jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | NASSAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mars 2022, M. D D, Mme A B agissant pour eux-mêmes et pour l'enfant Adam D B, représentés par Me Nassar, demandent au tribunal :
1°) d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à M. D ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 du préfet du Cantal portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, interdiction de retour et fixant le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Cantal de délivrer à M. D une carte de résident ou à titre subsidiaire un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et en tout état de cause une autorisation provisoire de séjour, le tout dans un délai de trente jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir.
Ils soutiennent que :
- l'auteur de l'acte n'est pas compétent à le signer ;
- la décision méconnaît l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale des droits de l'enfant de 1989 ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire, l'interdiction de retour et la fixation du pays d'éloignement sont entachées d'illégalité par exception d'illégalité en cascade.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2022, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Par courrier du 11 août 2022, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office le défaut d'intérêt donnant qualité pour agir de Mme B et du jeune E D B.
Des observations en réponse ont été produites par Me Nassar dans l'intérêt des requérants, et enregistrées le 11 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
Sur la recevabilité de la requête :
1. Il n'est pas justifié de l'intérêt donnant qualité pour agir de Mme B et du jeune D, qui ne sont pas les destinataires de l'arrêté attaqué. La requête est irrecevable en tant qu'ils prétendent en être auteurs.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. D ne justifiant pas de demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la procédure, en fait :
3. M. D est ressortissant égyptien. Il a déclaré être entré irrégulièrement en France en avril 2016, à l'âge de 30 ans. Il n'a pas sollicité d'autorisation de séjour. A la suite d'un contrôle d'identité, il a été auditionné et a déclaré refuser de quitter le territoire et vouloir rester en France travailler dans le bâtiment, fût-ce sans autorisation de travail. Une obligation de quitter le territoire a été décidée le 19 février 2018, à laquelle il n'a pas satisfait, et qui n'a pas été exécutée par l'autorité administrative. Le 5 avril 2019, il a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire assortie d'une interdiction de retour de deux ans que ni lui ni l'autorité administrative n'ont cru devoir exécuter. Le 7 juillet 2020, une mise en demeure de quitter le territoire sans délai lui a été notifiée suite à interpellation. Il a déclaré ne pas vouloir retourner en Egypte, et signalé qu'il menait vie commune avec une ressortissante syrienne s'étant vue reconnaître la qualité de réfugiée. Il a déclaré la paternité d'un enfant né le 6 septembre 2020 de cette relation.
4. Le 23 mars 2021, il a contracté mariage avec cette ressortissante syrienne. Les parties conviennent de sa qualité de réfugiée, mais ne précisent pas la date de reconnaissance de cette qualité ni son motif. Toutefois, la date de délivrance de sa carte de résidente, soit le 17 juillet 2017, permet de présumer que la reconnaissance de cette qualité est antérieure à cette date.
5. Le 7 octobre 2021, il a déposé une demande d'autorisation de séjour, dont le rejet le 1er mars 2022, assorti une nouvelle fois d'une obligation de quitter le territoire et d'une interdiction de retour de deux ans, et fixant l'Egypte comme pays de destination, est l'objet du présent contentieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulations :
6. En premier lieu et contrairement à ce qui est soutenu d'habitude, le signataire de la décision attaquée, M. Wahid Fertiche, secrétaire général de la préfecture du Cantal, y est régulièrement habilité par délégation de signature arrêtée le 20 septembre 2021 par le préfet du Cantal, et publiée au recueil des actes administratifs du même jour.
7. En deuxième lieu, et aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à : () 2° Son conjoint ou son partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est postérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile, à condition que le mariage ou l'union civile ait été célébré depuis au moins un an et sous réserve d'une communauté de vie effective entre époux ou partenaires, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée ". A supposer que M. D, qui conclut à la délivrance d'une carte de résident à titre principal, mais par ailleurs souligne que le délai d'un an posé par les dispositions précitées n'est pas encore atteint à vingt jours près, le moyen n'est pas fondé pour ce dernier motif.
8. En troisième lieu, et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. En l'espèce, la situation de fait telle qu'analysée aux points 3 à 5 ci-dessus, affichant notamment avec assurance la parfaite et récurrente volonté de M. D de ne tenir aucun compte de la législation française en matière de séjour et du travail ne permet pas de considérer que l'ingérence de l'autorité administrative dans son droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance affirmé par le §1 est disproportionnée aux nécessités de la protection des intérêts dont la puissance publique a la charge en application du §2. Par ailleurs, l'épouse de M. D est autorisée à rester sur le territoire jusqu'en juillet 2027, mais rien ne permet au dossier de présumer que la protection dont elle bénéficie est appelée à être renouvelée, et rien n'indique que la famille, compte tenu des liens du mariage, ne peut pas poursuivre légalement son existence notamment en Egypte.
10. En quatrième lieu, tant à l'encontre du refus de séjour que de la fixation du pays de destination, M. D soutient que l'arrêté attaqué l'expose à des traitements inhumains et dégradants de la nature de ceux proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait valoir que l'Etat égyptien est susceptible de l'emprisonner ou de le mettre à l'amende dès lors qu'aucun système de substitution à la conscription n'est prévu. En se prétendant ainsi implicitement objecteur de conscience, M. D ne tient en tout état de cause aucun propos crédible, compte tenu notamment de son arrivée sur le territoire à l'âge de trente ans révolus.
11. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intérêt supérieur de l'enfant n'a pas été une considération primordiale pour l'autorité administrative.
12. En sixième lieu, au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à délivrer un titre de séjour à raisons de considérations humanitaires ou de circonstances exceptionnelles, motif sur lequel le juge des actes de l'administration exerce un contrôle restreint à l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé, il y a lieu de déclarer en l'espèce que cette erreur manifeste d'appréciation n'est pas caractérisée.
13. En septième lieu, il se déduit de tout ce qui précède que le refus de séjour n'est pas illégal, en sorte que l'obligation de quitter le territoire, puis à leur tour la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour ne sont pas illégales par la voie de l'exception.
14. Il suit de tout ce qui précède que les moyens sont écartés et les conclusions aux fins d'annulations sont rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreintes :
15. Il suit de tout ce qui précède qu'elles doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D D, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, et au préfet du Cantal.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
M. Coquet, président assesseur,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. C
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026