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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200729

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200729

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 6 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Presle, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trente jours et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié d'une délégation à l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il justifie de son état civil par les pièces produites ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'en l'espèce les conditions d'application desdites dispositions étaient remplies ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La procédure a été communiquée à la préfète de l'Allier qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 25 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 10 mars 2022, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, se déclarant ressortissant guinéen, et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un arrêté distinct, daté du même jour, l'autorité préfectorale a assigné l'intéressé à résidence pour la durée de 45 jours. Le requérant a demandé au tribunal l'annulation de ces décisions. Par un jugement du 4 avril 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a renvoyé à la formation collégiale le jugement des conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 1662/2021 du 2 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Allier a donné à M. Sanz, secrétaire général de la préfecture dudit département, délégation à effet de signer notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, contrats et conventions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les obligations de quitter le territoire français. Il suit de là que M. Sanz tenait de l'arrêté susmentionné du 2 juillet 2021 compétence pour signer la décision portant refus de séjour en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ;

2° Les documents justifiants de sa nationalité / () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. Il résulte également de la combinaison de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Allier s'est fondée, notamment, sur l'usage de faux documents d'état civil présentés à l'appui de sa demande. A cet égard, la préfète de l'Allier s'est fondée sur les avis défavorables rendus le 2 novembre 2020 puis le 24 juin 2021 par la cellule fraude de la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) de Clermont-Ferrand. Le premier rapport contient un avis défavorable à l'encontre de l'acte de transcription du jugement supplétif n° 1947 délivré le 26 septembre 2019 par la commune de Kankan, du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance n° 9624 délivré le 9 septembre 2019 par le tribunal de première instance de Kankan et d'une carte d'identité consulaire n° 10274 délivrée le 25 octobre 2018 par l'ambassade de Guinée à Paris. Le second rapport contient un avis défavorable émis après examen des mêmes pièces et de la copie certifiée conforme d'un acte de naissance délivrée par l'ambassade de Guinée à Paris le 26 février 2021.

8. Pour contester cette appréciation, M. A se borne à relever que les constatations des services de la police aux frontières " ne remettent pas en cause le caractère probant des éléments produits ". Pour autant, les rapports de la cellule fraude de la direction zonale de la police aux frontières (DZPAF) de Clermont-Ferrand énoncent de manière précise de multiples non-conformité au regard du code civil guinéen telles que, notamment, l'absence d'information détaillée quant à la filiation sur l'acte de transcription du jugement supplétif qui ne comporte pas davantage de précisions quant à sa nature exacte (extrait du registre, extrait d'acte de naissance), l'absence de formule exécutoire sur le jugement supplétif et l'absence de diverses informations obligatoires concernant les témoins. S'agissant de l'acte de naissance, le rapport relève notamment qu'il a été établi, non pas au regard d'un jugement supplétif mais sur la base de l'acte original n° 1502, volet 01, ordre 1947 et qu'il a été dressé sur la déclaration faute le 26 septembre 2019 par M. A, père de l'enfant et que cette mention est totalement contradictoire avec les autres pièces du dossier, notamment le jugement supplétif. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation que la préfète de l'Allier a considéré que les pièces fournies par le requérant pour démontrer son identité étaient constitutives ne permettaient pas d'établir son état civil.

9. Dans ces conditions, nonobstant la production par M. A d'une carte consulaire, qui ne constitue pas un document d'état civil pour l'application des dispositions citées au point 5, la préfète de l'Allier a pu légalement rejeter la demande de titre de séjour de M. A et ce, quel que soit le fondement de cette demande, la justification de l'état civil étant une condition préalable à l'examen de toute demande de titre de séjour en application des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus.

10. Enfin, il ne ressort pas de l'examen de la décision en litige que la préfète de l'Allier aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2022. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience publique du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente,

- Mme Trimouille, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

S. BADER-KOZA

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

C. TRIMOUILLE Le greffier,

P. MANNEVEAU

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

Le président,

Ph. GAZAGNES Le greffier,

La rapporteure,

C. TRIMOUILLE

Le président,

Ph. GAZAGNES Le greffier, La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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