jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2102100 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | BEAUGY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, Mme C F, représentée par Me Beaugy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de refus de protection fonctionnelle qui lui a été opposée par le maire de la commune de Beauregard l'évêque ;
2°) de lui accorder cette protection ;
3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que cette décision méconnaît l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dès lors qu'elle a été victime d'agissements qualifiables de " harcèlement moral " au sens de l'article 6 quinquiès de la même loi.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 1er février et 15 mars 2022, la commune de Beauregard l'Evêque, représentée par la SCP Billy-Boissier, Me Boissier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2000 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête n'est pas fondée.
Par ordonnance du 17 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 11 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- les observations de Me Blaizin, avocate de Mme F,
- et les observations de Me Voute, avocate du CCAS et de la commune de Beauregard-l'Evêque.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, recrutée par l'établissement d'hébergement de personnes âgées dépendantes Gautier de Beauregard (ci-après " L'EHPAD ") sur un emploi d'auxiliaire de soins en 2009, est titulaire depuis le 19 juin 2014, et aide-soignante. Depuis le 18 avril 2019, elle est en congé. Près de deux ans plus tard, le 17 mars 2021, elle demande à la présidente du centre communal d'action sociale (ci-après " le CCAS "), maire de Beauregard l'Evêque, une mesure de " protection fonctionnelle " en faisant état de son épuisement physique et psychique dû à une énorme charge de travail et à une pression quotidienne de la direction. Cette demande est rejetée le 19 avril 2021. Le recours gracieux formé le 17 juin 2021 a été rejeté le 10 août 2021.
2. La présente requête doit être regardée comme opposant l'agent au CCAS, personne morale de droit public, distinct de la commune.
Sur l'annulation :
3. Mme F soutient à l'appui de sa demande de protection fonctionnelle qu'elle a fait l'objet d'agissements de harcèlement moral de la part de la directrice de l'EHPAD.
4. En principe, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. En l'espèce, Mme F demande au tribunal de se référer aux griefs exposés dans son recours gracieux du 17 juin 2021. Elle y indique :
- a) " à chaque convocation dans son bureau [la directrice] m'a fait tout un tas de reproches pour m'intimider, me déstabiliser et minimiser mon travail ", étayant le propos d'un témoignage de Mme E.
- b) " [la directrice] remet en cause ma façon de travailler car les effectifs réduits sont répétitifs () [elle] fait sans cesse des reproches sur notre façon de travailler comme l'atteste madame D et madame G. ".
- c) en décembre 2017, elle a demandé à l'adjointe de direction à quitter son poste trente minutes plus tôt afin de pouvoir emmener ses enfants au spectacle de Noël. L'adjointe lui a demandé d'attendre le retour de la directrice. Le jour où la directrice est revenue, elle a commencé " à [lui] hurler dessus. ", ce qui a constitué une humiliation. La directrice accorde cependant ce passe-droit à d'autres agents, comme en témoignent madame D et M. A.
- d) les cadeaux de Noël ne sont plus donnés à ses enfants comme en atteste Mme H. La directrice les donne à qui bon lui semble comme en atteste M. A. Le même atteste que les " œuvres sociales " mises en place en faveur de tous les agents sont distribuées par la directrice comme bon lui semble.
- e) elle n'a pas droit même à un bonjour de la directrice comme en atteste Mme D.
- f) depuis l'arrivée de la directrice en cause, " mes droits au travail ont diminué de jour en jour ".
6. Sur quoi il y a lieu de déclarer que les griefs qui peuvent être regardés comme sincèrement attestés par des témoins parce que personnellement constatés et non démentis ne relèvent pas d'agissements répétés de harcèlement moral, excédant le pouvoir de direction et d'organisation du service normalement dévolu à l'autorité hiérarchique, et qui autorise cette hiérarchie, et même l'oblige, à faire état de ses remontrances éventuelles. Il en va ainsi des propos recensés par Mme E, qui se déclare présente en 2017 lorsque la directrice a convoqué Mme F et lui a énoncé un certain nombre de reproches quant à sa manière de servir. Il en va ainsi des réflexions de la directrice, selon Mme D, reprochant " store mal positionné, poste non fermé, résidant soi-disant mal installé ou mal habillé ", et rapporté en des termes voisins par Mme G, et que ne peut passer pour un agissement répété de harcèlement moral le fait selon lequel la directrice aurait manqué de politesse une fois en ne disant pas bonjour à Mme F.
7. Ensuite, il y a lieu de relever le caractère invraisemblable, et en tout état de cause, non étayé, des propos de Mme F, repris à l'évidence de manière concertée par Mme D, M. A et Mme G, selon lesquels " les droits au travail " ont diminué de jour en jour. A cet égard, M. A, agent de maintenance qui n'exerce aucune fonction administrative de gestion de la ressource humaine, et dont la période de travail ne recoupe qu'à la marge les horaires de service de la requérante ne peut sincèrement avoir personnellement constaté " que les heures supplémentaires effectuées par C F ne sont pas comptabilisées ". De même, c'est de manière parfaitement non détaillée, ne renvoyant à aucun fait précis identifiable que Mme H se croit autorisée à attester que " [La directrice] se donne le droit de choisir si un agent peut ou pas bénéficiés (sic) des avantages pourtant votés et validés par le CCAS pour tous les agents en poste. ".
8. Ensuite encore, les déclarations relatives à l'incident de la distribution des cadeaux, daté de 2018 selon les parties, de 2012 selon Mme D, deviennent de manière tout aussi invraisemblable un fait récurrent, parfaitement contesté en défense. L'attestation de Mme H mentionne seulement que " pour l'arbre de Noël 2018, il n'a pas été prévu de cadeaux pour les enfants de deux agents, dont ceux de Mme F C. ". Le fait est expliqué de manière parfaitement logique par la circonstance, non démentie, que Mme F était en congé, et qu'elle n'a pas inscrit préalablement et expressément, comme il l'est systématiquement indiqué aux agents, ses enfants à " l'arbre de Noël ".
9. Enfin, s'agissant de l'incident de 2017, il convient de constater que Mme F s'est vue autorisée à quitter le service en avance, comme elle finit par en convenir, et rien au dossier ne vient confirmer une attitude inappropriée de la directrice à cette occasion.
10. Ainsi, soit que les griefs qui peuvent être regardés établis ne révèlent aucun harcèlement moral, soit que ces griefs sont inventés de toute pièce par un groupe d'agents agissant, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, de manière concertée et exclusive de bonne foi, la demande de Mme F doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Il résulte nécessairement de ce qui précède que ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Mme F, qui succombe à l'instance, n'est pas fondée à demander l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en sa faveur. La somme de 1000 euros doit être mise à sa charge sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Mme F paiera au centre communal d'action sociale de Beauregard l'Evêque la somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, au centre communal d'action sociale de Beauregard l'Evêque et à la commune de Beauregard l'Evêque.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
M. Coquet, président assesseur,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. B
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026