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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200595

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200595

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, M. B A, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et Associés, Me Remedem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 16 février 2022 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, interdiction de retour et assignation à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Me Remedem sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte n'était pas compétent à ce faire ;

- il y a méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il y a méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il y a méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il y a méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays d'éloignement est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence n'est pas justifiée en application de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une attente disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;

- l'interdiction de retour le contraint à séjourner dans son pays d'origine ;

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-687 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coquet, président,

- et les observations de Me Habiles, substituant Me Remedem, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de Guinée, est entré en France et a sollicité tout d'abord la reconnaissance de la qualité de réfugié. Cette qualité lui a été refusée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 juillet 2019 sous le numéro 18034709, la Cour ne regardant pas établies les agressions et tentatives d'assassinat suivies d'hospitalisations de longue durée alléguées. Le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire le 29 juillet 2019. M. A a introduit là-contre une requête enregistrée sous le numéro 1901637 auprès du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, qui a été rejetée le 15 octobre 2019. M. A a décidé de ne pas quitter le territoire, et, en l'absence de toute contrainte à cet effet exercée par l'autorité administrative, s'est maintenu. Il a présenté une nouvelle demande d'admission au séjour le 7 avril 2021, alléguant cette-fois ci son état de santé. Le préfet a instruit la demande notamment en saisissant pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. La décision contestée a été prise au vu de cet avis, le 16 février 2022.

Sur l'annulation et les injonctions :

2. En premier lieu, l'arrêté du 16 février 2022 a été signé par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, disposant d'une délégation de signature du préfet en vertu d'un arrêté du 9 septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, concernant les décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et comme l'indique M. A dans ses écritures : " l'arrêté en cause fait part d'un certain nombre d'éléments de fait et de droit ". Il satisfait donc aux prescriptions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration en vertu desquelles les décisions de la nature de celles attaquées doivent être motivées " en fait et en droit ", quand bien même M. A estime-t-il que d'autres faits relatifs à sa situation auraient dû apparaître. Le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. En l'espèce, le préfet, s'appropriant l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas avoir pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

6. Pour établir l'exceptionnelle gravité du traumatisme psychologique dont il souffre, excluant au surplus en raison du lien entre la pathologie et son pays d'origine qu'il soit envisagé de prévoir un suivi médical en Guinée, M. A produit un rapport du 1er mars 2022 du Dr C D au terme duquel " le retour en Guinée de Monsieur B A aura des conséquences dramatiques sur son état de santé (réactivation d'évènements de vie traumatiques, décompensation dépressive sévère, risque suicidaire) et donc d'une exceptionnelle gravité.

7. Or, le rapport produit par M. A, qui n'est conforme ni aux recommandations du protocole d'Istanbul des Nations unies ni aux dispositions de l'article R. 4127-28 du code de la santé publique, atteste sans que cela résulte d'un constat que le praticien pouvait opérer lui-même que le traumatisme a pour origine des évènements subis en Guinée, en faisant allusion à un " syndrome de reviviscence ", lesquels évènements ne sont pas établis par les seules déclarations de l'intéressé, et n'ont d'ailleurs pas été retenus par la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le rapport tendancieux produit par le patient à sa demande effectuée auprès de son soignant après notification de l'arrêté préfectoral doit être écarté, et le moyen par suite.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans enfant à charge. Ce dernier ne se prévaut d'aucune attache qu'il est susceptible d'avoir nouée sur le territoire français. Dans ces conditions, et malgré le simple écoulement du temps dans une situation précaire et illégale, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance protégé par le §1 de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée à la défense des intérêts dont le préfet a la charge en application du §2 du même article du même instrument.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. M. A n'a pas demandé au préfet un titre de cette nature, et ce dernier n'était pas tenu d'examiner d'office la situation sous cet angle. En tout état de cause, les dispositions dont il s'agit relèvent du contrôle du juge des actes de l'administration, restreint à l'erreur de droit, l'erreur de fait ou l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision. En l'espèce, M. A ne fait état d'aucune promesse d'embauche ni d'aucun contrat de travail ni d'aucune considération humanitaire. Le moyen doit être écarté.

11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a manifestement mal apprécié les faits, et le moyen doit être écarté.

12. En septième lieu, il ne ressort toujours pas des pièces du dossier que le préfet ne s'est pas livré à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

13. En huitième lieu, M. A ne fournit aucun élément crédible de nature à laisser penser qu'il peut en cas d'éloignement en Guinée légitimement craindre être l'objet de traitements inhumains et dégradants de la nature de ceux proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

14. En neuvième lieu, d'une part, l'examen de la décision montre qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être contraint de résider dans le lieu qui lui est désigné par l'autorité administrative. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". L'invocation d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 751-2 est inopérante. D'autre part, en se bornant à faire état d'une atteinte à sa liberté d'aller et venir, M. A ne met pas le tribunal en situation d'apprécier le caractère disproportionné à son cas de la mesure. Le moyen doit être écarté en ses deux branches.

15. En dixième lieu, la circonstance que l'interdiction de retour qui lui a été notifiée oblige M. A à séjourner en Guinée est sans incidence sur la légalité de cette interdiction. Le moyen doit être écarté.

16. Dès lors, les conclusions de M. A doivent être rejetées, y compris les conclusions en injonctions.

Sur les frais liés au litige :

17. M. A ne l'emportant pas au procès, il n'est pas fondé à demander à l'Etat de l'en défrayer.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Coquet, président assesseur,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

F. COQUET

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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