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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100811

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100811

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP TEILLOT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2021, et des mémoires enregistrés le 22 août 2022 et le 23 septembre 2022, M. E C, représenté par Me Delahaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a autorisé l'EARL Henry à exploiter des parcelles lui appartenant situées sur la commune de Vicq et cadastrées YB 84, YB 125 et YA 14 ;

2°) d'annuler la décision du 17 février 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de droit, en ce que l'EARL Henry ne dispose d'aucun exploitant, et en ce que le préfet a commis une erreur concernant les superficies déjà exploitées par l'EARL Henry et une autre concernant les revenus extra-agricoles des associés de cette structure ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation de sa situation et de celle de l'EARL Henry.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2021, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, l'EARL Henry, représentée par la SCP Teillot, Me Maisonneuve, conclut à l'irrecevabilité partielle de la requête et à son rejet. Elle conclut, en outre, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est, partiellement irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) de la région Auvergne-Rhône-Alpes du 27 mars 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Trimouille ;

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique ;

- les observations de Me Lemasson, avocat de M. C, et de Me Goutille, avocate de l'EARL Henry.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 mai 2020, M. E C, propriétaire des parcelles cadastrées YB 84, YB 125 et YA 14 situées sur la commune de Vicq, a déposé une demande d'autorisation d'exploiter les concernant, demande intervenant en concurrence de la demande déposée le 4 mai 2020 par l'EARL Henry, qui portait également sur d'autres parcelles situés sur les communes de Vicq, Ebrueil et Sussat. Par un courrier du 29 octobre 2020, le préfet de l'Allier a informé M. C que sa demande ne relevait pas de la procédure d'autorisation prévue par le Schéma régional des structures des exploitations agricoles de la région Auvergne-Rhône-Alpes (SDREA) et qu'elle relevait du même rang de priorité que celle de l'EARL Henry. Par un arrêté du 27 octobre 2020, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a autorisé l'EARL Henry à exploiter un ensemble de parcelles, parmi lesquelles les parcelles précitées cadastrées YB 84, YB 125 et YA 14 situées sur la commune de Vicq. Par un courrier du 17 février 2021, il a rejeté le recours gracieux formé par M. C à l'encontre de cet arrêté. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2020 en ce qu'il autorise l'EARL Henry à exploiter les parcelles cadastrées YB 84, YB 125 et YA 14 sur la commune de Vicq lui appartenant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. () ". Aux termes de l'article L. 312-1 du même code, dans sa version applicable à la date du litige : " I.-Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les conditions de mise en œuvre du chapitre Ier du titre III du présent livre. Il détermine, pour répondre à l'ensemble des objectifs mentionnés à l'article L. 331-1, les orientations de la politique régionale d'adaptation des structures d'exploitations agricoles, en tenant compte des spécificités des différents territoires et de l'ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux définis dans le plan régional de l'agriculture durable. / II.-Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe, compte tenu des orientations mentionnées au I du présent article, le seuil de surface au-delà duquel l'autorisation d'exploiter est requise en application de l'article L. 331-2.() III.-Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération. Les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation sont l'installation d'agriculteurs, l'agrandissement ou la réunion d'exploitations agricoles et le maintien ou la consolidation d'exploitations agricoles existantes.() IV.-Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les critères servant à l'appréciation de la dimension économique et de la viabilité des exploitations concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2.().V.-Pour l'application du présent article, sont considérées comme concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 les exploitations agricoles du demandeur, des autres candidats à la reprise et celle du preneur en place ()".

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de région le 7 février 2020 et signé le 1er février 2020 par M. A B, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, qui avait lui-même reçu délégation de signature du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes par un arrêté du 31 décembre 2019, que M. F D, a reçu délégation de signature pour signer les actes relevant du service régional de l'économie agricole. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C fait valoir que le préfet a commis une première erreur de droit en comptabilisant trois actifs pour le classement de la demande de l'EARL Henry au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Toutefois, à l'appui de cette allégation, il se borne à rappeler la distinction entre " associé " d'une EARL et " actif agricole ", et à faire valoir que les trois associés de l'EARL exercent des activités professionnelles extra-agricoles, de sorte qu'il n'apporte pas d'élément suffisant à remettre en cause la comptabilisation effectuée par l'autorité préfectorale. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

5.

En troisième lieu, M. C soutient que le préfet a commis une deuxième erreur de droit en retenant, en ce qui concerne la surface agricole utile exploitée par l'EARL Henry après opération, un total de 378,10 hectares pondérés, incluant 145,54 hectares déjà exploités, 80,12 hectares faisant l'objet de la demande d'autorisation contestée et 152,44 hectares correspondant à la conversation des revenus extra-agricoles de ses actifs. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à sérieusement contester la prise en compte de ces surfaces, alors que le préfet établit, quant à lui, qu'elles sont cohérentes avec les pièces fournies par l'EARL Henry dans sa demande d'autorisation d'exploiter et avec sa déclaration PAC au titre de l'année 2020. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, le requérant soutient que le préfet a commis une troisième erreur de droit dans la prise en compte des revenus extra-agricoles des actifs de l'EARL Henry. Toutefois, il n'apporte à l'appui de son affirmation selon laquelle les revenus extra-agricoles des associés auraient été sous-évalués que de simples allégations et hypothèses non-étayées tirées de la nature et de la diversité de leurs activités extra-agricoles, au sein d'agences immobilières et de la chambre d'agriculture. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

7. En cinquième et dernier lieu, M. C fait valoir qu'une erreur d'appréciation a été commise sur la situation respective de son concurrent et de lui-même, en ce que les revenus pris en compte le concernant étaient erronés, de sorte que sa surface agricole pondérée après opération aurait dû être calculée à 122,12 hectares au lieu de 169,51 hectares retenus par le préfet. Si ce dernier reconnaît dans son mémoire en défense avoir commis cette erreur, le requérant reconnaît quant à lui que son rang de priorité 3 n'en a pas été affecté. Dès lors que, d'une part, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, M. C n'apporte pas d'élément permettant de remettre sérieusement en cause le rang de priorité 3 également attribué par le préfet à l'EARL Henry, et que, d'autre part, ni les articles 4 et 5 du SDREA invoqués par le requérant, qui prévoient une simple faculté pour l'administration de départager les candidatures relevant d'un même rang de priorité, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposent à celle-ci de départager ces candidatures, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette erreur aurait eu une quelconque incidence sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par l'EARL Henry, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a autorisé l'EARL Henry à exploiter des parcelles lui appartenant situées sur la commune de Vicq et cadastrées YB 84, YB 125 et YA 14, ensemble la décision du 17 février 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. C sur leur fondement.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C une somme de 1 500 euros au profit de l'EARL Henry à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 1 500 euros à l'EARL Henry en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à l'EARL Henry.

Copie en sera faite, pour information, à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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