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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101787

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101787

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. D une requête, enregistrée sous le n° 2101787 le 23 août 2021, M. C A, représenté D Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision D laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour présentée le 18 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'un défaut de motivation, faute pour le préfet d'avoir apporté une réponse à sa demande de communication des motifs de ce refus ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 7 mars 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 30 juin 2021.

II. D une requête, enregistrée sous le n° 2102284 le 29 octobre 2021, M. C A, représenté D Me Loiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 octobre 2021 D lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de séjour.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale D une décision du 24 novembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Loiseau, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar, est entré irrégulièrement en France en 2015. Sa demande d'asile a été rejetée D une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 11 avril 2016 et sa demande de réexamen a été rejetée D une décision de l'Ofpra du 22 septembre 2016, puis D une décision de la Cour nationale du droit d'asile (Cnda) du 1er mars 2017. Le 19 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été implicitement rejetée. Puis, le 14 octobre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée D M. A, a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. D la requête n° 2101787, M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, et, D la requête n° 2102284, M. A demande l'annulation des décisions du 14 octobre 2021 prises D le préfet du Puy-de-Dôme.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2101787 et n° 2102284 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer D un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. D'une part, si le silence gardé D l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. En l'espèce, le préfet du Puy-de-Dôme a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée D M. A D une décision du 14 octobre 2021. D suite, la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision D laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 14 octobre 2021 D laquelle le préfet a confirmé ce refus.

5. D'autre part, à la suite de la décision d'assignation à résidence et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prises à l'encontre de M. A D le préfet du Puy-de-Dôme le 1er décembre 2021 et contestées dans une requête n° 2102760, le magistrat désigné D le président du tribunal, statuant en application des dispositions des articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative, a, D un jugement du 7 décembre 2021, d'une part, rejeté les conclusions à fin d'annulation des décisions du 14 octobre 2021 D lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, de la décision du 1er décembre 2021 portant assignation à résidence du requérant pendant une durée de 45 jours et de la décision du 1er décembre 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'autre part, renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions dirigées contre la décision de refus de titre de séjour.

6. D suite, il n'y a lieu, dans la présente instance, que de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour du 14 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation la décision portant refus de séjour :

7. En premier lieu, la décision portant expressément refus de séjour étant dûment motivée, le moyen tiré d'un défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée D un étranger qui justifie D tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

9. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile D un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour D la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, D principe, comme attestant, D là-même, des motifs exceptionnels exigés D la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que D exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

10. En l'espèce, M. A fait valoir qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en date du 30 septembre 2020 récemment réitérée D l'Eurl CFA pour occuper un emploi de plaquiste peintre en contrat à durée indéterminée et à temps plein, avec un salaire mensuel de 1 400 euros et que les formulaires Cerfa ont été remplis D l'employeur et auraient dû donner lieu à un avis de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités. Toutefois, le requérant ne fait état d'aucune qualification, expérience, diplôme ou élément tenant aux caractéristiques de l'emploi auquel il postule ou à sa situation personnelle pouvant constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour. D suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui s'est substitué à l'article L. 313-14 du même code depuis le 1er mai 2021.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue D la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. M. A se prévaut du fait qu'il vit sur le territoire français depuis presque six ans, que sa sœur ainsi que sa nièce et ses deux neveux résident également sur le territoire français à Clermont-Ferrand, qu'il s'occupe beaucoup de ces enfants pour lesquels il éprouve un grand attachement, qu'il a noué de solides amitiés et relations sociales en France, qu'il a été bénévole à Emmaüs et qu'il a fait partie d'un club de football. Toutefois, le requérant est célibataire et sans enfant et ne justifie pas d'une particulière intégration sur le territoire français D les seuls éléments précités. De plus, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 D laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour. D voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions accessoires que M. A présente, en tant qu'elles se rapportent au refus de séjour dont il fait l'objet.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2101787 et n° 2102284 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public D mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le rapporteur,

J-M. B

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2101787 et 2102284

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