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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100149

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100149

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSERINDAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 25 janvier 2021, le 2 décembre 2021 et le 15 avril 2022, Mme C D épouse B et M. A B, représentés par Me Joanny, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 août 2020 par laquelle le préfet du Cantal a implicitement accordé au groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Roches l'autorisation d'exploiter 25,37 hectares sur le territoire de la commune de Roannes-Saint-Mary ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime ;

- il n'est pas justifié de la surface totale exploitée par le GAEC des Roches à la date du dépôt de la nouvelle demande d'autorisation d'exploiter ;

- il n'est pas justifié de la réalité des trois actifs dont est composé le GAEC des Roches ;

- un refus d'autorisation d'exploiter n'aurait donc pas été injustifié pour le GAEC des Roches, contrairement à ce que soutient le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les consorts B ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 25 février 2022, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Roches, représenté par Me Meral, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme D épouse B et de M. B.

Il soutient que les moyens soulevés par les consorts B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Roches a déposé le 12 septembre 2017 une demande d'autorisation d'exploiter portant sur une surface de 28,07 hectares sur le territoire de la commune de Roannes-Saint-Mary (Cantal). L'autorisation sollicitée a été tacitement accordée. Par un jugement n° 1800831 du 19 décembre 2019, le tribunal a annulé cette autorisation tacite. Le 6 janvier 2020, le GAEC des Roches a déposé une demande d'autorisation d'exploiter portant sur une surface de 25,37 hectares sur le territoire de la même commune. Cette nouvelle demande a donné naissance à une autorisation tacite d'exploiter en date, selon le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, du 22 août 2020. Par la présente requête, Mme C D épouse B et M. A B demandent l'annulation de l'autorisation tacite d'exploiter accordée au GAEC des Roches par le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes au cours de l'année 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " I.-Le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation / Il peut, par décision motivée, fixer ce délai à six mois à compter de cette date, notamment en cas de candidatures multiples soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture ou de consultation du préfet d'une autre région. () / II.-La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1 () / III () / A défaut de notification d'une décision dans le délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier ou, en cas de prorogation de ce délai, dans les six mois à compter de cette date, l'autorisation est réputée accordée ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du 10 février 2020 adressé par la direction départementale des territoires du Cantal au GAEC des Roches, que la demande d'autorisation d'exploiter de ce GAEC a été réputée complète le 9 janvier 2020. Il ne ressort en revanche des pièces du dossier ni que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes aurait décidé, en application des dispositions citées au point précédent, de fixer à six mois le délai d'examen de la demande d'autorisation d'exploiter déposée par le GAEC des Roches, ce qui aurait d'ailleurs fait obstacle à la naissance d'une décision tacite d'autorisation au terme d'un délai de quatre mois, ni que la date d'enregistrement du dossier complet de ce GAEC initialement fixée au 9 janvier 2020 aurait été modifiée par la suite et finalement arrêtée au 22 mars 2020. Dans ces conditions, la décision tacite en litige n'est pas, contrairement à ce qui peut figurer dans les écritures et certaines pièces produites, née le 22 août 2020 mais le 9 mai 2020.

4. D'autre part, la circonstance que le tribunal a, par son jugement n° 1800831 du 19 décembre 2019, annulé une précédente autorisation tacite d'exploiter accordée au GAEC des Roches ne faisait pas obstacle à ce que le préfet, saisi, à la suite de cette annulation contentieuse, d'une autre demande d'autorisation de ce GAEC qui portait sur une surface différente de celle figurant dans la demande ayant donné naissance à la précédente autorisation tacite, accorde de nouveau tacitement, en application des dispositions de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime, une autorisation d'exploiter au GAEC des Roches. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a méconnu les dispositions précitées au motif que la demande du GAEC des Roches ne pouvait pas faire l'objet de la procédure d'autorisation tacite qui y est prévue.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime : " I.-La commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-l peut être consultée sur les demandes d'autorisation d'exploiter auxquelles il est envisagé d'opposer un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1. Dans ce cas, et lorsque des candidatures concurrentes ont été enregistrées sur tout ou partie des biens qui font l'objet de la demande, l'ensemble des dossiers portant sur ces biens lui est soumis au cours de la même séance. / Les candidats, les propriétaires et les preneurs en place sont informés de la date d'examen des dossiers les concernant par la commission par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou remise contre récépissé () ". Il résulte de ces dispositions que la consultation de la commission départementale d'orientation de l'agriculture n'est pas une obligation mais seulement une possibilité qui est offerte au préfet, et ce uniquement lorsque ce dernier envisage d'opposer à une demande d'autorisation d'exploiter un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime.

6. Dès lors que la procédure de consultation de la commission départementale d'orientation de l'agriculture présente un caractère consultatif et qu'au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il était envisagé d'opposer au GAEC des Roches un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a méconnu les dispositions de l'article R. 331-5 du code rural et de la pêche maritime, faute d'avoir consulté avant l'intervention de sa décision la commission départementale d'orientation de l'agriculture, peu importe que M. A B ait ou non la qualité de candidat concurrent.

7. En dernier lieu, si, en soutenant qu'il n'est pas justifié de la surface totale exploitée par le GAEC des Roches à la date du dépôt de la nouvelle demande d'autorisation d'exploiter, qu'il n'est pas justifié de la réalité des trois actifs dont est composé le GAEC des Roches et qu'un refus de l'autorisation d'exploiter n'aurait donc pas été injustifié pour le GAEC des Roches, contrairement à ce que soutient le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les requérants ont entendu soulever des moyens, ceux-ci ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'autorisation tacite d'exploiter accordée au GAEC des Roches par le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2020.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, compte tenu du sort réservé à leurs conclusions à fin d'annulation, qu'être rejetées.

10. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des consorts B au profit du GAEC des Roches une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C D épouse B et de M. A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le GAEC des Roches en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, représentant unique pour l'ensemble des requérants, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et au groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Roches.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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