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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100867

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100867

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre 2
Avocat requérantAYELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2021, M. D B, représenté par Me Ayele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle le préfet de l'Allier a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Allier d'autoriser le regroupement familial à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet s'est estimé lié par l'insuffisance de ses ressources pour prendre la décision en litige ;

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2021, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 28 avril 2021.

Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 décembre 2020, M. B a déposé auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) une demande de regroupement familial en faveur de Mme A, qu'il a épousée le 15 janvier 2020. Par une décision du 9 mars 2021, le préfet de l'Allier a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 9 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / () / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants: / 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; () ". Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; - cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ". Aux termes de l'article R. 421-4 du même code : " À l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger présente les copies intégrales () des pièces suivantes : / () / 3° Les justificatifs des ressources du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, tels que le contrat de travail dont il est titulaire ou, à défaut, une attestation d'activité de son employeur, les bulletins de paie afférents à la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ainsi que le dernier avis d'imposition sur le revenu en sa possession, dès lors que sa durée de présence en France lui permet de produire un tel document, et sa dernière déclaration de revenus. La preuve des revenus non salariaux est établie par tous moyens () ".

3. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Toutefois, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B, le préfet de l'Allier s'est fondé sur le fait que le requérant ne justifiait pas de ressources suffisantes. Pour contredire cette position, le requérant produit l'ensemble de ses bulletins de salaire pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 pour un montant total net imposable de 18 428,47 euros. M. B produit également une attestation de paiement d'indemnités journalières pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 en raison d'un arrêt maladie du 1er janvier au 26 janvier 2020, pour un montant total net de 748,28 euros. Enfin, le requérant produit des justificatifs de versement de la prime d'activité pour la période de janvier à décembre 2020 pour un montant total de 1 646,64 euros. Cette prime, dont le montant est calculé en fonction des revenus du travail, doit, eu égard à sa nature de revenu de remplacement n'ayant pas le caractère d'une prestation familiale ou d'assistance, être prise en considération dans le calcul des ressources. Le requérant justifie ainsi, compte tenu de l'ensemble des ressources qui viennent d'être évoquées, dans l'année précédant sa demande, de ressources totales s'élevant à 20 823,39 euros, soit un revenu mensuel moyen net de 1 735,28 euros.

5. Alors que le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) auquel renvoient les stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien s'élevait, en montant net, à 1 340,90 euros pour une famille de quatre à cinq personnes pour l'année 2020, le requérant justifiait donc de ressources suffisantes à la date de la décision en litige. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que le préfet de l'Allier a méconnu les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien en décidant de rejeter sa demande de regroupement familial en raison du caractère insuffisant de ses ressources.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 9 mars 2021 par laquelle le préfet de l'Allier a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Allier d'autoriser le regroupement familial en faveur de l'épouse de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. L'Etat étant partie perdante à l'instance, il convient de mettre à sa charge une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 mars 2021 prise par le préfet de l'Allier est annulée.

Article 2 : Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Allier d'autoriser le regroupement familial en faveur de l'épouse de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

J-M. C

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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