jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200212 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | FAURE-CROMARIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Faure Cromarias, demande au tribunal, au dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 12 octobre 2021 le concernant ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de huit jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à tout le moins qu'il soit prescrit à la préfète de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de huit jours à compter du prononcé du jugement à intervenir en lui délivrant un récépissé avec autorisation de travailler, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le préfet du Puy-de-Dôme à lui payer et porter la somme de 1500 euros au titre des frais irrépétibles, incluant notamment la somme de 13 euros correspondant au droit de plaidoirie laissé à sa charge ;
4°) de mettre à la charge du préfet du Puy-de-Dôme la somme de 2500 euros à payer à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est signé d'une personne incompétente à ce faire ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la procédure méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3°, 9ème alinéa, du code de l'entrée et du séjour et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de l'état de santé ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la procédure méconnaît l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision désignant la Géorgie comme pays d'éloignement méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Faure-Cromarias, avocate de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. C est ressortissant de la république de Géorgie. Il a séjourné sur le territoire à compter du 3 janvier 2013. Il a vainement sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié et a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire le 9 septembre 2014. Lui-même déclare être retourné en Géorgie le 20 novembre 2015. Puis, il s'est de nouveau rendu en France le 14 juin 2017 selon ses déclarations, où il a déposé une demande de " réexamen " auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, rejetée à nouveau le 22 septembre 2017, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 9 juillet 2018. Le 16 novembre 2020 selon le préfet, le 14 juin 2018 selon M. C, il a déposé une demande de délivrance d'un titre de séjour en faisant état de sa santé. Le rejet de cette demande, assorti d'une nouvelle obligation de quitter le territoire et de la décision désignant la Géorgie comme pays à destination duquel il sera éloigné s'il ne quitte pas spontanément le territoire font l'objet de la présente requête.
Sur l'annulation :
2. En premier lieu, un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 24 septembre 2021 porte délégation de signature à M. D, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception des déclinatoires de compétences et arrêtés de conflit, et de celles qui font l'objet d'une délégation au chef d'un service déconcentré d'une administration civile de l'Etat dans le département. Le moyen d'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision identifie les considérations de droit dont le préfet a cru pouvoir faire application et mentionne des faits que cette autorité a cru devoir retenir, à telle enseigne au demeurant que M. C est en mesure de soutenir que l'un de ces faits est erroné. Le moyen d'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, la décision attaquée fait état de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sollicité sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'eu égard aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, l'intéressé peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Cet avis fait foi jusqu'à preuve du contraire, et la régularité de son établissement n'est pas contestée par des éléments probants. Le moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il n'est pas contesté en défense qu'une demande de titre de séjour a été déposée en préfecture le 14 juin 2018. En observant que le préfet mentionne une demande du 16 novembre 2020, M. C ne fait pas ressortir que la décision eût été différente si cette autorité avait tenu compte de la date du 14 juin 2018. Le moyen d'erreur de fait doit être écarté.
6. En cinquième lieu, en vertu des dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le séjour est autorisé de plein droit à l'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui ne peut effectivement pas être pris en charge dans son pays d'origine, et ne peut être alors éloigné. Mais, outre que M. C, étranger sans droit ni titre ni domicile fixe, se maintenant malgré des décisions de justice défavorables ne peut être regardé comme résidant habituellement sur le territoire au sens et pour l'application de ces dispositions, il ne justifie pas de l'impossibilité de bénéficier d'un traitement adapté à son état dans son pays d'origine en produisant des certificats de médecins traitants, sans qualité d'expert les autorisant à qualifier son droit au séjour ou à apprécier l'état du système de santé géorgien. Si son praticien traitant atteste que le traitement qui est proposé à l'intéressé ne peut être sans effets secondaires indésirables équilibré avec les seules molécules figurant sur la liste des médicaments indispensables établie par l'Organisation mondiale de la santé pour son affection, il n'en résulte pas pour autant, comme il se déduit de l'avis du collège de médecins de l'OFII, qu'il ne pourra être effectivement pris en charge en Géorgie. Le moyen doit être écarté.
7. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en l'espèce de la décision attaquée, que le préfet s'est cru tenu par l'avis du collège de médecins de l'OFII de refuser la délivrance du titre sollicité. Le moyen doit être écarté.
8. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En faisant état de ce que son manque d'autonomie l'oblige à rester auprès de son épouse, elle-même sans droit ni titre à séjourner, M. C ne fait pas ressortir que le préfet s'est ingéré dans son droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance, affirmé par le §1 des stipulations précitées de manière disproportionnée à la défense des intérêts publics dont il a la charge en application du §2. Le moyen doit être écarté.
9. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
10. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles cités par le 1° et le 2° de cet article L. 423-13 et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Pour tous les motifs précédemment indiqués, M. C ne remplissait pas les conditions prévues par ces dispositions. Ainsi, le préfet n'était pas tenu de soumettre sa demande de titre de séjour à la commission du titre de séjour avant de la rejeter. Le moyen tiré du vice de procédure ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. En neuvième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ne peut être pris en charge de manière appropriée en Géorgie, en sorte qu'en tout état de cause le moyen tiré de ce qu'il pourrait faire l'objet de traitements inhumains et dégradants proscrits par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur l'injonction sous astreinte :
12. Il résulte de tout ce qui a été dit ci-dessus que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté doivent être rejetées. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées de même.
Sur les frais :
13. M. C ne l'emportant pas au procès, il n'est pas fondé à demander l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
M. Coquet, président assesseur,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. A
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026