mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200430 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | FAURE-CROMARIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2022, Mme E G, représentée par Me Cromarias, demande au tribunal, au dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2021 du préfet du Puy-de-Dôme portant refus de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à tout le moins qu'il soit prescrit à la Préfète de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de 8 jours à compter du prononcé du Jugement à intervenir en lui délivrant un récépissé avec autorisation de travailler, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le préfet du Puy-de-Dôme à lui payer et porter la somme de 1500 euros au titre des frais irrépétibles, étant précisé que ces frais incluent notamment la somme de 13 euros correspondant au droit de plaidoirie laissé à la charge de la requérante ;
4°) de condamner le préfet du Puy-de-Dôme à payer et porter à Maître Isabelle Faure Cromarias la somme de 2500 euros correspondant au montant des sommes qui auraient été réclamées à la requérante en cas de refus de l'aide juridictionnelle, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, étant précisé que le requérant et son conseil s'engagent à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en cas de condamnation et de paiement par le préfet à ce titre.
Elle soutient que :
- M. C n'a pas compétence pour signer la décision ;
- la décision méconnaît les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision méconnaît l'obligation posée à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de recueillir l'avis d'un collège de médecins ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;
- l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article L. 611-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination sont nulles par voies de conséquence de l'illégalité du refus de séjour puis de l'obligation de quitter le territoire ;
- la fixation du pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 janvier 2022, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme G.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R.425-11 à R.425-13, R.611-1 et R.611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment son article 6 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G, ressortissante serbe, est entrée en France le 10 février 2012 avec pour compagnon M. D B. Déboutée du droit d'asile en dernier lieu par jugement de la Cour nationale du droit d'asile du 19 novembre 2013, elle n'a pas déféré à l'obligation subséquente de quitter le territoire, confirmée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 25 janvier 2018. Mme G entend désormais se maintenir sous le couvert d'un titre de séjour délivré pour raison de santé. Elle vient contester le nouveau refus de séjour qui lui a été opposé le 22 décembre 2021, assorti d'une obligation de quitter le territoire et de la décision désignant le pays d'un éloignement contraint.
Sur l'annulation :
2. En premier lieu M. Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, était habilité à signer l'arrêté litigieux par délégation du préfet du Puy-de-Dôme consentie le 24 septembre 2021. Le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu l'arrêté attaqué comporte le visa de dispositions et stipulations de droit dont le préfet a cru devoir faire application et mentionne des faits qu'il a cru pouvoir retenir. En outre, c'est conformément au principe du secret médical, et dans la mesure où Mme G, qui seule le pouvait, ne soutient pas avoir communiqué au préfet des pièces de son dossier de patiente, que le préfet s'est borné à s'approprier un avis se bornant lui-même à préciser les mentions limitativement énumérées à l'article 6 du décret du 27 décembre 2016. Le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, Mme G relève ce motif de la décision : " Madame G E ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, à savoir la Serbie, où résident son concubin Monsieur B D, ressortissant serbe, et son fils issu d'une précédente union, et dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans ". Elle le soutient factuellement erroné, dès lors que son fils vivrait en Suisse et qu'elle serait sans nouvelle de celui qui ne peut être qualifié de " concubin " puisqu'elle ne partage pas sa couche. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que, si le préfet avait admis qu'elle est sans relations poursuivies avec B D et que son fils vit en Suisse, il aurait été conduit à apprécier différemment le seul point pertinent qui est de savoir si elle dispose en France de " liens personnels familiaux anciens, intenses et stables. ". Le moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, copie de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est remis au dossier par le préfet. En se bornant à exposer que le préfet devra justifier que l'avis a bien été signé en personne et de façon manuscrite par les différents médecins concernés, et des conditions de la collégialité, Mme G tend à une vérification d'écritures dilatoire et frustratoire. Le moyen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, d'une part, c'est sans erreur de droit que le préfet n'a tenu compte que de l'avis du collège de médecins pour apprécier l'état de santé de Mme G dès lors en tout état de cause que celle-ci ne soutient pas lui avoir remis d'autres pièces. D'autre part, Mme G produit un certificat de son médecin traitant, établi le 23 février 2022, aux termes duquel : " Je suis son médecin traitant depuis 03-2012. Elle présentait à son arrivée en France un syndrome de stress post-traumatique important qui nécessite un suivi psychiatrique avec des traitements psychotropes et une psychothérapie de soutien. Malgré ce suivi elle a décompensé ses troubles avec tentative de suicide et hospitalisation. Actuellement elle a toujours besoin d'un traitement et d'un soutien régulier et ses difficultés personnelles et sociales (absence d'hébergement stable) entretiennent et réactivent son stress post-traumatique et ses difficultés psychologiques présentes. ". Ce certificat ne dément nullement l'avis du collège de médecins de l'OFII, selon lequel l'état de santé de Mme G nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
7. En sixième lieu, Mme G fait valoir sa présence sur le territoire depuis dix ans. Toutefois, l'instabilité de sa situation, les difficultés sociales qu'elle rencontre dans une situation de précarité, attestées notamment par le Dr F, ne font pas ressortir qu'en lui refusant le séjour et en l'obligeant à quitter le territoire , le préfet s'est ingéré dans son droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance, affirmé par le §1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de manière disproportionnée aux nécessités de la défense des intérêts dont il a la charge en application du §2.
8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;
2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Mme G soutient que, demandant un titre de séjour sur le fondement de l'article L.425-9, le préfet était tenu de saisir cette commission, ce à quoi il n'a pas satisfait.
9. Mais il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme G ne justifie pas satisfaire aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme, avant de se prononcer sur sa demande de titre de séjour, n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure à raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.
10. En huitième lieu, en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui alors ne peut bénéficier dans le pays de renvoi d'un traitement approprié, ne peut être obligé à quitter le territoire. Mme G n'est pas fondée à se maintenir sur ces dispositions, ces conditions n'étant pas remplies ainsi qu'il vient d'être dit au point 6.
11. En neuvième lieu, aucun des moyens propres dirigés contre le refus de séjour, puis l'obligation de quitter le territoire n'a été accueilli. Mme G n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire, puis la fixation du pays de destination sont illégales par voie de conséquence.
12. En dixième lieu, Mme G invoque l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la fixation de la Serbie comme destination d'éloignement par défaut. Mais, à supposer même que la Serbie ne fournisse pas de traitements appropriés à son état, eu égard en tout état de cause à l'absence de conséquences d'une gravité exceptionnelle du défaut de prise en charge médicale, elle ne peut sérieusement prétendre être exposée à des traitements inhumains et dégradants. Le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.
Sur l'injonction :
14. Il ne se déduit pas nécessairement de ce qui précède que ces conclusions dussent être accueillies.
Sur les frais :
15. Mme G ne l'emportant pas au procès, elle n'est pas fondée à demander l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gazagnes, président,
M. Coquet, président assesseur,
Mme Trimouille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. A
Le président,
Ph. GAZAGNES Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026