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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200440

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200440

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP COLLET DE ROCQUIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2022 et 13 septembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par la SCP Collet - de Rocquigny - Chantelot - Brodiez - Gourdou et associés, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel la présidente du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire a refusé de la titulariser ;

2°) de condamner le service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) d'enjoindre au service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire de la réintégrer dans ses fonctions et de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter du 1er janvier 2022 dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge du service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a subi un préjudice moral qu'elle évalue à 2 000 euros ;

- elle a subi des troubles dans les conditions d'existence qu'elle chiffre à 3 000 euros ;

- son refus de titularisation trouve très certainement son origine dans une volonté de faire des économies dès lors qu'un service civique a immédiatement été recruté pour la remplacer ;

- la durée maximale d'un stage de titularisation étant fixée à un an, elle aurait dû être titularisée le 15 octobre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire, représenté par Me Roux, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Une ordonnance en date du 30 juin 2023 a fixé la clôture d'instruction au 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Ramirez (SCP Collet - de Rocquigny - Chantelot - Brodiez - Gourdou et associés), représentant Mme A, et de Me Roux, représentant le service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 7 octobre 2020, Mme A a été nommée adjoint technique territorial stagiaire pour la durée d'un an à compter du 15 octobre 2020. Constatant que le nombre de jours de congés rémunérés de l'intéressée au-delà du nombre de jours de congés annuels était supérieur à 1/10e de la durée globale du stage d'un an, la présidente du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Haute-Loire a prolongé le stage de l'intéressée de 49 jours par un arrêté du 23 septembre 2021. Par un nouvel arrêté du 1er décembre 2021, la présidente du SDIS de la Haute-Loire a prorogé le stage de l'intéressée pour la durée de 29 jours, jusqu'au 31 décembre 2021. Par un arrêté daté du 31 décembre 2021, la présidente du SDIS de la Haute-Loire a refusé de titulariser Mme A à l'issue de son stage. La requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la titularisation à l'issue de la période d'un an :

2. Aux termes de l'article 4 du décret du 4 novembre 1992 susvisé : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par les statuts particuliers des cadres d'emplois. / Sous réserve de dispositions contraires prévues par ces statuts et de celles résultant des articles 7 et 9 du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. Elle peut être prorogée d'une période au maximum équivalente si les aptitudes professionnelles du stagiaire ne sont pas jugées suffisantes pour permettre sa titularisation à l'expiration de la durée normale du stage. Cette prorogation n'est pas prise en compte dans le calcul de l'ancienneté lors de la titularisation de l'intéressé dans son nouveau grade ". Aux termes de l'article 8 du décret du 22 décembre 2006 susvisé : " Les candidats recrutés en qualité d'adjoint technique territorial sur un emploi d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public d'une collectivité territoriale, ainsi que les candidats inscrits sur une liste d'aptitude au grade d'adjoint technique territorial principal de 2e classe et recrutés sur un emploi d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public d'une collectivité territoriale, sont nommés stagiaires par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination pour une durée d'un an ".

3. Mme A soutient que dans la mesure où la durée maximale d'un stage de titularisation est fixée à un an, elle aurait dû être titularisée le 15 octobre 2021. Selon les dispositions précitées de l'article 8 du décret du 22 décembre 2006, la durée du stage auxquels sont soumis les adjoints techniques territoriaux est d'un an. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article 4 du décret du 4 novembre 1992 que cette durée peut être prorogée d'une période au maximum équivalente si les aptitudes professionnelles du stagiaire ne sont pas jugées suffisantes pour permettre sa titularisation à l'expiration de la durée normale du stage. Or, la requérante ne conteste pas que, par un arrêté du 1er décembre 2021, la durée de son stage a été prorogée jusqu'au 31 décembre 2021 dès lors qu'il avait été constaté que ses aptitudes professionnelles ne justifiaient pas sa titularisation en fin de stage. Dans ces conditions, et contrairement à ce qu'elle soutient, Mme A ne disposait pas d'un droit à titularisation à compter du 15 octobre 2021. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'appréciation justifiant le refus de titularisation :

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a effectué son stage d'adjoint technique territorial du 15 octobre 2020 au 31 décembre 2021 en qualité de logisticienne du groupement dit " service de santé et de secours médical ". Selon sa fiche de poste, l'intéressée participait à la gestion de la pharmacie à usage interne, à la gestion du matériel biomédical et médico secouriste ainsi qu'au soutien de l'activité opérationnelle du service de santé et de secours médical.

