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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200303

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200303

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantKHANIFAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. A B, représenté par Me Khanifar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 30 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 al. 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il réside habituellement en France depuis plus de 10 ans auprès de ses parents âgés, qui dépendent de lui ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a refusé de lui délivrer un titre sur le fondement de l'alinéa 2 du même article, alors qu'il réside en France depuis plus de 10 ans ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet a refusé de lui délivrer un titre sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il entretient avec ses parents des liens intenses, anciens et stables sur le territoire français ;

- il ne dispose d'aucun lien personnel et familial en Tunisie ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 avril 2022.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, est entré irrégulièrement sur le territoire national en 2008, selon ses déclarations. En réponse à sa demande de titre de séjour présentée le 27 octobre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a, par un arrêté du 6 janvier 2022, rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

3. À l'appui de sa requête, M. B soutient d'une part qu'il réside auprès de ses parents dont l'état de santé dégradé nécessite sa présence en qualité d'aidant familial, d'autre part, qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis plus de dix ans. Une copie de cette requête a été communiquée le 11 février 2022 au préfet du Puy-de-Dôme, qui a été mis en demeure le 6 avril 2022 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié en 2006 en Tunisie à une compatriote, et qu'il a, en 2018, sollicité un visa des autorités consulaires néerlandaises en Tunisie, circonstances sur lesquelles il ne s'explique pas à l'occasion de la présente instance. Il n'allègue pas non plus être le seul aidant de ses parents en France, d'autant plus que le certificat médical qu'il produit s'adresse " aux enfants. " Dans ces conditions, quand bien même le préfet n'a pas répondu à la mise en demeure de produire un mémoire qui lui a été faite, l'ensemble des faits invoqués par le requérant ne saurait être tenu pour établi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. M. B soutient qu'il réside en France de manière continue depuis plus de dix ans, établit qu'il réside auprès de ses parents et fait valoir que, eu égard à leur âge avancé et à leur état de santé dégradé, sa présence auprès d'eux est nécessaire, tant pour la vie courante que pour l'accès aux soins. Toutefois, il n'allègue pas être la seule personne susceptible de leur apporter le soutien nécessaire, et le certificat médical établi le 8 février 2022 par le docteur C, ophtalmologiste, porte la mention " pour enfants ", au pluriel. Concernant la durée de son séjour en France, M. B ne s'explique pas sur sa demande de visa auprès des autorités consulaires néerlandaises de Tunisie en 2018, date à laquelle il se trouvait donc sur le territoire de son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a épousé en 2006 une ressortissante tunisienne en Tunisie, dont il n'allègue ni être séparé ni qu'elle se soit installée en France avec lui, de sorte qu'il n'établit pas que le centre de sa vie privée et familiale se trouve en France. Dès lors, M. B n'apparaît pas fondé à invoquer la méconnaissance par le préfet des dispositions rappelées aux points 4 et 5, ni à soutenir que celui-ci aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

7. Par suite, les conclusions en annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. B sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

Mme Trimouille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

C. D

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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