jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200544 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | REMEDEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Remedem, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la mise à disposition du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3 de la même convention ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'apparaît pas que cette décision soit justifiée par un besoin social impérieux, ni que ses conséquences ne seraient pas disproportionnées par rapport aux droits de Mme B et de son fils à bénéficier de soins ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet n'était pas en situation de compétence liée, quand bien même la demande d'asile avait été rejetée ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante, dès lors qu'un retour en Géorgie exposerait la requérante et son fils à un risque grave pour leur sécurité et pour leur santé.
Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces, enregistrées le 16 juin 2022.
Par une décision du 27 avril 2022, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme B.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de Me Remedem, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante géorgienne entrée en France en compagnie de son fils mineur en 2018 et déboutée de sa demande d'asile, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " accompagnant d'enfant malade. " Par un arrêté du 2 février 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé la Géorgie comme pays de destination. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 27 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle s'est prononcé sur la demande présentée par Mme B. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 24 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas les décisions attaquées.
4. En second lieu, l'arrêté litigieux comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, les certificats médicaux produits par la requérante, qui insistent au demeurant sur le fait que la communication avec Mme B et son enfant est rendue difficile par la barrière de la langue, le handicap de celui-ci, et l'absence d'informations fiables sur ses antécédents médicaux, sont très peu circonstanciés et dès lors ne sauraient suffire à remettre en cause l'appréciation du collège des médecins de l'OFII sur laquelle le préfet s'est notamment fondé pour refuser à l'intéressée le bénéfice du titre de séjour prévu par l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si cet avis mentionne que l'état de santé de l'enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une extrême gravité, il précise également que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Contrairement à ce que soutient la requérante, aucun élément de la décision attaquée ne laisse supposer que le préfet se serait estimé lié par cet avis. En outre, celle-ci, en se bornant à souligner les délais, certes regrettables, qui se sont écoulés entre sa demande de titre, l'avis du collège et la décision préfectorale, n'établit pas, ni même n'allègue, avoir déposé des pièces complémentaires - ni avoir été empêchée de le faire - auprès des services préfectoraux pendant l'instruction de sa demande, à supposer que les difficultés de son fils se seraient, ainsi qu'elle l'allègue, aggravées pendant cette période. Enfin, la production par la requérante d'un rapport de portée générale sur la médecine psychiatrique en Géorgie, ainsi que ses considérations très générales sur le conflit russo-ukrainien et ses potentielles répercussions en Géorgie, ne sauraient suffire à contredire l'appréciation selon laquelle l'enfant pourra bénéficier effectivement de soins adaptés dans son pays d'origine.
6. En deuxième lieu, en se bornant à faire valoir qu'elle est présente en France depuis 4 années et qu'elle " tend à s'insérer socialement ", sans produire la moindre pièce de nature à établir l'insertion dont elle se prévaut, Mme B ne saurait sérieusement soutenir que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant le bénéfice d'un titre de séjour.
7. En troisième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'ayant par elle-même ni pour objet, ni pour effet, de renvoyer Mme B en Géorgie, celle-ci ne saurait utilement invoquer la méconnaissance par le préfet de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En tout état de cause, si Mme B soutient que le préfet n'a pas contesté ses affirmations selon lesquelles des risques pèseraient sur elle et son fils en cas de retour en Géorgie, il ressort des pièces du dossier que la requérante elle-même ne documente pas ces risques, qu'elle s'est bornée à alléguer à l'occasion de sa demande d'asile, et qu'elle n'établit pas suffisamment par la production du seul courrier d'un procureur géorgien faisant mention d'une enquête pénale pour maltraitance sur son enfant au sein de l'institution spécialisée où il avait été placé en Géorgie, d'autant plus que la traduction de ce document précise qu'elle a été réalisée à partir d'une pièce " non certifiée conforme. ".
8. En quatrième lieu, Mme B ne saurait faire grief au préfet de ne pas avoir instruit sa demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'établit ni même n'allègue avoir sollicité de lui le bénéfice de cet article, qui relève au demeurant du pouvoir discrétionnaire de l'autorité administrative. En outre, elle ne saurait pas utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation et que ces énonciations sont dépourvues de portée normative.
9. En cinquième lieu, en se bornant à soutenir que les soins nécessaires à son fils ne pourraient pas lui être dispensés en Géorgie, sans apporter aucun élément de nature à l'établir en dehors d'un rapport de portée générale sur la médecine psychiatrique géorgienne, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les droits garantis à son enfant par l'article 3-1 de la convention de New York, ni par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
10. Enfin, pour les motifs exposés aux points précédents, et dès lors que Mme B se borne à faire état d'une orientation sexuelle qui l'exposerait à des sévices en Géorgie, sans apporter à cet égard la moindre précision, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice du titre de séjour sollicité.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En se bornant à soutenir, sans précision supplémentaire, que l'obligation de quitter le territoire français en litige ne serait pas justifiée par " un besoin social impérieux " et que ses conséquences pourraient être disproportionnées, la requérante ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier le bien-fondé du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a motivé cette décision y compris au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Aucun élément de celle-ci ne laisse supposer qu'il se serait estimé lié par la décision de rejet de la demande d'asile de l'intéressée et n'aurait pas suffisamment examiné sa situation et celle de son enfant.
13. En second lieu, en se bornant à soutenir, sans précision supplémentaire hormis les pièces déjà mentionnées aux points précédents et un certificat établissant qu'elle-même souffre de troubles anxio-dépressifs, que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et " porterait à son égard un risque grave pour sa sécurité et sa santé, mais également celles de son enfant ", et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier le bien-fondé de ces moyens.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
15. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B sur leur fondement soit mise à sa charge.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
Mme Trimouille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La rapporteure,
C. C
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026