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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102052

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102052

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantMASDEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 septembre 2021, le 24 décembre 2021, et le 17 mai 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré à la société Aumoine Stéphane Promotion (AS Promotion) un permis de construire un immeuble collectif de quinze logements sur les parcelles cadastrées section KP 415 et 417 situées au 43 rue des Gravouses sur le territoire de la commune ;

2°) de rejeter les conclusions présentées par la société AS Promotion sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui a commencé à courir du 2 mars 2021, date d'affichage du permis de construire sur la parcelle d'implantation du projet, qu'il a respecté les formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, et qu'il justifie d'un intérêt à agir contre cette autorisation d'urbanisme compte tenu des troubles et nuisances que la construction projetée va porter à sa résidence principale située à moins de vingt mètres ;

- la construction projetée est d'une hauteur supérieure à seize mètres en méconnaissance de l'article UG3 du règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand ;

- le projet de construction d'un immeuble de cinq niveaux, d'une hauteur de 16,84 mètres de hauteur, qui va dominer de plusieurs mètres les bâtiments avoisinants, porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux environnants en méconnaissance de l'article UG6 du règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand ;

- la demande indemnitaire présentée par la société AS Promotion sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doit être rejetée dès lors que le retard dans la réalisation des travaux ne lui est pas imputable, que la société ne produit aucun élément tangible permettant au tribunal d'apprécier la matérialité d'un éventuel préjudice, ni de le chiffrer et qu'elle ne semble pas présenter de risque à court terme pour sa pérennité financière.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 novembre 2021, le 3 mai 2022 et le 2 juin 2022, la société AS Promotion, représentée par Me Masdeu, conclut au rejet de la requête, demande au tribunal de constater que le permis de construire modificatif qui lui a été accordé le 28 mars 2022 a été communiqué aux parties en application de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme, et de mettre à la charge de M. C la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. C ne justifie pas d'un intérêt à agir contre le permis de construire en litige en vertu des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 3 mai 2022, la société AS Promotion, représentée par Me Masdeu, demande au tribunal de condamner M. C à lui payer la somme de 15 000 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

Elle soutient que :

- la requête, enregistrée à la fin du délai de recours contentieux et ne comportant manifestement aucun moyen sérieux d'annulation, a été présentée dans des conditions traduisant un comportement abusif de M. C lui causant un préjudice ;

- le préjudice qu'elle subit, résultant de l'impossibilité pour elle d'envisager la commercialisation de son projet avant l'intervention d'une décision définitive sur le présent litige et la conduisant à différer l'ensemble des opérations prévues, doit être évalué à 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, la commune de Clermont-Ferrand, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. C ne justifie pas d'un intérêt à agir contre le permis de construire en litige en vertu des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public,

- et les observations de M. C, de Me Bonicel représentant la commune de Clermont-Ferrand et de Me Masdeu représentant la société AS Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 septembre 2020, la société AS Promotion a déposé en mairie de Clermont-Ferrand un dossier de demande de permis de démolir une maison d'habitation située au 43 rue des Gravouses et de construire, au droit de ce terrain, un immeuble collectif de quinze logements. Par un arrêté du 25 février 2021, le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré à la société AS Promotion le permis de construire sollicité. M. C a présenté, par courrier du 24 mars 2021, un recours gracieux contre cet arrêté, recours rejeté par une décision du 30 juin 2021 du maire de Clermont-Ferrand. Le 23 novembre 2021, la société AS Promotion a déposé une demande de permis de construire modificatif pour aménager son projet en supprimant le niveau de sous-sol initialement prévu, en créant des places de stationnement et de caves au niveau du rez-de-chaussée en lieu et place des logements initialement prévus, entraînant une diminution des logements prévus dans l'immeuble de quinze à douze. Par un arrêté du 28 mars 2022, la commune de Clermont-Ferrand a délivré à cette société le permis de construire modificatif sollicité. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 accordant le permis de construire initial ainsi que la décision du 30 juin 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UG 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Clermont-Ferrand : " Les hauteurs maximales de façade () figurent au Plan des hauteurs et sont mesurées du terrain naturel à l'égout de toiture ou à l'acrotère. () / Les hauteurs maximales pourront être dépassées dans le cas de la formation d'une canopée habitée (attique, émergence). / Ce bonus n'est autorisé que lorsque la toiture est traitée sur tout ou partie sous forme de toiture végétalisée ou comporte des terrasses accessibles bénéficiant de dispositifs intégrés à la construction permettant la plantation de végétaux. / Les surfaces de plancher supplémentaires autorisées, par application du bonus ne pourront dépasser 80 % de la surface de toiture du dernier niveau n'ayant pas dépassé le plénum () ".

