application des dispositions de l'article R.57-7-16 du code de procédure pénale précité.
11. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de la décision de la commission de discipline du 14 octobre 2020, qu'à l'occasion du visionnage de l'enregistrement vidéo en commission, l'avocat du détenu a, en présence de ce dernier, indiqué que l'enregistrement permettait de caractériser la nature collective de l'action reprochée. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'absence de transcription des données de la vidéoprotection au dossier de la procédure n'a pas été de nature à priver le requérant d'une garantie, ni n'a été susceptible d'exercer une influence sur la décision prise. Par suite, le vice de procédure doit être écarté.
12. En dernier lieu, l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale applicable au présent litige prévoit : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () / 7° De participer ou de tenter de participer à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre ; () ". Selon l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ". L'article R. 57-7-47 du même code dispose : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré.() ".
13. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
14. En l'espèce, si le requérant conteste avoir fait partie d'un groupe de détenus qui avaient l'intention de bloquer le retour de promenade, il ressort toutefois des pièces concordantes du dossier, et notamment du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête établis le 24 août 2020, que le requérant a refusé, le 23 août 2020 vers 11h00, de regagner sa cellule avec plusieurs autres détenus malgré les injonctions répétées du surveillant. Par suite, la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire prononcé avec un sursis pour une durée de six mois n'est pas disproportionnée à la gravité de ces faits qui relèvent des articles R. 57-7-1 7° et R. 57-7-2 1° précités. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de qualification juridique des faits et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. A.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100101
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026