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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101942

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101942

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAYELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Ayele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2021 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat.

Elle soutient que :

la décision refusant son admission au séjour est entachée d'erreur de droit dès lors que la procédure d'admission exceptionnelle au séjour pour motifs professionnels n'est pas applicable aux ressortissants marocains ; le préfet ne s'est pas référé à l'accord franco-marocain ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de l'Allier a opposé un refus de séjour sans avoir l'avis définitif de la DIRECCTE ;

- elle méconnaît l'article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que le préfet ne l'a pas invitée à produire une autorisation de travail actualisée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors que le préfet a considéré qu'elle se trouvait dans la situation du 3° de l'article L. 611-1 puisque la délivrance d'un titre de séjour venait de lui être délivrée et que, dans le même temps, il a relevé à son encontre qu'elle n'avait jamais sollicité de titre de séjour ; le préfet ne lui a pas demandé de pièce complémentaire actualisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février 2022.

Par courrier du 7 juin 2022, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale au profit de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 28 janvier 1982, est entrée sur le territoire national le 15 mai 2019 selon ses déclarations. Par un courrier du 10 février 2021, Mme B a adressé une demande de régularisation de sa situation administrative par le travail au préfet de l'Allier. Par un arrêté du 26 mai 2021, le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La requérante demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' (). ".

3. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application de toute autre disposition de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain.

4. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Allier ne pouvait légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme B en qualité de salarié en se fondant sur d'autres dispositions que celle de l'article 3 de l'accord franco-marocain. La décision attaquée, si elle ne vise pas l'accord franco-marocain, ne précise au demeurant pas davantage la disposition législative ou réglementaire sur laquelle le préfet s'est fondé.

5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et le pouvoir général de régularisation du préfet pour examiner la demande d'admission au séjour en qualité de salarié de Mme B. Cette substitution de base légale n'a en outre pas pour effet de priver l'intéressée d'une garantie et l'administration disposait du même pouvoir d'appréciation. Par suite, ce fondement légal peut être substitué au fondement erroné retenu par le préfet.

7. Il est constant que Mme B ne présente pas de contrat de travail mais seulement une promesse d'embauche, datée du 12 février 2021, établie par le gérant d'un restaurant et une demande d'autorisation de travail mentionnant une date prévisible d'embauche au 1er juillet 2020. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée au regard de la méconnaissance du champ d'application de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.

8. De la même façon, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, avant de rejeter la demande présentée par un étranger sur ce fondement, de fournir un récépissé, de demander l'autorisation de la DIRECCTE ou d'inviter l'étranger à produire une demande d'autorisation de travail actualisée. En particulier, aux termes de l'article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ". Mme B ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions, dès lors que le préfet a rejeté sa demande non pas en raison de son caractère incomplet, mais au motif qu'elle n'établissait pas que les conditions de fond permettant de lui accorder le titre de séjour demandé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Allier, quand bien même la décision litigieuse ne mentionne pas l'accord franco-marocain, aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

10. En troisième, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 qui ne contient pas de lignes directrices mais de simples orientations générales et est dépourvue de tout caractère réglementaire.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. Si Mme B se prévaut de ce qu'elle vit en France depuis 2019 et y est bien insérée, ces seules circonstances ne sont pas de nature à établir, compte tenu de sa faible durée de présence sur le territoire français où elle est entrée à l'âge de 37 ans, que le préfet de l'Allier a porté à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour litigieuse.

En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

14. Le moyen soulevé par la requérante n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer que celle-ci ait entendu soulever une erreur dans la motivation, en ce que le préfet aurait relevé à son encontre qu'elle n'a jamais sollicité de titre de séjour, ce moyen doit être écarté dès lors qu'il ressort au contraire de la motivation de la décision litigieuse que la demande de titre de séjour de Mme B a été rejetée. A supposer encore que la requérante ait entendu soulever le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, il découle de ce qui a été dit au point 13 que ce moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requérante aux fins d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. La présente instance n'a pas engendré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent, dès lors en tout état de cause, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Gazagnes, président,

M. Coquet, président-assesseur,

Mme Trimouille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

Ph. GAZAGNES Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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