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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101423

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101423

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantJUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, Mme B A représentée par Me Juillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Loire a suspendu provisoirement son permis de conduire pour une durée de 6 mois à compter du 13 mai 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée, sa dangerosité n'étant pas établie ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'elle prend un traitement médical à base de méthadone, ce traitement ayant faussé les analyses toxicologiques ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'un vice de procédure dès lors qu'aucun formulaire l'informant des possibilités de demander une expertise ou la recherche de l'usage de médicaments psychoactifs ne lui a été remis et que son droit à une nouvelle analyse ne lui a pas été notifié ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la durée de la suspension est disproportionnée par rapport aux enjeux d'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, le préfet de la Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision contestée est suffisamment motivée dès lors qu'elle mentionne les éléments de fait et de droit qui la fondent ;

- l'appréciation de la validité des procès-verbaux dressés par les services de police ou de gendarmerie dans le cadre d'une opération de police judiciaire et la réalité d'une infraction pénale relève de la compétence du juge pénal ;

- le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté dès lors qu'aucun élément probant ne peut sérieusement contredire l'expertise effectuée dans le cadre de la procédure judiciaire ;

- la mesure n'est pas disproportionnée au regard de la gravité de l'infraction et justifie la suspension immédiate du permis de conduire de sorte à éviter la commission d'infractions futures ou le renouvellement d'infractions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la présidente a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 mai 2021, Mme A a fait l'objet d'un contrôle routier à la suite d'un accident survenue sur la commune de Saint-Romain-Lachalm, à la suite duquel elle a subi un test de dépistage de stupéfiants qui s'est révélé positif. Une mesure immédiate de rétention de son permis de conduire a été effectuée par les agents de la brigade territoriale de gendarmerie d'Yssingeaux. Par un arrêté du 13 mai 2021, le préfet de la Haute-Loire a suspendu la validité du permis de conduire de Mme A pour une durée de six mois. Par la présente requête Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, pris sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, vise également les articles L. 121-5, L. 224-1, L. 224-9, R. 221-13 à R. 224-4, R. 224-12 à R. 224-17 et R. 224-19-1 du même code. Il précise l'identité et l'adresse de la requérante et relève, en outre, que Mme A a fait l'objet, le 8 mai 2021 à 14h30 sur la commune de Saint-Romain-Lachalm (43), d'une mesure de rétention de son permis de conduire après que les vérifications prévues à l'article R. 235-5 du code de la route ont établi l'usage, par l'intéressée, de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Il précise qu'en raison du danger grave et immédiat que représente la conductrice en infraction pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et d'elle-même, la validité du permis de conduire de Mme A est suspendu pour une durée de six mois. Dès lors, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme A ne peut contester la matérialité de l'infraction précitée devant la juridiction administrative dès lors que cette appréciation relève de la seule compétence du juge pénal. En tout état de cause, si la requérante fait valoir qu'elle prenait un traitement médical à base de méthadone à la date des faits en litige, elle ne l'établit pas. En outre, l'attestation produite par la requérante, établie postérieurement à la décision attaquée, ne mentionne ni la date de délivrance des produits concernés ni le nom de son signataire. Au demeurant, si Mme A fait valoir que son traitement médical a faussé les résultats de l'analyse toxicologique, cette dernière a révélé la présence de stupéfiants classés opiacés mais également cocaïniques. Par ailleurs, le bilan d'analyses toxicologiques produit par la requérante au soutien de ses conclusions ne saurait avoir de valeur probante compte tenu de la date des prélèvements urinaires réalisés le 16 juin 2021 et dès lors qu'il ne portait que sur la recherche de cannabinoïdes. Dès lors, et alors même que la circonstance que la requérante ne connait pas le taux de stupéfiants relevé n'a aucune incidence sur la légalité de la décision dans la mesure où le simple usage de produits stupéfiants caractérise l'infraction, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Loire aurait commis une erreur de fait en prenant la décision attaquée.

5. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que la décision serait entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun formulaire l'informant des possibilités de demander une expertise ou la recherche de l'usage de médicaments psychoactifs ne lui aurait été remis et que son droit a une nouvelle analyse ne lui a pas été notifié, il ressort du procès-verbal établi le 26 mai 2021 par un agent de police judiciaire, que l'intéressée " n'a pas souhaité se réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise, ni la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus par l'article R. 235-11 du code de la route " et qu'elle " a indiqué son refus de signer tout autre document dans la mesure où elle savait qu'elle était positive aux produits stupéfiants ". Toutefois, si la requérante entend contester les procès-verbaux, seul le juge pénal est compétent pour apprécier la validité des procès-verbaux dressés par les services de police ou de gendarmerie dans le cadre d'une opération de police judiciaire. Dès lors, et au regard de ce qui a été dit précédemment, les moyens tirés de l'erreur de droit et du vice de procédure doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, au regard de tout ce qui a été dit précédemment, compte tenu de la gravité de l'infraction commise par l'intéressée et de l'urgence caractérisée, le préfet de la Haute-Loire n'a pas pris une mesure disproportionnée à la protection de la sécurité publique, ni commis une erreur manifeste d'appréciation en suspendant provisoirement le permis de conduire de Mme A pour une durée de six mois.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mai 2021. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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