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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100842

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100842

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2021, M. F A, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 6 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'un vice d'incompétence du fait d'un défaut de délégation de signature suffisamment publié ; par ailleurs, il n'est pas établi que l'arrêté portant délégation de signature porte la signature du préfet conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit ; en effet l'assignation litigieuse a été prise avant que le délai de départ volontaire qui lui était accordé ne soit expiré, trente jours après la notification du jugement du tribunal administratif rejetant son recours contre l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ; de plus, un étranger ne peut faire l'objet de deux assignations à résidence en même temps, l'une sur le fondement de l'article L. 561-1, et l'autre sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; à la date de la décision litigieuse, il faisait l'objet d'une assignation à résidence datée du 24 février 2021 dont l'exécution avait été suspendue par son recours contentieux jusqu'au jugement du tribunal et qui a été renouvelée automatiquement ; par ailleurs, s'il a été jugé que les conditions d'une assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étaient réunies, il ne peut être considéré que celles d'une assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 561-1 du même code le sont aussi alors que ces deux assignations obéissent à des conditions exclusives l'une de l'autre ; enfin, la première condition de l'article L. 561-1 n'était pas réunie puisque l'impossibilité d'exécuter n'était pas de à sa volonté ; la seconde condition n'était pas non plus réunie puisqu'il n'était pas impossible pour elle de regagner son pays d'origine ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation ; en effet, en raison de la pandémie, les exécutions des mesures d'éloignement, lesquelles étaient auparavant très peu nombreuses, ont été davantage réduites ; par ailleurs, il n'a aucun intérêt à se soustraire aux autorités dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile ; en outre, les circonstances empêchant son éloignement est indépendante de sa volonté ; enfin, la décision litigieuse est disproportionnée alors que par ailleurs il est soumis aux mêmes restrictions de déplacement applicables à tous les résidents en France et qui lui interdisent de sortir de son domicile avant 19h et au-delà de 10 kilomètres ; enfin, les modalités de pointage l'obligent à parcourir chaque jour une dizaine de kilomètre à pied avec ses enfants, son épouse étant également obligée de procéder aux mêmes pointages ne pouvant les garder à leur domicile.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais, est entré en France en 2019. Sa demande d'asile a été rejetée le 13 octobre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement datée du 26 janvier 2021. Par un arrêté du 24 février 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de 45 jours. Par un arrêté du 9 avril 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de 6 mois. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 février 2021 publié au même jour au recueil des actes administratif spécial de la préfecture du Puy-de-Dôme, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation de signature, sous l'autorité de la directrice de la citoyenneté et des libertés, à Mme C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes administratifs entrant dans le cadre des attributions du service, à l'exception des circulaires, instructions générales et courriers aux parlementaires. Par ce même arrêté, il a également été donné délégation de signature, sous l'autorité de Mme C, à Mme E B, son adjointe, à l'effet de signer tous actes administratifs entrant dans le cadre des attributions du service, " à l'exception des décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, des décisions de placement en rétention dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, des décisions relatives aux mesures d'éloignement prévues aux articles L. 531-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des circulaires, instructions générales et courriers aux parlementaires ". La décision d'assignation à résidence en litige, qui entre dans le cadre des attributions du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Puy-de-Dôme, ne relève d'aucune des décisions et actes exclus du champ de la délégation de signature consentie à Mme B, signataire de cette décision. Par ailleurs, la publication jour au recueil des actes administratif spécial de la préfecture du Puy-de-Dôme est facilement accessible sur Internet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, applicable aux actes réglementaires en vertu de l'article L. 200-1 de ce code: " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Un arrêté portant délégation de signature a un caractère réglementaire.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 4 février 2021 portant délégation de signature au bénéfice de Mme B, publié au recueil des actes administratifs du même jour et disponible sur internet, porte le nom, le prénom et la signature du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté du 9 avril 2021 attaqué résultant de la méconnaissance par l'arrêté de délégation de signature du 4 février 2021 de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être rejeté.

5. En troisième lieu, l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur à la date de la décision en litige, dispose que : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai ou si le délai de départ volontaire qui lui a été accordé est expiré ; ()/ La décision d'assignation à résidence est motivée. () ". L'assignation à résidence prévue par les dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constitue une mesure alternative au placement en rétention prévu par les dispositions de l'article L. 551-1 du même code, dès lors qu'une mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable et que l'étranger présente des garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à celle-ci.

6. L'arrêté portant assignation à résidence contesté, qui doit être motivé en application de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que la requérante a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, est titulaire d'un passeport en cours de validité et que la situation sanitaire n'interdit pas l'exécution des mesures d'éloignement, rendant ainsi l'exécution de l'obligation de quitter le territoire visant M. A une perspective raisonnable. Elle comporte ainsi les considérations de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait n'est pas fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur à la date de la décision en litige : " () L'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office ni avant l'expiration du délai de départ volontaire ou, si aucun délai n'a été accordé, avant l'expiration d'un délai de quarante-huit heures suivant sa notification par voie administrative, ni avant que le tribunal administratif n'ait statué s'il a été saisi. L'étranger en est informé par la notification écrite de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 513-1 du même code : " () L'obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire, qui n'a pas été contestée devant le tribunal administratif dans les délais prévus aux I et I bis du même article L. 512-1 ou qui n'a pas fait l'objet d'une annulation, peut être exécutée d'office à l'expiration du délai de départ volontaire. (). ".

8. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration du délai de départ volontaire ni avant le jugement du tribunal administratif saisi de la légalité de cette mesure d'éloignement. Elles n'ont en revanche ni pour objet ni pour effet de suspendre le délai de départ volontaire qui court à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, le 26 janvier 2021, d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai volontaire de trente jours à l'encontre de laquelle il a introduit un recours le 2 février 2021, date à laquelle le requérant doit être regardé comme ayant au plus tard reçu notification de cette mesure d'éloignement. Ainsi, à la date du 9 avril 2021 à laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a assigné l'arrêté d'assignation litigieux, le délai de départ volontaire de trente jours, qui lui avait été accordé, était expiré. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté litigieux sans attendre l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du jugement du 17 mars 2021, le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur de droit.

10. En deuxième lieu, M. A a fait le 24 février 2021 l'objet d'une assignation à résidence d'une durée de 45 jours. Cette assignation a commencé à être exécutée le 25 février 2021 date de sa notification à l'intéressée. Si le requérant a présenté un recours contentieux contre cette décision, ce recours n'a pas eu pour effet de suspendre son exécution. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé cette assignation à résidence au terme du délai de 45 jours. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'à la date de la notification, le 12 avril 2021 de la décision litigieuse du 9 avril 2021, il faisait déjà l'objet d'une assignation à résidence de courte durée faisant obstacle à l'édiction de l'assignation litigieuse.

11. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur à la date de la décision en litige, que l'objet de cette décision est d'autoriser l'étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement de se maintenir sur le territoire français s'il est dans l'impossibilité soit de quitter le territoire français soit de regagner son pays d'origine, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation. Le requérant soutient à la fois que le préfet ne démontre aucune impossibilité d'exécuter l'obligation de quitter le territoire et que l'exécution de cette mesure d'éloignement ne peut être envisagée dans une perspective raisonnable du fait du contexte sanitaire et des restrictions de déplacements en vigueur. Ainsi, le requérant admet lui-même l'existence de circonstances rendant impossible l'exécution immédiate de la mesure d'éloignement. Par ailleurs, si le requérant soutient que par un jugement du 2 mars 2021, le juge délégué du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a jugé que, à la date de la décision d'assignation à résidence de 45 jours du 24 février 2021, l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet était possible malgré le contexte sanitaire, au regard de la situation de faits alors exposée devant lui, ce jugement ne fait pas obstacle à ce que l'administration apprécie différemment la situation de fait à la date du 9 avril 2021. Enfin, le préfet pouvait légalement prendre une décision d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans qu'il soit saisi par l'étranger de ses difficultés à organiser son retour dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les conditions prévues par l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas réunies.

12. En quatrième lieu, la circonstance que le requérant n'aurait pas l'intention de fuir, étant en attente d'une décision de la Cour nationale du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui n'a pas été prise au regard des intentions de fuite de l'intéressé.

13. En cinquième lieu, la décision d'assignation à résidence contestée n'est pas fondée sur la circonstance que le requérant ne disposerait pas de garantie de représentation. Par suite, la circonstance que le requérant dispose de telles garanties n'a pas d'incidence sur la légalité de l'assignation à résidence litigieuse.

14. En sixième lieu, d'une part, et eu égard aux conditions sanitaires à la date de la décision attaquée générant des restrictions des déplacements internationaux, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme, en fixant une durée d'assignation de six mois, correspondant à la durée maximale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait fixé une durée disproportionnée au regard de la situation de la requérante. D'autre part, il ressort de la décision litigieuse que M. A est tenu de se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 10H30 à l'hôtel de police de Clermont-Ferrand situé à un peu plus de quatre kilomètres du centre d'hébergement où il réside. Si le requérant soutient que son épouse étant tenue à la même obligation, l'assignation contestée implique qu'ils fassent 10km à pied avec leurs jeunes enfants, il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas utiliser les transports en commun disponibles de Clermont-Ferrand desservant l'hôtel de Police ni que ces modalités de contrôle seraient incompatibles avec les horaires d'école de ses enfants, tous en âge d'être scolarisés. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le couvre-feu de 19h à 7h du matin alors en vigueur pour lutter contre la propagation du covid-19 ferait obstacle à ce que le requérant se présente auprès des services de police de Clermont-Ferrand ni que l'observation des mesures sanitaires prises par le gouvernement rendrait le respect de l'assignation à résidence plus difficile. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que les modalités de contrôle prévues dans la décision litigieuse seraient disproportionnées.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. A doivent être rejetées et par voie de conséquence les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

Mme Trimouille, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

M. D

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210084

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