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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101791

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101791

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS PRESLE ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2021, et un mémoire et des pièces, enregistrés les 8 septembre 2021 et 9 mars 2022, M. A B, représenté par le cabinet CAP avocats, Me Presle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle le président du département de l'Allier a rejeté son recours administratif préalable formé le 19 avril 2021 tendant à contester la décision du 5 février 2021 rejetant sa demande d'attribution de la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personne handicapée" ;

2°) d'enjoindre au département de l'Allier de lui attribuer la carte mobilité inclusion stationnement ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une mesure d'expertise médicale.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que son état de santé lui permet de bénéficier de la carte mobilité inclusion " stationnement pour personne handicapée conformément aux dispositions de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles ; en effet, son état de santé le restreint dans ses déplacement de sorte qu'il ne peut pas sortir sans être accompagné ; ses capacités visuelles sont très altérées ; il a une cécité de l'œil gauche et une capacité visuelle à 3,2/10 avec correction à droite et perception lumineuse négative sur l'œil gauche ; ainsi, il est dans l'incapacité, sans mettre sa vie en danger, de sortir de son logement et d'aller seul en ville, faire ses courses ou simplement se balader ; par ailleurs, il est diabétique et se pique quatre fois par jour à l'insuline ; il a également subi une fracture traitée par ostéosynthèse et cimentoplastie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, le département de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à la suite de la communication du certificat médical du 12 juillet 2020 et des éléments médicaux, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées n'a pas reconnu la qualité de travailleur handicapé à M. B ; elle a conclu à la possibilité d'accéder à un travail et le handicap n'a pas été reconnu ;

- le certificat médical indique que M. B est autonome dans tous les actes de la vie quotidienne et il n'y a pas de restriction au périmètre de marche ; il a un suivi psychiatrique très irrégulier ; si une aggravation de la rétinoplathie a nécessité une vitrectomie sur l'œil gauche, cette pathologie récente est susceptible d'amélioration ;

- à la suite de son recours administratif préalable, M. B n'a pas transmis de nouveaux éléments ;

- M. B ne relève pas du champ du handicap, dès lors qu'il n'est pas constaté d'altération substantielle, durable ou définitive d'une fonction et de limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société ; l'évaluation de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé prend en compte à la fois les données médicales et le type de poste occupé si la personne travaille ; les difficultés à retrouver un emploi, notamment économiques et sociales, ne justifient pas la reconnaissance du handicap ;

- M. B n'est plus inscrit à Pôle emploi ; il indique " ne plus pouvoir travailler à cause de son dos et de ses traitements lourds " ;

- M. B peut déposer un nouveau dossier en cas d'évolution de ses pathologies.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2021.

Vu :

- le rapport du docteur D du 22 février 2022 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme C a lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé une demande de carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " auprès des services du département de l'Allier, le 10 juillet 2020. Par une décision du 5 février 2021, le département de l'Allier lui a refusé la délivrance de la carte sollicitée. Par une décision du 24 juin 2021, le département de l'Allier a confirmé son refus de délivrance de la carte de mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " en rejetant le recours administratif préalable obligatoire introduit par M. B. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes du I de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2017 : " La carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée () / 3° La mention "stationnement pour personnes handicapées" est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ". Aux termes de l'article R. 241-12-1 du même code : " I. La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement () / IV. Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ".

3. Aux termes de l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou -la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; - une prothèse de membre inférieur ; - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. Cette condition n'est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée. / 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ".

4. Il résulte de ces dispositions que la carte mobilité inclusion mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne dont l'état de santé réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. Le critère relatif à la réduction de manière importante et durable de la capacité et de l'autonomie de déplacement est rempli si la personne a un périmètre de marche limité à 200 mètres, a systématiquement recours à une aide pour ses déplacements extérieurs, ou recours à une oxygénothérapie lors de tous ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d'annulation d'une décision lui refusant la délivrance d'une carte de stationnement pour personnes handicapées d'établir, par tous moyens et notamment par la production de certificats médicaux, qu'elle est atteinte, à la date de la décision contestée, d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

5. Il résulte de l'instruction que M. B, né en 1990 est atteint depuis l'adolescence d'un diabète instable difficilement équilibrable, qui à ce jour, a causé une cécité totale de l'œil gauche ainsi que de grandes difficultés de vision du côté de l'œil droit, estimé à 2,5ème/10. Si M. B fait valoir que sa malvoyance nécessite l'obtention de la carte de mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il résulte toutefois de l'instruction et notamment du rapport du docteur D du 22 février 2022, que le périmètre de marche de M. B est supérieur à 200 mètres. Alors que le requérant soutient lui-même qu'il ne conduit plus son véhicule, les documents fournis à l'appui de la requête ne permettent pas d'établir que les déficiences physiques dont souffre M. B ont eu pour effet de réduire de manière importante et durable son périmètre de marche à une valeur inférieure à 200 mètres. Par suite, et sans qu'il ait lieu d'ordonner l'expertise médicale sollicitée, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du président du département de l'Allier du 24 juin 2021.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de l'Allier et à la maison départementale de l'autonomie de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La présidente,

S. C La greffière,

E. CONSTANTIN-OUAGNE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2101791

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