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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102175

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102175

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAVK AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B, qui demandait l’annulation d’un permis de construire modificatif délivré à son voisin. Le tribunal a jugé la requête irrecevable, faute pour M. B de justifier d’un intérêt à agir, car les modifications apportées (toiture, couleur, porte) n’affectaient pas directement ses conditions de jouissance. L’intérêt à agir devait s’apprécier uniquement au regard du permis modificatif, et non du permis initial non contesté. La décision s’appuie sur l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentéjac,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 17 décembre 2019 du maire de la commune de Durtol, un permis de construire a été délivré à M. A en vue de l'extension de sa maison d'habitation. Par arrêté du 22 juin 2021, un permis de construire modificatif portant sur la toiture, la couleur du bâtiment et la porte d'entrée lui a été délivré. M. B a exercé, le 20 août 2021, un recours gracieux contre cette dernière décision. Par une décision du 30 septembre 2021, la commune de Durtol a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir utilement contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction

4. M. B, voisin immédiat de M. A, n'a pas contesté le permis de construire initial délivré à ce dernier et portant sur un projet d'extension de sa maison individuelle en limite de propriété délivré par arrêté du 17 décembre 2019. L'intérêt à agir de M. B doit, dès lors, s'apprécier au regard de la portée des modifications apportées par le permis de construire modificatif au projet de construction initialement autorisé.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de permis de construire modificatif que le permis de construire modificatif délivré à M. A le 22 juin 2021 porte sur l'abaissement d'une partie de la toiture, la couleur d'une partie du bâtiment et la porte d'entrée. M. B, qui se borne à indiquer, en réponse à la fin de non-recevoir qui lui a été opposée, que la modification du permis modifie les conditions de jouissance de son terrain au regard de la vue dont il dispose alors que la toiture est abaissée par rapport au projet initial, ne justifie pas que le permis de construire modificatif, eu égard à son objet, serait susceptible d'affecter directement ses conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien, étant relevé, en tout état de cause, que l'origine du désagrément qu'il dénonce, qui est lié à la perte de vue, trouve sa source dans le seul permis de construire initial. Dans ces conditions, les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation du permis de construire modificatif du 22 juin 2021 sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à M. D A et à la commune de Durtol.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente-rapporteure,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJAC

L'assesseur le plus ancien,

J-M. DEBRION

Le greffier,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102175

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