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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200361

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200361

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 février et 10 mai 2022, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de résident dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai un récépissé ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour mention " salariée " dans un délai de trente jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir, et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai un récépissé ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai un récépissé ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Concernant l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

Concernant la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen, dès lors qu'elle mentionne à tort qu'il est " célibataire sans enfant " et qu'elle omet de statuer sur sa demande complémentaire du 6 octobre 2021 sur le fondement de l'article L. 414-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 412-5 du même code, dès lors que le préfet n'a pas mis en balance la menace pour l'ordre public qu'il représente et la gravité des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ; les faits qui lui sont reprochés se sont produits une seule fois et sont relativement anciens ;

- il remplit les conditions pour obtenir un titre sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3, dès lors qu'il est entré en France entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans, qu'il a obtenu un CAP boulangerie et qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée ;

- la décision litigieuse méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants tel que défendu par l'article 3-1 de la convention de New-York.

Concernant l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, dès lors que la décision portant refus de titre sur laquelle elle se fonde est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il a sollicité l'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 414-3, sans recevoir de réponse ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Concernant la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Concernant l'injonction :

- il sollicite l'application de la jurisprudence Eden et, à titre principal, qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour plutôt qu'il lui soit simplement enjoint de réexaminer sa situation.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 avril 2022.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du 26 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New York du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Bourg, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, est entré sur le territoire français en 2016, à l'âge de 16 ans, et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Le 30 janvier 2018, il a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 6 octobre 2021, il a complété sa demande en la fondant également sur les dispositions de l'article L. 424-3, dès lors que ses deux filles se sont vu reconnaître le statut de réfugié. En réponse, par un arrêté du 27 octobre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté cette demande, a obligé M. A à quitter le territoire français et a fixé la Guinée comme pays de destination. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

3. À l'appui de sa requête, M. A soutient notamment d'une part qu'il est le père de deux enfants qui se sont vus reconnaître le statut de réfugié et que, d'autre part, il a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme, le 6 octobre 2021, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 414-3 du code de l'entrée et du séjour. Enfin, s'il ne conteste pas les faits commis à l'égard de la mère de ses enfants, il allègue que ces faits de violence ne se sont produits qu'une fois. Une copie de cette requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme, qui a été mis en demeure le 6 avril 2022 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par M. A ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme doit être réputé avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : / () 4° Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée. L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté, en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. "

5. D'une part, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué, qui décrit le requérant comme " célibataire et sans enfant ", que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas pris en compte la situation familiale de M. A, et notamment la circonstance, qu'il établit par la production de leurs actes de naissance, qu'il est père de deux enfants nés en France en 2019 et 2020.

6. D'autre part, M. A fait valoir, sans être contredit ainsi qu'il a été dit au point 3, qu'il a, par un courrier reçu en préfecture le 6 octobre 2021, complété sa demande de titre de séjour en invoquant l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet n'a pas examiné la situation de M. A au regard de ces dispositions.

7. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision litigieuse du 27 octobre 2021 portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre celle-ci.

8. Dès lors que la décision portant refus de titre de séjour attaquée est illégale, M. A est également fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination prises à son encontre le même jour.

Sur l'injonction :

9. Dans les circonstances de l'espèce, l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021 implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la demande du requérant, dans un délai de trente jours à compter de la mise à disposition du présent jugement.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au profit du conseil de M. A sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté la demande de titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trente jours à compter de la mise à disposition du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. A une somme de 900 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

Mme Trimouille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

C. C

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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