jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2102255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | MERAL-PORTAL-YERMIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2021 et le 22 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Meral, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet du Cantal a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet du Cantal de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles combinés 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas eu communication de l'avis de la commission du titre de séjour ; ses droits à la défense ont été méconnus en ce qu'il n'a pas été mis à même d'émettre des observations sur cet avis ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; il n'est pas justifié qu'il constitue une menace pour l'ordre public ; les considérations d'ordre public doivent au demeurant être conciliées avec la nécessité qu'il puisse continuer à rendre visite à sa fille ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet ne justifie pas qu'il représente une menace pour l'ordre public ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France depuis plus de trois mois ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il est entaché d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et demande que soit substitué aux dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 3° du même article.
Par ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente du tribunal a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme C a donné lecture de son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, est entré irrégulièrement en France le 20 août 2017. Le 28 août 2017, M. B a reconnu la paternité de son enfant de nationalité française, né le 28 septembre 2015. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 6 juin 2018 au 5 juin 2019 en qualité de parent d'un enfant français. Le 17 mai 2019, M. B a demandé le renouvellement de son titre de séjour, demande clôturée en l'absence d'un dossier complet. Il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour au titre de l'article 6 de l'accord franco-algérien auprès des services préfectoraux le 18 septembre 2020. Par un arrêté du 26 octobre 2021, le préfet du Cantal a refusé de lui accorder ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Ces stipulations ne privent toutefois pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;(). ". Et aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. " Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, du L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux parents d'un enfant français mineur résidant en France.
4. En l'espèce, M. B fait valoir que l'avis de la commission du titre de séjour qui s'est réunie le 30 septembre 2021 ne lui a pas été communiqué préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que si, par courrier du préfet du Cantal remis au requérant le 26 octobre 2021, l'intéressé a été informé du sens de l'avis de la commission du titre de séjour, ni ce courrier, ni aucune autre pièce du dossier ne permet d'établir que la motivation de cet avis aurait été porté à sa connaissance avant l'intervention de la décision en litige. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Cantal a méconnu les dispositions précitées.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire :
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ;(). ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). "
7. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de faits qui en constituent le fondement. Par suite, elle satisfait aux exigences de motivation.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour détenu par M. B en qualité de parent d'enfant français a expiré le 5 juin 2019. Si l'intéressé avait sollicité le renouvellement de ce titre, il n'est pas contesté que le dossier, incomplet, a été clôturé. Par suite, à la date de la décision en litige, M. B ne résidait pas régulièrement en France au sens des dispositions précitées depuis plus de trois mois de sorte que c'est à bon droit que le préfet du Cantal s'est fondé sur les dispositions citées au point 6.
9. En troisième lieu, pour caractériser la menace à l'ordre public, le préfet du Cantal a relevé que M. B avait commis de nombreux délits depuis 2018, et notamment des faits répétés de violence sur conjoint, dont certains ont été commis avec une arme pour lesquels il a été condamné à 4 mois de prison ferme par le tribunal judiciaire d'Aurillac le 1er octobre 2019, ainsi que des faits en rapport avec l'usage et la détention illicite de stupéfiants et de recel de bien provenant d'un vol. Si l'intéressé, qui se borne sur ce point à soutenir qu'il appartient au préfet de justifier de la réalité de ses dires, fait état de la présence de sa fille âgée de 6 ans en France avec laquelle il entretiendrait des liens quotidiens, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a reconnu sa fille qu'à l'âge de deux ans, qu'il ne réside pas avec cette dernière et ne justifie pas contribuer à son entretien et son éducation en se bornant à produire quelques factures d'achats et quelques témoignages. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé, ainsi que de ces agissements, Dans ces conditions, eu égard à la nature et au nombre d'infractions commises, le préfet du Cantal n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. B sur le territoire français constituait une menace à l'ordre public et n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet du Cantal de réexaminer la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 octobre 2021, en tant que le préfet du Cantal a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cantal.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
Mme Trimouille, première conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La présidente,
S. C
L'assesseur le plus ancien,
J-F. BORDES
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026