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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101003

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101003

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantVOLAT-GARD-RECOULES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021 et des mémoires du 2 août 2021 et 7 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Grellet demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel le président du syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault (03) a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours dont deux avec sursis ;

2°) de reconnaitre la responsabilité du syndicat et de le condamner au paiement de 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge du syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pu disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de son dossier et préparer sa défense ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus d'obéissance est injustifié, la demande de son supérieur hiérarchique concernait des activités extra-professionnelles à savoir sa qualité de président du comité des œuvres sociales (COS) ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- le syndicat a commis une faute qui implique que son préjudice soit indemnisé à hauteur de 500 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juin 2021, 30 août 2021 et 11 février 2022, le syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault, représenté par la SELARL DMMJB, Me Juilles, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, au surplus à son rejet et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique ;

- les observations de Me Juilles, avocate du syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique territorial principal 2ème classe, a été recruté par le syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault (03) depuis 1998 en qualité de contractuel puis en 2001 comme agent titulaire. Parallèlement, M. B a présidé le comité des œuvres sociales du personnel de ce même syndicat jusqu'au 21 mars 2021. Par un arrêté du 10 mars 2021, le président du syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault a prononcé à l'encontre de M. B une sanction disciplinaire du 1er groupe, à savoir une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours dont deux avec sursis. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. La décision en litige comporte les considérations de droit et de fait en faisant notamment référence à l'incident survenu le 9 février 2021. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". L'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux dispose que " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. () ".

4. Une sanction ne peut être légalement prononcée à l'égard d'un agent public sans que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter utilement sa défense. S'agissant des sanctions du premier groupe, dont fait partie, pour les fonctionnaires territoriaux, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours en vertu des dispositions de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, cette garantie procédurale est assurée, en application des dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, par l'information donnée par l'administration à l'intéressé qu'une procédure disciplinaire est engagée, et qu'il dispose du droit à la communication de son dossier individuel et de tous les documents annexes, ainsi qu'à l'assistance des défenseurs de son choix. En revanche, il ne résulte d'aucune disposition légale ou principe général qu'avant l'édiction d'une sanction du premier groupe, un agent doit être mis à même de présenter des observations orales.

5. Le requérant soutient que la décision en litige a été prise à l'issue d'une procédure entachée d'irrégularité. Toutefois il résulte des pièces du dossier que M. B a reçu une convocation le 9 février 2021 de la part de son employeur lui indiquant la possibilité de consulter son dossier individuel et d'être assisté lors de l'entretien préalable par une personne de son choix. Il n'est d'ailleurs pas contesté que le requérant a bénéficié de douze jours pour préparer sa défense, et que lors de l'entretien préalable, il était assisté de deux représentants du personnel. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 28 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () " . Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 visée ci-dessus : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 visée ci-dessus : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ;() ".

7. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher, d'une part, si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et, d'autre part, si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Pour fonder la sanction en litige, le président du syndicat s'est fondé sur la circonstance que M. B a manqué à son devoir d'obéissance à une demande de son supérieur hiérarchique consistant en la fixation d'une date de réunion afin d'examiner les comptes du COS dans le cadre d'une activité accessoire à son activité publique principale. Il ressort des pièces du dossier que le syndicat contribue au financement du COS dont M. B assurait la présidence. Dans le cadre du pouvoir de contrôle de l'action des fonds publics, le SIVOM était en droit de demander au requérant de fixer la date de la réunion de COS afin de vérifier l'usage des fonds alloués au COS. Alors que l'ordre donné n'était manifestement pas illégal et ne compromettait aucun intérêt public, le requérant était tenu de déférer à l'ordre de son supérieur hiérarchique. En s'abstenant de déférer à l'injonction de son employeur, et en adoptant une attitude irrespectueuse à l'égard de son supérieur, M. B a commis une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire du premier groupe, à savoir trois jours d'exclusion dont deux avec sursis. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent être écartés.

9. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait fondée sur un motif étranger aux poursuites disciplinaires et aurait été prise dans le seul but de nuire personnellement au requérant. Par suite, les moyens tirés de ce que la sanction litigieuse serait entachée de détournement de pouvoir et d'un détournement de procédure doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que le syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault n'ayant pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions indemnitaire présentées par M. B.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande à ce titre. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera au syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au syndicat mixte de création et d'entretien des chemins des communes de la région de Bourbon l'Archambault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La présidente,

S. BADER-KOZA La greffière,

E. CONSTANTIN-OUAGNE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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