3. Il est constant qu'en vertu du plan des hauteurs figurant dans le règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand, la hauteur maximale autorisée des constructions est égale à 16 mètres au droit du site d'implantation de l'immeuble projeté. Il ressort des pièces du dossier que le projet contesté, initialement prévu pour une hauteur de 16,84 mètres à l'acrotère, est désormais, dans sa version modifiée, portée à 17,25 mètres. Il ressort toutefois des pièces composant les dossiers de demande de permis de construire initial et modificatif que les surfaces de plancher supplémentaires du dernier niveau de l'immeuble projeté, situé au cinquième étage et dont la base se situe à 14 mètres de hauteur, constitue, dans le dernier état du dossier, 57,85% de la surface de la toiture du dernier niveau n'ayant pas dépassé le seuil de 16 mètres, soit le niveau N+4. Il ressort également des mêmes pièces que la toiture de cette canopée est traitée sur tout ou partie sous forme de toiture végétalisée. Le bonus lié à la formation d'une canopée habitée trouve ainsi à s'appliquer en l'espèce. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le projet contesté méconnaît l'article UG3 du règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand.

4. En second lieu, selon le même article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand, les constructions, par leur situation, leur architecture, leur dimension ou leur aspect extérieur ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux environnants ainsi qu'aux sites et aux paysages naturels ou urbain. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Les dispositions de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de cet article. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de l'autorisation d'urbanisme en litige.

5. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ou de celles du règlement d'un plan local d'urbanisme ayant le même objet et dont les exigences ne sont pas moindres, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de demande de permis de construire modificatif, que le projet litigieux a pour objet la construction d'un immeuble de cinq niveaux au-dessus du rez-de-chaussée, composé de douze logements, d'une surface de plancher totale de 976 mètres carrés et d'une hauteur à l'acrotère de 17,25 mètres. Le terrain d'implantation de la construction projetée se situe rue des Gravouses, dans un secteur urbain délimité par l'avenue du Limousin et l'avenue Raymond Bergougnan, à proximité de la commune de Chamalières et à environ 1,5 kilomètres du centre-ville de Clermont-Ferrand à vol d'oiseau. Ce secteur est caractérisé par un tissu hétérogène d'habitations et par la présence de nombreux immeubles collectifs de volumes et hauteurs distinctes, dont un de type R+5 est situé à quelques dizaines de mètres du terrain d'implantation du projet et un de type R+3 est situé en face de la propriété du requérant. Le nord du secteur d'implantation, à proximité de l'avenue Bergougnan et de la parcelle du requérant, est également caractérisé par la présence d'immeubles collectifs de volumes et hauteurs comparables à ceux de la construction projetée. Par ailleurs, ce secteur ne présente pas de cohérence architecturale ni d'intérêt architectural particulier. Il ne saurait davantage être considéré comme inséré dans un tissu pavillonnaire, alors même que la rue des Gravouses dessert quelques habitations individuelles et des parcelles comprenant une végétation importante. Enfin, il ressort des pièces du dossier, en particulier du dossier de demande de permis de construire modificatif que, outre la végétalisation des toitures des quatrième et cinquième étages, le projet prévoit l'implantation d'un arbre ornemental de grande dimension dans la bande végétalisée située à l'avant de la parcelle, ainsi que des arbres de haute tige d'essences de type verger en fond de parcelle. Dans ces conditions, et alors même que l'immeuble projeté surplombe de plusieurs mètres de haut les immeubles l'avoisinant, M. C n'est pas fondé à soutenir que le projet litigieux ne s'insèrerait pas dans son environnement et méconnaîtrait les dispositions de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme de Clermont-Ferrand.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré à la société AS Promotion le permis de construire en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. "

9. Le requérant possède une maison d'habitation située à moins de centaine de mètres du terrain d'implantation de la construction projetée qui, compte tenu de son importance, est susceptible d'entraîner pour lui une perte de perspective et une gêne visuelle. En se bornant à relever que M. C a présenté son recours contentieux à quelques jours de la fin du délai de recours contentieux et que sa requête ne comporte manifestement aucun moyen sérieux d'annulation, la société AS Promotion n'établit pas que l'exercice du droit au recours de M. C aurait été mis en œuvre en vue de lui nuire ou dans des conditions excédant la défense de ses intérêts légitimes. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la société sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme de 750 euros au titre des frais exposés par la société AS Promotion et non compris dans les dépens ainsi que la somme de 750 euros au titre des mêmes frais exposés par la commune de Clermont-Ferrand.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société AS Promotion sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : M. C versera à la société AS Promotion une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : M. C versera à la commune de Clermont-Ferrand une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la société Aumoine Stéphane Promotion et à la commune de Clermont-Ferrand.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

M. Panighel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

L. B

La présidente,

C. COURRET La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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