mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2102530 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP HILLAIRAUD & JAUVAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2021 et le 24 juin 2022, M. A C, représenté par la SCP Hillairaud-Jauvat, Me Jauvat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Allier du 3 septembre 2021 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée :
- de vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- d'erreur de fait et de droit quant au défaut d'authenticité de ses actes d'état civil ;
- de violation des articles L. 435-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'" erreur manifeste d'appréciation " ;
- de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de retour sont entachées :
- de défaut de base légale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;
- de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, se disant être né le 7 septembre 2002 en Côte d'Ivoire, est entré en France le 28 mars 2019 selon ses déclarations, et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Allier par une décision du tribunal de grande instance de Moulins du 9 août 2019. A sa majorité, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 septembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Allier a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement, vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", lequel dispose que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
4. Pour refuser le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Allier a notamment relevé que les actes d'état civil produits par M. C ont fait l'objet d'un avis défavorable des experts en fraude documentaire de la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF), notamment en l'absence de support sécurisé, et de mention de la profession et du domicile des parents rendant ces actes incomplets au regard de l'article 52 du code de l'état civil ivoirien. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a produit lors de sa demande un acte de naissance du registre de l'année 2015, " n° 89 du 6 juillet 2015 ", délivré le 18 septembre 2020, transcrivant un jugement supplétif " n° 380 du 10 mars 2015 ", ainsi qu'un extrait du même acte délivré le 16 janvier 2019, extrait pourtant du registre de " l'année 2002 ". Dans la présente instance, le requérant, qui ne conteste d'ailleurs pas précisément les anomalies relevées par la DZPAF, produit un nouvel extrait d'acte de naissance " n° 1137 du 16 juillet 2021 ", délivré le 19 juillet 2021, transcrivant un nouveau jugement supplétif " n° 094 du 7 juillet 2021 " rendu par le tribunal de première instance de San Pedro. Ce nouveau jugement supplétif mentionne qu'" il résulte des productions au dossier que l'acte de naissance n° 89 dressé le 6 juillet 2015 au bénéfice de A C, par le centre d'état civil de la commune de San Pedro, suivant jugement supplétif d'acte de naissance n° 380 du 10 mars 2015, supposé rendu par la section détachée de Sassandra, l'a été en violation de la loi susvisé (sic), ledit jugement n'ayant aucune trace de son existence dans les registres d'audience du Greffe de cette juridiction ", et qu'il convient " dès lors de suppléer au défaut d'acte de naissance du concerné ". En outre, alors que le requérant allègue n'avoir plus de contact avec sa famille, il ressort des motifs de ce supposé jugement que la procédure aurait été engagée sur requête de sa propre mère, et alors que sa demande était en cours d'instruction à la préfecture. Ces pièces, dont l'authenticité est fortement sujette à caution en raison de ces incohérences et invraisemblances, ne sont pas de nature à établir le caractère authentique de l'état civil déclaré par M. C, alors même qu'un passeport lui a été délivré le 6 septembre 2021 par les autorités ivoiriennes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet serait entachée d'erreur de fait ou de droit sur le motif tiré de la fraude.
5. Au demeurant, le préfet s'est aussi fondé sur l'absence de suivi par l'intéressé d'une formation qualifiante depuis au moins six mois. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision, M. C était scolarisé en classe " UPE2A " au lycée Jean Monnet à Yzeure, en raison de sa faible connaissance du français. S'il a signé à la suite, une convention de stage le 6 septembre 2021 pour suivre un CAP de " services aux personnes et vente en espace rural ", ainsi qu'un " contrat d'accueil provisoire jeune majeur " avec le département de l'Allier, avec effet du 1er août au 31 décembre 2021, ces circonstances, pas plus que le " stage découverte en entreprise " effectué en février 2020, ne sont de nature à démontrer qu'il remplissait la condition relative au suivi d'une formation qualifiante prévue à l'article L. 435-3 précité à la date de la décision attaquée. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que M. C serait effectivement dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions.
6. Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Le requérant se borne à se prévaloir d'une durée de séjour en France de deux ans et demi. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation, ni de violation de l'article L. 423-23, en considérant que M. C ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Pour les mêmes motifs, la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
9. Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que dans le cas de l'étranger qui remplit effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Allier n'avait donc pas à soumettre son cas à la commission du titre de séjour.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de renvoi :
10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de renvoi ne sont pas privées de base légale du fait de l'illégalité du refus de séjour, ni entachées de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
Mme Luyckx, première conseillère,
M. Panighel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
N. B
La présidente,
C. COURRET La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026