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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200432

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200432

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantKHANIFAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 24 février 2022 et le 7 février 2023, M. A B, représenté par Me Idchar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 12 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou un titre de séjour de régularisation, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.

Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mars 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, a sollicité, par courrier du 7 août 2020 reçu le 11 août suivant, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 12 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, le requérant ne peut pas utilement soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui délivrer un titre de séjour dès lors que ces dispositions sont relatives aux mesures d'éloignement et ne concernent pas le droit au séjour d'un ressortissant étranger sur le territoire français.

3. En deuxième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1 du même code le 1er mai 2021, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.

4. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. En l'espèce, d'une part, le préfet a rappelé que M. B était célibataire et sans enfant et a estimé que ce dernier ne justifiait pas de la présence, en France, de liens privés et familiaux intenses, anciens et stables. D'autre part, le préfet a considéré que le requérant ne pouvait pas se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, faute de produire, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un visa de long séjour. Enfin, le préfet a estimé que l'intéressé ne démontrait pas son intégration par le travail, dès lors que son employeur n'a sollicité une autorisation de travail le concernant que le 3 juin 2020 alors qu'il emploie M. B depuis l'année 2015. Le préfet en a déduit que M. B ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels pouvant conduire à la prise d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme, qui a finalement appréhendé sa situation au-delà de la demande dont il était saisi, ainsi qu'il en avait la possibilité à titre gracieux, n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

6. En troisième lieu, M. B est célibataire et sans enfant. S'il justifie de l'exercice, en France, d'une activité professionnelle depuis l'année 2015, il ressort des pièces du dossier que cette activité n'a donné lieu à une demande d'autorisation de travail que le 3 juin 2020, de sorte que cette activité professionnelle en France a été exercée de manière irrégulière durant cette période. Il ne ressort de toute façon pas des pièces du dossier que cette demande d'autorisation de travail aurait abouti favorablement. En tout état de cause, à supposer même que l'autorisation de travail sollicitée le 3 juin 2020 aurait été accordée, cette seule circonstance ne saurait constituer à elle seule une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français en litige a pour fondement le refus de séjour qui a été opposé au requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en faisant application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour décider d'édicter une mesure d'éloignement.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Bien qu'il soit présent en France depuis près de huit années à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, M. B est, ainsi qu'il a été dit au point 6, célibataire et sans enfant et ne justifie pas exercer son activité professionnelle de manière régulière. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en décidant de prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 12 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que les conclusions qu'il présente sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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