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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100133

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100133

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantMBOTO Y'EKOKO NGOY JEAN-PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 21 janvier 2021 et le 1er mars 2021, Mme E F, agissant tant en son nom personnel qu'au nom de ses enfants mineurs A D et B D, représentée par Me Mboto Y'Ekoko Ngoy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire, à titre principal, de lui délivrer, ainsi qu'à ses enfants, des titres de séjour portant la mention vie privée et familiale, avec autorisation de travail pour elle, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Loire, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est illégale, faute pour le préfet de la Haute-Loire de lui en avoir communiqué les motifs alors qu'elle en avait fait la demande ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 5 novembre 2018 est caduque et ne peut donc plus être exécutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, aucune décision implicite de rejet de demande de titre de séjour n'a été prise à l'encontre de la requérante ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante congolaise, est entrée en France le 23 juillet 2017 avec ses deux enfants. Sa demande d'asile a été rejetée le 20 mars 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et le 11 octobre 2018 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par arrêté du 5 novembre 2018, le préfet de la Haute-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. La légalité de cet arrêté a été confirmé par le tribunal dans un jugement n° 1802143 du 26 février 2019. Par un courrier du 10 décembre 2019 reçu le 16 décembre suivant, Mme F, par l'intermédiaire de son conseil, a sollicité du préfet de la Haute-Loire qu'il lui délivre un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Estimant que sa demande a donné naissance à une décision implicite de rejet, Mme F saisit le tribunal en vue d'obtenir l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. / Toutefois, le préfet peut prescrire que les demandes de titre de séjour soient déposées au commissariat de police ou, à défaut de commissariat, à la mairie de la résidence du requérant. / Le préfet peut également prescrire : / 1° Que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ; / 2° Que les demandes de cartes de séjour prévues aux articles L. 313-7 et L. 313-27 soient déposées auprès des établissements d'enseignement ayant souscrit à cet effet une convention avec l'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 311-12 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 de ce code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Aux termes de l'article 7 de la même ordonnance : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er () ". Il résulte notamment de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de titre de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies à l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est applicable, que l'intéressé se présente physiquement à la préfecture. Toutefois, l'absence de comparution personnelle du demandeur n'a pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche réalisée par la voie postale. A défaut de disposition expresse en sens contraire, une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture fait naître, en cas de silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour présentée par Mme F par voie postale a été réceptionnée par les services préfectoraux le 16 décembre 2019. Compte tenu des règles mentionnées au point précédent, d'une part, contrairement à ce que soutient le préfet de la Haute-Loire dans ses écritures en défense, une décision implicite de rejet est bien née à la suite de la demande formée par la requérante en décembre 2019, d'autre part, cette décision est née le 28 juillet 2020.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

5. La décision portant refus de séjour est au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Malgré la demande présentée par courrier le 15 septembre 2020 par Mme F, par l'intermédiaire de son conseil, en application de l'article L. 232-4 du code précité, et reçue par les services de la préfecture le 18 septembre 2020, le préfet de la Haute-Loire ne lui a pas communiqué les motifs de la décision par laquelle il a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, ainsi que le soutient la requérante, la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est illégale pour n'avoir pas été motivée.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme F est fondée à demander l'annulation de la décision implicite, née le 28 juillet 2020, par laquelle le préfet de la Haute-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Loire de réexaminer la demande de Mme F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la mettre, dans cette attente, en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite, née le 28 juillet 2020, par laquelle le préfet de la Haute-Loire a refusé de délivrer à Mme F un titre de séjour est annulée.

Article 2 : Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint au préfet de la Haute-Loire de réexaminer la demande de Mme F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la mettre, dans cette attente, en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F et au préfet de la Haute-Loire.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Coquet, président assesseur,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

J-M. C

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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