5. La requérante fait valoir qu'à la suite à son entretien professionnel du 27 septembre 2021, sa manière de servir a été jugée satisfaisante dans la mesure où il a été relevé qu'elle était un agent sérieux dans son activité qui rendait un travail appliqué dont l'intégration au sein de son équipe de travail était en nette amélioration malgré des débuts difficiles et qui devait gagner en autonome et en assurance ; qu'elle était parfaitement intégrée dans son service ; qu'elle a été soumise aux injonctions contradictoires de la médecin-commandante et de la pharmacienne-commandante qui ne s'appréciaient pas et qu'elle a tenté de concilier ces instructions en ménageant leurs susceptibilités ; que plusieurs collègues, notamment de son service, semblaient satisfaits de leurs rapports avec elle ; qu'elle gérait seule les commandes ; qu'elle a participé aux missions imprévues liées à la pandémie de covid 19 comme le ravitaillement en masques à récupérer à Lyon en les conciliant avec ses autres tâches ; qu'il ne peut sérieusement lui être reproché de n'avoir pas réalisé des missions qui ne relevaient pas de ses attributions alors qu'elle les a tout de même exécutées ; qu'elle s'est investie dans ses fonctions bien souvent au-delà de ses heures de travail et qu'elle n'a pas manqué d'initiative puisqu'elle a créé des fichiers informatiques et a fait état dans un but constructif d'une nécessaire adaptation des locaux.

6. Toutefois, il ressort du rapport établi le 16 novembre 2021 par l'autorité territoriale en vue de la saisine de la commission administrative paritaire, qu'outre des difficultés importantes en informatique, il était reproché à Mme A des défaillances répétées dans ses relations professionnelles ainsi que dans son attitude générale. Ainsi, selon ce rapport, de manière récurrente, l'intéressée a fait preuve d'un comportement désagréable et irascible émaillé de réactions intempestives tant vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques que d'autres agents, en répondant de manière déplaisante aux sollicitations de certains de ces derniers, en s'emportant en cas de désaccord en particulier sur son régime indemnitaire, en n'acceptant la notification d'un arrêté la concernant ou une mission qui lui était assignée qu'après avoir s'y être âprement opposée. De même, le rapport susmentionné relève que Mme A faisait preuve de fortes réticences et marquait rudement sa désapprobation lorsqu'elle était sollicitée pour des missions imprévues et qu'elle ne proposait jamais spontanément son aide à ses collègues, y compris lors de la crise sanitaire, lorsque ceux-ci subissaient des surcroîts de sollicitation. Ces constatations, qui ne sont pas sérieusement contestées par la requérante, sont corroborées par les déclarations de la médecin-commandante qui indiquait qu'elle craignait ses réactions impulsives et devait toujours s'adresser à elle avec précaution, qu'elle avait été destinataire de retours de sapeurs-pompiers et d'infirmières l'informant de leurs difficultés à échanger avec Mme A et que cette dernière montrait de grandes difficultés à s'adapter à une tâche qui " perturbait son quotidien " si bien que sa première réaction était souvent de refuser cette tâche puis, après l'avoir exécutée, de reprocher d'avoir été obligée de l'accomplir. Pour sa part, la pharmacienne-commandante a relevé des sautes d'humeur de l'intéressée ainsi que les difficultés de positionnement de cette dernière par rapport à sa hiérarchie. Également, un collègue infirmier lui a imputé ses réactions inadaptées et un manque de maîtrise de ses émotions. Enfin, si la requérante se prévaut de deux attestations d'agents du SDIS de la Haute-Loire témoignant de son sérieux, de sa serviabilité et de sa courtoisie, ces déclarations qui ne concernent qu'une part superficielle de l'activité de l'intéressée, ne suffisent pas, par elles-mêmes et à elles seules, à remettre en cause les constatations opérées par l'autorité territoriale quant à l'intégralité de sa manière de servir. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la présidente du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Loire a pu refuser de titulariser Mme A en qualité d'agent social territorial.

7. Alors, ainsi qu'il a été énoncé précédemment, que son refus de titularisation était justifié par sa manière de servir, aucun des éléments du dossier ne tend à corroborer les allégations de Mme A selon lesquelles la décision attaquée trouverait son origine dans une volonté de faire des économies dès lors qu'un service civique a immédiatement été recruté pour la remplacer. Par suite, le détournement de pouvoir, tel que soulevé par la requérante, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel la présidente du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Loire a refusé de la titulariser.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Compte tenu de ce qui précède, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de la titulariser la présidente du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Loire aurait commis une faute de nature à engager la responsabilité de cet établissement public. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions de la requérante tendant à la réparation de ses préjudices doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le SDIS de la Haute-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à Mme A la somme de 2 000 euros qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros demandée par le SDIS de la Haute-Loire en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Loire.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme R. Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200440

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